Le grand O’ des commissaires

S’il y a bien un temps fort à chaque nouvelle législature européenne, c’est celui du grand oral qui soumet chaque commissaire  désigné par le Président de la Commission européenne, au tribunal sans appel du Parlement européen. Monsieur Barroso, qui a ,lui, déjà passé avec succès son épreuve, soumet son choix de 26 commissaires à la décision finale de l’organe représentatif des peuples européens. Plus clairement, une ou plusieurs commissions parlementaires sont placées en lead sur chaque audition en fonction du portefeuille du commissaire nominé et le cuisinent trois heures durant afin de savoir s’il sera apte à exercer ses fonctions en toute transparence, et en fonction des compétences requises pour le poste. L’investiture aura lieu le 28 janvier lors d’une session extraordinaire du Parlement. (La procédure de sélection de l’équipe Barroso II en schéma)

En 2004, lors de la dernière investiture, les commissaires pressentis Rocco Butiglione, Ingrida Udre et Laszlo Kovacs avaient été éliminés de la course pour les raisons que l’on connait, scandaleux propos transalpins, incompétences à l’est.  Mais de subtiles dosages politiques en amont des oraux devraient limiter les incidents de parcours cette année ; l’exercice, initié en 1994, serait-il déjà biaisé par les manœuvres politiques qui l’auraient transformé en une formalité, une faveur consentie au Parlement ? Non, tout d’abord car l’exercice est connu pour sa difficulté et nécessite une préparation digne d’un examen (répétitions générales, mises en situation) pour satisfaire aux inquisitrices questions des députés sur le programme des cinq ans à avenir.

Au-delà des tactiques politiciennes et du faux suspens, il faut noter que l’intérêt de l’exercice réside dans son caractère original. Soit, on peut railler à l’envie le PE, qui revêt pendant quelques jours les habits de l’Oncle Sam et s’imagine en Congrès. Facile. Toutefois, c’est bien là l’une des spécificités du modèle institutionnel européen, c’est bien là la preuve que ce dernier n’est pas transposable ou comparable avec les modèles nationaux. C’est enfin le signe positif que l’équilibre institutionnel, longtemps décrié comme constituant une atteinte à la démocratie, prend ses marques. Le Traité de Lisbonne confère au Parlement des pouvoirs de contrôle accrus, sur le budget notamment. Par la pratique surtout, le représentant des citoyens européens trouve un rôle à la mesure du projet politique.

A suivre cette semaine en live sur le site du Parlement européen, les auditions !

1 Comment

  1. c’est pas bête. La question d’après est : à quand la capacité à instaurer une forme de contrôle de type « mandate US » aux COmmissaires (ça génèrerait du clivage, nan?)

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