Pour prendre part au débat de la semaine, je souhaite d’abord reprendre cette tribune lue dans le Monde, la semaine dernière, qui résume le fond de ma pensée.
Elle est intitulée « Comment démocratiser l’accès aux Grandes Ecoles? Réélitisons le lycée! », portée par Pierre Rochette.
Et elle dit tout le fond du problème. Le niveau des étudiants accédant au post-bac est tellement minable que quel que soit l’effort pédagogique fourni – en école comme en fac – le niveau de compétences à la sortie sera forcément disparate.
Or l’autre part du problème intervient à la suite. Les RH françaises aiment les diplômes, si possible « prestigieux ». Là où mon ami Samy m’expliquera que ce prestige n’est pas irrationnel, je répondrai qu’il regarde bien en face la considération qu’il lui reste pour certains de ses condisciples qu’ils soient issus d’école ou de fac. Il y a bien des tocards partout, sélection ou pas.
Alors pour que la sélection marche, il faut qu’elle démarre dès l’éducation secondaire. L’égalisation des niveaux est un mirage aboutissant au nivellement par le bas.
Pour que l’embauche marche et que la compétitivité nationale augmente, il faut que les RH repensent leurs codes, surtout vis-à-vis des très diplômés. Je retiendrai toujours cet assistant RH qui m’a pris de haut quant à mon niveau linguistique alors que j’étais qualifié (rank C) au Certificate of Proficiency in English of Cambridge University (équivalent d’un TOEFL les doigts dans le nez, ce qui est arrangeant pour l’accent nous en conviendrons), et a cru pouvoir me tester en switchant soudainement et avec malice l’entretien en anglais.
AH ah ah. Je déteste penser le monde comme une verticalité, mais clairement, ce type avait mal saisi le sens de la verticalité de notre relation. Tout cela pour dire qu’il n’est pas normal qu’un Bac +5 se fasse ausculter les compétences par un Bac +3.
Je retiendrai aussi ces RH d’une grande maison d’alimentaire haut-de-gamme qui aura snobé purement et simplement ma candidature interne au profit d’un candidat disposant de l’exact même CV que moi et de la même ancienneté. Comme un symbôle de l’échec des RH par l’irrationnel. Sans oublier leurs fautes d’orthographe (sic!).
Formons mieux, formons plus tôt, et il n’y aura pas à se poser la questionn de forcer le passage d’un tel ou d’une telle aux concours. Il y aura encore moins à débattre si l’on comptait autant de gens talentueux mis en valeur et à contribution en école comme en fac (voir pour cela l’article de Laurent).

4 Comments
moi le truc qui m’énervait grave, c’est que des gens refusaient de mettre leurs enfants dans la même école primaire que la mienne car plus « colorée ». Le débat est à prendre dès la maternelle, dès le CP, et pas à 18 ans sur une parodie de cérémonie républicaine (Eric Besson, démission ! )
D’ailleurs, j’oubliais de préciser. La tribune de M. Rochette propose un point intéressant. Il suggère de créer des classes de top niveau dans TOUS les lycées, afin d’éviter la migration d’élèves aux parents in the loop vers les écoles plus « réputées ».
La sélection en interne dès le lycée n’a rien de scandaleux, elle permet d’offrir plus de soutien aux élèves en difficultés avec un suivi particulier dans leur classe, et plus de moyens de rebondir et de s’enrichir culturellement pour les plus « rapides ».
Je suis bien d’accord avec le point soulevé par M. Rochette et VQN.
Cela ne va pas sans dire qu’en parallèle, il faudrait revaloriser les filières professionnelles, de l’apprentissage (CAP/BEP) aux BTS et bac pros. Cela éviterait a beaucoup de finir dans des filières généralistes sans trop savoir ou aller…et sans espoir d’embauche a la sortie.
P.
Dans les années 60, Ivan Illich a décrit l’évolution de l’école dans A Deschooling Society malheureusement traduit sous le titre ambigu Une Société Sans Ecole. Illich y analysait la déscolarisation de nos sociétés au profit exclusif de la consommation de masse. Il est certain que l’ambition émancipatrice de l’école de Jules Ferry est depuis longtemps passée à la trappe du corporatisme et de l’élitisme. Comme toute pyramide notre société repose sur un socle qui se doit d’être capable de supporter tout l’édifice. Ce n’est plus le cas et les premiers signes d’effondrement sont maintenant visibles. Rendez-vous au tas de sable.