J’aime mon quartier !
J’habite dans un quartier génial :
le genre de quartier où vous croiserez toujours du monde sur le chemin menant du métro à votre appartement, même à 2h du matin ;
le genre de quartier qualifié de « central et animé » ;
le genre de quartier où les professionnels qui fument leurs « cigarettes de pause », sur le trottoir, vous saluent quand vous passez ;
le genre de quartier qui regroupe dans un micro périmètre trois supermarchés, un Starbucks, un pressing et quatre boulangeries…
Les habitants de mon immeuble sont des gens géniaux !
Sauf quand les patrons du magazine underground branché qui ont investis le RDC décident de faire débuter une underground-party à dominante Old School Hip-Hop à 4 heure du matin, un mercredi (qui est en RTT le jeudi? on se le demande…)
Sauf quand nos voisins habitant l’étage au-dessus ont pour rituel d’apprendre à leur si mignon bébé de 24 mois la chanson « Savez-vous planter les choux ?» et qu’au moment où « On les plante avec les pieds » ils décident d’être très explicites (souci de pédagogie manifeste) et de prendre leur parquet pour le potager de la comptine, et ce, chaque matin à 07h15 (compter +1 heure le week-end)
Sauf quand les professionnels du textile sortent dans la cour pour téléphoner aux usines de confection implantées à l’étranger, très tôt le matin (décalage horaire obligeant) et parlent très fort (en oubliant que les technologies des téléphones portables ont fait de gros progrès en matière de microphone) sur un ton menaçant pour être sûrs d’être « respectés » (comprendre que leur commande va être honorée en priorité).
Ces jours là, on est grognon et on se renseigne sur les nuisances sonores.
On se rappelle que : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui » (article IV de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen).
On trouve que le Code de la santé publique contient toute une section intitulée « Lutte contre le bruit » et dispose notamment à l’article R. 1334-31 : « aucun bruit particulier ne doit, par sa durée, sa répétition ou son intensité, porter atteinte à la tranquillité du voisinage ou à la santé de l’homme, dans un lieu public ou privé, qu’une personne en soit elle-même à l’origine ou que ce soit par l’intermédiaire d’une personne, d’une chose dont elle a la garde ou d’un animal placé sous sa responsabilité ».
On sourit. On se dit que le droit est de notre côté.
On approfondit nos lectures et on se demande, légitimement, à quel seuil un bruit est considéré comme portant atteinte à la tranquillité du voisinage ?
On réalise qu’il peut s’agir d’un véritable calcul scientifique, dès lors que le niveau de bruit ambiant mesuré (dans la pièce principale de son logement, fenêtres ouvertes ou fermées), comportant le bruit particulier, est supérieur à 25 décibels.
On peut grossièrement définir les calculs de ce seuil comme la différence entre les bruits ambiants habituels et le bruit en cause[1].
On se penche alors sur les valeurs chiffrées prévues par la loi :
- 5 décibels de 7 heures à 22 heures
- 3 dB de 22 heures à 7 heures.
Tout se complique, car il est possible d’ajouter à ces valeurs limites « un terme correctif « en fonction de la durée cumulée d’apparition du bruit en cause[2]. Le calcul peut aussi être fondé sur « l’émergence spectrale » (par bandes d’octaves) pour calculer le bruit d’un climatiseur par exemple. Les valeurs sont fixées à 7 dB dans les bandes d’octave normalisées centrées sur 125 Hz et 250 Hz et de 5 dB dans les bandes d’octave normalisées centrées sur 500 Hz, 1 000 Hz, 2 000 Hz et 4 000 Hz.
On ferme les yeux. On se dit que tout cela est très compliqué.
On se résout à privilégier la solution amiable, la discussion cordiale et informative (Toc Toc Toc« Bonjour, euh je ne veux pas paraître rabat-joie mais je supporte mal les boules quiez et ça fait une semaine que je ne dors pas beaucoup, est-ce que le dimanche vous pourriez ne passer l’aspirateur qu’à partir de 1Oh ? » – tête qui apitoie-), tout en sachant qu’on n’ ira jamais voir ce voisin puisque, en définitive, on ne veut pas passer pour le voisin pénible et plaintif.
Donc on se dit :
- Ok! Les underground-party nous font réviser nos classique « Hip-Hop never stop »
- Ok! Les chansons pour enfant rituelles du matin nous font faire du calcul mental dans un demi-sommeil : « il est 7h15 + 45 minutes, mon réveil va sonner dans 50 minutes donc il me reste encore 1 heure de sommeil »
Et on se répète :
- « j’aime mon quartier, j’aime mon immeuble, j’aime mes voisins, j’aime mon quartier, j’aime mon immeuble, j’aime mes voisins … »
Crédit Photo : Adrien Moret
[1] R.13334-33 du Code de la santé publique : « L’émergence globale dans un lieu donné est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau du bruit résiduel constitué par l’ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l’occupation normale des locaux et au fonctionnement habituel des équipements, en l’absence du bruit particulier en cause » : « L’émergence spectrale est définie par la différence entre le niveau de bruit ambiant dans une bande d’octave normalisée, comportant le bruit particulier en cause, et le niveau de bruit résiduel dans la même bande d’octave, constitué par l’ensemble des bruits habituels, extérieurs et intérieurs, correspondant à l’occupation normale des locaux mentionnés au deuxième alinéa de l’article R. 1334-32, en l’absence du bruit particulier en cause ».
[2] « 1º Six pour une durée inférieure ou égale à 1 minute, la durée de mesure du niveau de bruit ambiant étant étendue à 10 secondes lorsque la durée cumulée d’apparition du bruit particulier est inférieure à 10 secondes. 2º Cinq pour une durée supérieure à 1 minute et inférieure ou égale à 5 minutes. 3º Quatre pour une durée supérieure à 5 minutes et inférieure ou égale à 20 minutes. 4º Trois pour une durée supérieure à 20 minutes et inférieure ou égale à 2 heures. 5º Deux pour une durée supérieure à 2 heures et inférieure ou égale à 4 heures. 6º Un pour une durée supérieure à 4 heures et inférieure ou égale à 8 heures. 7º Zéro pour une durée supérieure à 8 heures ».

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j’adore l’idée que ce soit le code se santé publique qui puisse protéger le vivre ensemble !
Déjà connu ^^ Mais moi j’ai commencé par hurler un bon coup et voyant que ça n’allait pas forcément en s’arrangeant j’ai été débusquer le proprio et je l’ai averti (ma voisine était une jeune fille style étudiante)… Ca n’a pas trainé, la situation s’est vite arrangée bizarrement ^^!
PS: Je précise que la voisine était pas de Tecktonik… Merci de compatir à ma souffrance passée ^^
Quelle chance! Mes voisins à moi sont pantouflards au possible et il n’y a jamais de bruit! Il y avait bien la petite mamie du 6ème qui nous gratifiait parfois de quelques notes jouées sur un piano, mais l’arthrite de ses vieux doigts ont eu raison de ces délicieux instants. J’aime mon quartier, je ne détèste pas mes voisins, mais j’ai une sainte horreur du silence.
@Laurent : « TENTE de protéger » plutôt non?
@Davidao : Je compatis, je compatis! Entre la Tecktonik et le West Coast Hip-Hop, je me satisfais complètement de ma situation.
@Niko Mani : finalement on n’est jamais content de ce qu’on a, un peu comme en matière capilaire : les femmes aux cheveux bouclés rêvent toujours de les avoir raides et les femmes aux cheveux raides…
@ Ermeline Serre : Merde, je me rends compte que je suis un homme avec des états d’âme de femme, car j’ai les cheveux raides et je les rêves plus ondulés… C’est grave? ^^
Marrant, je bosse justement depuis ce matin sur le trouble anormal de voisinage du au bruit d’un ouvrage public.
Ton article R. 1334-31 m’est donc utile, il m’a permis de trouver le décret d’août 2006 relatif au trouble anormal de voisinage…
Un élève avocat
ahah Je vois bien quel élève-avocat tu es
Bon courage alors!
Je ne peux que paraphraser l’immense Desproges : « Un bon voisin est un voisin mort »
You are the best!
J’ai toujours eu des voisins au top
Sauf depuis deux ans … je vis un véritable enfer… J’ai donc lu ton article avec graaaande attention
@TheCélinette : tu as tout mon soutien (moral)…
@ Julie : tu voudrais peut-être témoigner des nuisances sonores causées par les tracteurs dans ta campagne et par les aboiement des Jack Russel qui se trouvent dans le jardin à côté (comprendre un demi-hectare en contre-bas)? ;p
Nous on vit à la campagne et on sursaute quand un oiseau piaille trop fort !Y’en a qui ont de la veine … Zut, j’ai loupé une maille à l’envers ..