Quand le débat politique s’affaisse…

Le débat politique s’affaisse

Pour le premier débat entre chroniqueurs de Tout ça, j’avais une petite appréhension[1]. Société, société, quel débat le directeur de la publication allait-il bien pouvoir nous prévoir ? Je m’étais apprêté à tout et rien, mais pas vraiment à celui-ci, la fessée !

S’il est évident que le petit sondage à la droite de l’écran n’a rien de représentatif, force est de constater que nos lecteurs sont partagés sur le sujet et Peristète ne m’a pas simplifié la tâche en ne tranchant pas le débat.

Alors qu’est-ce que je pense de la fessée ou plus exactement d’une loi visant sont interdiction ?

Tout d’abord, un petit rappel du contexte. A la fin de l’année passée, Edwige Antier – ancienne pédiatre à présent députée depuis la nomination de Pierre Lellouche au secrétariat d’État chargé des Affaires européennes – propose une loi anti-fessée. Elle suit ainsi les recommandations du Conseil de l’Europe et de son plan « Levez la main sur la fessée ! ». A l’instar de dix-huit autres pays européens, la députée souhaitait donc inscrire l’interdiction de la fessée dans notre Code civil.

Xavier Bertrand s’est rapidement opposé à ce projet de loi sous prétexte qu’il est « contre une loi qui s’immisce dans le cercle familial ». Magnifique ! Voilà que l’opposition à la loi est aussi bête que le texte lui-même ! Heureusement que la loi s’immisce dans le cercle familial, comment aurions-nous pu scolariser les enfants ou interdire les violences conjugales sans cela ?

Et pourtant, il est évident que cette proposition est désuète et inutile. Si la fessée pour Edwige Antier rend les enfants plus « sournois, menteur et agressif », les quelques partisans de la loi insistent sur la nécessité de protéger les enfants maltraités. Or les enfants maltraités sont déjà protégés par la loi, mais par une loi mal appliquée. A quoi sert-il, dès lors, de produire un nouveau texte ?

On peut toujours trouver des arguments pour appuyer cette proposition de loi. Il est, tout d’abord, évident que la fessée est  – contrairement à ce que pense un France sur deux[2]- anti-éducative. Anti-éducative puisque l’adulte abuse, dans un rapport de force inégal, de son pouvoir sur l’enfant et lui donne ainsi un exemple de la « loi du plus fort » qu’il essaie de lui interdire.

Plus légèrement,  il faut avouer qu’un débat sur la fessée à l’Assemblée nationale devrait être délicieux. Entre les souvenirs difficiles des uns et les blagues douteuses des autres, le téléspectateur devrait en avoir pour sa redevance. Pas certain, que cela puisse servir à faire avancer les questions d’éducation, mais cela pourrait être divertissant.  Inscrite au code civil, cette loi devrait en outre être prononcée le jour de votre mariage – rappelant au passage qu’il s’agit d’une union en vue de la procréation – ce qui peut, une fois encore, laisser place à des scènes d’anthologie.

Mais au-delà des ces arguments, il est difficile de soutenir ce projet de prolifération législatif. Cette loi ne résoudrait rien en cas de souffrances psychologiques des enfants, elle serait inapplicable et ne ferait que culpabiliser davantage les parents qui se reprochent d’avoir – une fois dans leur vie – levé la main sur leurs enfants.

Vous l’aurez compris pour moi la fessée est le symbole de la faillite de l’éducation puisqu’attentatoire à la dignité de l’enfant. Il ne faut pourtant pas me confondre avec l’Angélik de Peristète puisqu’il est, pour moi, indispensable que la structure familiale demeure verticale. La famille n’est pas une structure horizontale au sein de laquelle tous ont le même pouvoir et sont sur le même plan et je m’insurge dès que j’entends une publicité radio pour Sarenza et son enfant roi ou que je vois la dernière pub pour les Tendre Croc’ d’Herta


[1] Ce billet aurait dû paraître en même temps que celui de Peristète sur le sujet, mais un petit problème de connexion à l’endroit où je me situe a retardé cette publication.

[2] Sondage pour Dimanche Ouest France, novembre 2009, 45% des interrogés pensent que la fessée apprend l’autorité.

3 Comments

  1. J’ai reçu quelques fessées étant jeune, et je ne crois pas être plus agressive, ni menteuse, ni sournoise que la moyenne nationale ; évidemment, si cette moyenne nationale est représentative de toutes les victimes de la fessée…
    Je serais curieuse de connaître les autres alternatives à l’usage de la fessée pour expliquer à l’enfant ce qui est bien ou mal ; à moins de le laisser faire tout seul l’expérience de la casserole d’eau bouillante, ou du fameux « ne jamais traverser quand le petit bonhomme est rouge »

  2. Il est évident qu’il serait réducteur de croire que la fessée soit l’unique facteur déterminant. Par exemple, en France une étude montre que les enfants fessés ont de moins bons résultats scolaires, au Royaume-Uni,le contraire…
    La députée citée dans cet article invite les parents à utiliser l’isolement comme seule punition. Elle pense plus à l’efficacité du « file dans ta chambre » que de la fessée.

  3. Nathalie:

    Ouf un papier constructif sur la fessée, merci. L’isolement est effectivement une bonne alternative pour les parents excédés.

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