Vivre et laisser mourir

Si par le plus grand des hasards vous voici à la recherche d’un paisible endroit où trépasser tranquille, laissez moi vous conseiller quelques destinations, où, peu importe le malheur qui vous touchera, et combien d’entre vous il emportera, vous pourrez sans crainte, mourir à l’abri de la frénésie médiatique.

Ainsi en 2009 les habitants des régions suivantes ont su profiter d’une indifférence médiatique remarquée pour jouir pleinement et en silence forcé les loisirs de la guerre, de la famine et de la pauvreté.

La Somalie

Longtemps sous les feux de la rampe la Somalie n’attire plus vraiment les caméras en dehors des péripéties piratesques qui nuisent au valeureux commerce maritime. Et pourtant depuis 2006 la situation humanitaire se dégrade considérablement. L’ONU estima à 3,76 millions le nombre de personnes affectées par la recrudescence des combats. On comptait en août 2009 près d’1,5 million de déplacès. La guerre civile amorcée en 1991 ne faiblit plus. Elle oppose des insurgés islamistes aux forces gouvrenementales. L’urgence humanitaire s’accroit, mais l’insécurité grandissante rend difficile le travail des ONG. En 2008 24 humanitaires ont été tués. De plus en Somalie quand les balles ou les bombes ne tuent pas, la faim s’en charge. Un enfant sur 5 souffre ainsi de malnutrition.

Urgence en somalie

Le Yémen

Peu médiatisé jusqu’à l’attentat manqué aux Etats Unis, le Yémen connait pourtant depuis 2004 un conflit armé opposant le régime central à la rébéllion Al-Houtiste. Les combats ont forcé au départ un peu plus de 150 000 personnes. Les produits de base ont vu leurs prix quintupler, rendant le quotidien des yéménites chaque jour un peu plus difficile. Mais attention, depuis que les Etats Unis se sont découvert une nouvelle passion pour le pays, ce silence tranquille risque de s’essoufler. Espérons le même essouflement des souffrances yéménites.

La Birmanie

La Birmanie a parfois attiré malgré elle l’attention médiatique. Notamment en 2007 avec les manifestions séverement réprimés des moines boudhistes, puis avec la série cyclone + séisme de 2008. Néanmoins depuis, même si l’existence de la dictature est connue, sa réalité est bien cachée. Les birmans connaissent de nombreuses violations quotidiennes des droits de l’Homme. Ils ont interdiction de quitter leur ville et la détention d’un mobile et d’une adresse email sont très surveillées, voir interdites. La liberté d’expression est relative, celle d’association inexistante. La situation humanitaire est elle aussi préocuppante, la pauvreté est croissante, la famine récurrente. Certaines éthnies sont particulièrement persécutées comme l’éthnie Karen, quand d’autres sont tout simplement niés par la junte, comm les Rohingyas. Le conflit birman reste particulièrement complexe à observer, de par la fermeté avec laquelle la junte protège jalousement l’exacte réalité du quotidien birman.

La République démocratique du Congo

En RDC comme disent les initiés la région du kivu compte elle aussi de nombreux petits recoins bien ignorés du monde où les exactions, pillages, exode forcé sont trop courants et les enfants souvent soldats. L’état congolais peine à protéger la population contre les milices militaires qui tentent de controler la région. Selon le CICR en 2008 76% de la population congolaise a été touché par le conflit. Bien que terre largement humanitaire, le conflit reste peu médiatisé, cela sans doute de par la complexité des enjeux, contexte historique, et acteurs en jeu.

Les Philippines

Largement méconnu, le conflit opposant des mouvements indépendantistes sur l’île de Mindanao aux forces gouvernementales depuis plus de 30 ans a conduit aux déplacements forcés de quelques 600 000 philippins. Soit le plus gros déplacement de l’année 2008 selon le HCR. Même si le conflit est généralement qualifié de basse intensité, les besoins des déplacés restent importants et l’insécurité croissante. Néanmoins la couverture médiatique du conflit assure aux victimes de violence armée une entière discrètion et la libre jouissance des plages de sable fin.

Ainsi pouvons nous clore ce tour du monde des conflits oubliés de l’année 2009. Néanmoins n’oubliez pas combien ceci n’était en rien exhaustif. Aussi si vous avez des bons plans pour nos amis friands de no’news land, soyez cool, partagez les!

6 Comments

  1. VQ:

    Tiens, un écho chez Romain. Direction les Maldives! cf

    http://tout-ca.com/2010/01/12/persecution-religieuses-les-chretiens-portent-leur-croix/

  2. il faudrait donc une catastrophe naturelle pour que la catastrophe humaine émerge :(

  3. Magnifiquement Angélique. Vous oubliez la Désirade mais pour cette fois z’êtes pardonnée. Tout ça tout ça.

  4. Merci pour ces infos, cela pourrait même être le titre d’une rubrique sur tout ça : « no’news land »

  5. En venant sur le site pour la première fois, j’ai eu peur du concept d’information non objective. Mais en lisant cet article, je me rend compte que votre journal a tout à fait sa place dans le monde de l’information.

    C’est percutant, frais, avec une dose d’humour, ce qui n’entache en rien la réalité des faits, et qui donne à réfléchir. J’espère vous relire très bientôt.

  6. Merci beaucoup à tous pour ce si sympathique accueil!

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