Jeunesse: « Glam, blogs et rocknroll »

Hier soir, c’était vendredi. Au choix, donc vous étiez

1) un kid de 17 à 22 ans, en train de vous mettre grave à l’envers à la vodka avec vos dégaines Fluo by H&M, auquel cas, vous risquez de venir me clasher à base de coms et de kikoolols à la suite de cet article

2) un adulescent de 22 à 30 ans, vous étiez donc en train de traîner au fond de ce même rade qui abritait les kids décrits précédemment, vous demandant ce que vous foutiez là, mais bon la bière est moins chère ici, auquel cas je vais vous sortir de ce tourbier pour de bon

3) un adulte de 30 ans et plus, sûrement bobo. Vous étiez donc en train de vous rendre bien plus que pompette avec vos amis, bien au chaud, d’ailleurs birdy nam nam c’est bien en cd aussi, auquel cas vous passerez bien vite à l’article suivant, tout ça c’est trop violent

Jeudi dernier (7/1/10), les journalistes d’Envoyé Spécial (France 2) posaient entre autres la question suivante, dans un reportage intitulé « Glam, blogs & rocknroll »:

les ados sont-ils vraiment plus précoces, plus libres et plus subversifs qu’auparavant, ou savent-ils mieux que d’autres jouer avec les codes et les images ?

L’occasion de faire trembler parents et chaumières sur les peurs classiques post-56k. Le grand méchant Internet, qui relègue visiblement l’alcool et la drogue au rang de dangers mineurs.

Face à la caméra, des jeunes (du 13, ndlr sans sous-entendu aucun) revenant d’une skins party assument. Leur mode de vie c’est consommation, duplication et excès volontaires.

Sous l’angle esthétique, on observe un look de jeune pas tout à fait listé dans le pourtant excellent Dictionnaire du Look de Géraldine de Margerie. Deep V-Neck et Hoodie fluo American Apparel, skinny jeans, mèche Studio Line Indestructible, et tatouage éphémère au marqueur « Kiss me now / Rape me ».

L’observation du journaliste n’est pas fausse, il y en a même un qui ressemble presque à David Bowie.

En voiture, une des filles parle de sex, drug & rocknroll, habillée en soubrette, sous le regard attendri du père.

Quelques patins bien moites plus tard, une gueule de bois immémorable, que retenir de cette culture jeune?

Ce qui est clair, c’est qu’un ado 2010 (né après 1990) est par nature geek (d’où ma seule réserve sur le chapitre dédié dans le Dictionnaire du Look cité plus haut – le geek n’est plus un hardware ninja pro WoW). Elevé à hautes doses de contenus audiovisuels, il/elle est déjà expert en Jim Morrisson, en Woodstock et autres bastons de punks et mods époque Thatcher, et même en libertinages marivaudiens, pour les plus instruits.

Cette génération est donc un marché parfaitement mûr pour ces marques qui reproduisent les codes des décennies passées. 80s colorés à la Hung up – Madonna (Confessions on the dancefloor – 2004) chez American Apparel, skinnys Dior Homme puis Cheap Monday en hommage au rock de Joy Division, Bowie et consort.

La crise aidant, les friperies cartonnent pour refourguer les sapes de Papy aux jeunes. Néo-hippies, Barbarellas en herbe, baby rockers et nouveaux dandys se côtoient joyeusement dans une ambiance de fête non-stop. Alors que les fêtes se faisaient sauvages durant les 90s, exilées dans les champs ou les parkings, elles emménagent désormais dans la chaleur des clubs et même des appartements.

Notre sourcil grand levé, le voici: cette génération produit-elle sa propre culture, ou ne fait-elle que reproduire les cultures jeunes précédentes?

Là où les générations précédentes s’émancipaient de leurs aînés par des rites, fêtes, pratiques contestataires et révolutionnaires – dans le sens innovantes – les kids de 2010 semblent faire le break à l’ancienne, comme papa, comme maman, sous l’oeil pratiquement complaisant de ces derniers. [à suivre]

Arrêtons nous un instant sur le discours ridicule des media. Selon eux, les excès des jeunes sont dangereux à partir du moment où l’Internet (ma bonne dame, je vous le dis!) provoquerait le malaise en conservant les photos/vidéos de leurs soirées.

Le mode de présentation des journalistes est quasiment toujours le même, un(e) jeune au fond pur et innocent se fait piéger sur Internet. Montre ses seins (alors quelle couleur, ton soutif?) à un indélicat ou se fait tagger en train de vomir sa vodka redbull.

Le reflet de l’écran doit faire peur. On croit comprendre alors que nos aînés regrettent la bonne vieille époque où les excès et autres abus se faisaient en toute discrétion, entre l’école et le buisson. Pourtant, Internet n’est pas un miroir déformant ou menaçant. C’est une erreur de considérer les malaises de l’adolescence actuelle via le prisme de la vie digitale. Cette vie n’est pas différente ou séparée de la vie à la maison, comme le laisse entendre le reportage. Internet n’est pas la source du mal. Si malaise il y a, il y avait déjà, bien avant la Matrice. Derrière chaque clavier, il y n’y a qu’une identité, une personnalité cherchant à s’exprimer. Ou pas.

[suite] Ou pas? C’est ici que repose la question fondamentale. Les adolescent fluorescents sont-ils acteurs ou spectateurs de leur propre vie?

  • Si l’on considère le paramètre technologique, l’ado fait les deux. Il est spectateur parce qu’il passe du temps à fouiller youtube. Il est aussi acteur, parce qu’il partage ces contenus. Facebook this.
  • Si l’on considère le paramètre politique, l’ado ne revendique rien, il repose sur ses acquis sociaux. Il peut boire, fumer et baiser, tant qu’il rentre dîner pour Noël. Il est de fait passager clandestin donc spectateur de la jeunesse.
  • Si l’on considère le paramètre économique, l’ado d’aujourd’hui comme d’hier est forcément spectateur car dépendant de l’argent de poche des parents.
  • Si l’on considère le paramètre corporel, c’est compliqué. L’ado est spectateur d’une mise en scène produite par les marques et destinée à déclencher l’adhésion puis l’achat. Mais il est aussi acteur, lorsqu’il se met lui-même en scène. De l’aveu d’un garçon filmé dans le reportage, habillé en total look bitch dude: « Je ne suis pas moi-même, là« .
  • Si l’on considère le paramètre culturel, c’est simple. L’ado vit dans une ère de réplication. Les productions musicales déversent de talentueux copieurs sur les ondes (Pete Doherty, Sliimy, …), tandis que le cinéma revisite des classiques (Batman, Ocean’s Eleven, Narnia…). Accordons le bénéfice de la nouveauté à Twilight et Harry Potter, mais en ce qui concerne les codes et symboles… plus rétro-conservateurs tu meurs.

Voilà ce qu’on retiendra. Les adolescents du moment sont de véritables éponges. Reste à savoir ce qu’ils rendront de ce qui a été absorbé. Nous pouvons être perplexes quant à l’existence d’une culture nouvelle, conceptualisée, construite, ne serait-ce qu’inconsciemment.

Tout ce que l’on observe dans cette culture jeune, c’est une facilité à assimiler les symboles, codes et signaux digitaux, mais rien n’indique une quelconque trace analogique de leur activité. Que laisseront-ils aux suivants? Un best-of du XXe siècle au mieux. Au pire, la vodka-red bull et la turbine.

Jeunes talents, réveillez-vous!

Suite éventuelle du débat: de l’incapacité d’apprendre aux jeunes à construire, au choix une pensée, une identité, un mode de vie, un idéal, un rêve. On attend un « Paroles d’ados », ici-même.

Ah la jeunesse, tout-ça.

Source images : http://caligulashots.com

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A propos du chroniqueur

Shop + Project Manager pour Le 10ème Arrondissement - shop mode & culture à Lyon. Ecoute Shivaree, Rubin Steiner, Ghinzu et Royksöpp. Lit Hegel, Bard&Söderqvist et des Joystick vintage circa 1999. Regarde Sunshine, les adaptations Marvel et les films déprimants. Télécharge Spooks, How I Met Your Mother et Gossip Girl. Porte Commune de Paris 1871, Shipley & Halmos et Agnes B. Attend la fin du monde, et après.