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Lisbonne, bis repetita ?
Il y a dix ans était lancée la Stratégie de Lisbonne, qui prévoyait de faire de l’ Union Européenne » l’économie la plus compétitive au monde et de parvenir au plein emploi avant 2010« . Ce processus, basé sur une méthode ouverte de coordination censée favoriser et accélérer la convergence des politiques sociales de manière souple mais efficace, reposait sur trois piliers :
- Economique, ou préparer la transition vers une économie compétitive, dynamique et fondée sur la connaissance
- Social, ou moderniser le modèle social européen grâce à l’investissement dans les ressources humaines et à la lutte contre l’exclusion sociale
- Environnemental
Force est de constater aujourd’hui l’échec de ce processus et la déroute du modèle social européen, concept et cadre cognitif intéressant mais dont l’usage stratégique politicien (notamment en 2005 lors du référendum pour le traité constitutionnel) a supplanté les objectifs fixés en l’an 2000. On en a plus reparlé depuis, hors cercles d’initiés. Mais à toute crise ses discours ! Voici pourquoi, alors que l’Union européenne prend un nouveau départ avec le traité de Lisbonne, l’expression « modèle social » alertera probablement vos oreilles d’observateur avertis !
Vendredi 8 janvier, le triumvirat européen ( H. Von Rompuy, J.L Zapatero, J.M Barroso) s’est réuni pour réfléchir à un nouveau modèle de croissance européen. Quel rapport avec le modèle social ? Le processus d’intégration européenne renforce les interdépendances entre l’économique et le social et la nécessité de coordonner les deux politiques. Ainsi, selon H. Von Rompuy, “We cannot on a solid basis pay for our social model, or what I call our European way of life*« , en raison de la crise qui a heurté nos économies. Et d’ajouter “We now have a window of opportunity for a strategy.” Nous voilà rassurés et ce n’est pas Paul Krugman, dans sa dernière tribune, qui nous contredira : « Europe is often held up as a cautionary tale, a demonstration that if you try to make the economy less brutal, to take better care of your fellow citizens when they’re down on their luck, you end up killing economic progress. But what European experience actually demonstrates is the opposite: social justice and progress can go hand in hand.«
L’une des priorités de la Présidence espagnole va donc consister à mener une réflexion sur une relance de la gouvernance économique de l’UE qui pourrait comporter certains aspects contraignants ainsi qu’un mécanisme de sanction, « mesures incitatives et correctives« , selon Zapatero. Face à l’échec d’une méthode de coordination basée sur le peer review et l’échange de bonnes pratiques, le saut est gigantesque ! Entre parenthèses, on a pu observer l’échec récent du mécanisme de pression par les pairs à Copenhague…
La crise financière constituerait par là un effet cliquet permettant une plus grande acceptation des Etats de renier sur leur souveraineté économique et de s’acheminer vers le « gouvernement économique » tant souhaité par Paris ? A voir. Le 11 février, un sommet informel des chefs d’Etats et de gouvernement précisera les réformes qui devraient transformer le modèle européen d’ici…2020. Soit, cela impliquera d’accorder davantage de compétences à la Commission européenne, et je vous le donne en mille, je ne suis pas sure que certains Etats, pour ne pas les nommer, le Royaume-Uni et l’Allemagne, soient prêts à cette concession.
Comme pour chaque temps fort, le défi sera d’articuler une dynamique intégrative qui allie acceptabilité et légitimité. Cela conditionnera la place de l’Europe dans le monde, et l’adhésion des citoyens au projet, pour les années à venir.
* Extrait d’un article du NY Times