Alors que le film Invictus, qui sort cette semaine, retrace le projet politique de réconciliation raciale dans l’Afrique du Sud de Nelson Mandela avec la coupe du monde de Rugby de 1995, et alors que la Coupe d’Afrique des Nations de football s’est ouverte dans le sang, avec le mitraillage en règle du bus de la délégation togolaise, faisant 3 morts et près d’une dizaine de blessés, l’idée, encore trop répandue, d’une quelconque neutralité du sport est une nouvelle fois battue en brèche.
« Trêve olympique », « neutralité politique »… Ces termes élogieux caractérisent l’idéal sportif. La réalité est en réalité toute autre…
Le sport comme tribune politique : faire parler de soi
La fusillade visant l’équipe nationale du Togo, le 8 janvier dernier, a été revendiquée par les forces de libération de l’Etat du Cabinda, une enclave riche en pétrole appartenant à l’Angola, située à l’extrême nord du pays, et séparée par un par un corridor d’une soixantaine de kilomètres. Les auteurs de l’attentat ont expliqué leur geste en précisant qu’ils ne visaient pas la délégation togolaise, mais son escorte.
A travers cet attentat, c’est l’organisation de la CAN dans cette province, sujette aux troubles depuis les années 1960, qui était visée. Un pari dangereux fait par Luanda, qui espérait ainsi montrer au monde que la province de Cabinda était sous son contrôle.
Les événements sportifs internationaux représentent une cible de choix pour les groupuscules souhaitant faire parler d’eux. La médiatisation, le regard de la communauté internationale et surtout l’esprit festif de ces compétitions sont en effet une caisse de résonnance importante pour qui veut faire connaitre au grand jour sa cause.
L’exemple le plus connu reste celui des Jeux Olympiques de Munich, en 1972. Un commando palestinien pénètre dans le village olympique et prend en otages une partie de la délégation israélienne. L’objectif, dénoncer la politique d’Israël en Palestine. L’histoire se finit dans le sang, 11 membres de l’équipe israélienne sont tués, ainsi que 5 preneurs d’otages et un policier allemand.
Les JO sont une nouvelle fois visés en 1996. Cette fois-ci une bombe artisanale explose en plein cœur du village olympique d’Atlanta, faisant un mort et près d’une centaine de blessés. Cet Attentat n’est pas revendiqué. L’auteur présumé, un extrémiste religieux hostile à la politique de l’Etat fédéral, sera toutefois arrêté et condamné à perpétuité en 2003.

« Quelqu'un a dit que la paix mondiale était entre nos mains. Bah tout ce que j'ai fait moi c'était jouer au ping-pong. » Forest Gump, un film de Robert Zemeckis, 1994.
Sport et Guerre Froide
Le sport a joué un rôle très important dans la guerre froide. Il est devenu un moyen de diplomatie comme un autre… L’épisode relaté dans le film Forest Gump a bel et bien existé. En 1971, la visite de l’équipe américaine de ping-pong en Chine débouche sur la visite officielle du président Richard Nixon six mois plus tard. Les pongistes américains sont en effet les premiers ressortissants des Etats Unis à se rendre en Chine depuis 1949. Cet épisode a pour nom la « diplomatie du ping-pong ».
Mais le sport ne sert pas toujours à désamorcer les crises diplomatiques, bien au contraire. Il est parfois utilisé en représailles. Exemple, les JO de Moscou en 1980. Après l’invasion de l’Afghanistan par l’armée rouge, Jimmy Carter lance un ultimatum au Kremlin. Si les troupes soviétiques ne se retirent pas de ce pays, l’équipe américaine ne participera pas aux Jeux. La menace du président américain est mise à exécution, et entraine avec elle le boycott d’une cinquantaine de pays, dont le Canada, le Japon, ou encore la République Fédérale d’Allemagne. Parmi eux également, 29 pays arabes qui considèrent que l’attaque de l’Afghanistan est une attaque contre l’Islam.
Le bloc soviétique répliquera quatre ans plus tard lors des JO de Los Angeles, craignant officiellement pour la sécurité de ses athlètes. Les pays de l’est non-alignés sur Moscou (la Yougoslavie, la Chine et la Roumanie) passeront outre et participeront aux Jeux.
Quand les différends se règlent sur le terrain
Certaines rencontres sportives prennent parfois une symbolique particulière. Premier exemple, le match de football opposant l’équipe d’URSS à celle de Yougoslavie, lors des JO d’Helsinki en 1952. A cette époque, la Yougoslavie de Tito et l’URSS de Staline sont en froid. La victoire 3 à 1 des Yougoslaves fera les gros titres de la presse internationale, et à travers elle, la victoire de Tito sur le petit père des peuples.

Ervin Zador, blessé lors de la demi-finale olympique de water-polo opposant la Hongrie à l'URSS. 1956
Autre exemple, une olympiade plus tard, en 1956, à Melbourne. Les Jeux Olympiques s’ouvrent quelques jours seulement après l’intervention des chars soviétiques à Budapest, pour renverser le gouvernement de Nagy, jugé trop libéral par Moscou. En water-polo, la demi-finale oppose la Hongrie à l’URSS. La rencontre se termine en pugilat général, l’eau de la piscine se teintant même de rouge, le sang d’Ervin Zador, un joueur Hongrois blessé à l’arcade. Il déclarera à la fin du match : « Nous ne jouions pas seulement pour nous-mêmes mais pour tous les Hongrois. Ce match était la seule manière de nous battre ». La Hongrie deviendra championne olympique…
Sport et racisme
Comment ne pas évoquer enfin les Jeux Olympiques de Berlin en 1936, une olympiade très politique, sensés prouver la supériorité de l’Allemagne nazie sur le reste du monde ? A l’époque déjà, les Etats-Unis menacent de boycotter les Jeux. Ils n’en feront rien. La réponse vient d’un athlète noir américain, Jesse Owens. Il remporte 4 médailles d’or (100m, 200m, relais 4×100m et saut en longueur). Hitler refusera de lui serrer la main…
En 1976, 28 états africains boycottent les JO de Montréal pour contester contre la présence de la Nouvelle Zélande. Les nations africaines reprochent à ce pays d’avoir accepté que son équipe de rugby participe à une tournée en Afrique du Sud, pays pratiquant toujours la ségrégation raciale. L’Afrique du Sud est, elle, interdite depuis 1968. Elle fera son retour en 1992 au JO de Barcelone.

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Rajoutons évidemment la main de Thierry Henry, télécommandée par le gouvernement français, comme un symbole de l’impunité des people-stars-politiciens, en fait.