Que de débats, que de polémiques sur cette burqa. Tout ça, pour ça, pour à peine quelques centaines de femmes (367 selon la police). On a déjà parlé de l’irruption de cette polémique, de l’opportunisme du gouvernement et de l’UMP pour s’approprier un sujet propice aux valeurs de la droite réactionnaire et sécuritaire, à quelques semaines des échéances électorales régionales.
Interdire la burqa : le faux argument de la laïcité
Au nom de la laïcité, qui a toujours bon dos quand on veut passer pour un grand républicain, thématique pour laquelle la gauche et la droite se battent à qui sera le plus républicain, on devrait interdire la burqa. La burqa, un objet religieux trop ostentatoire. Pourquoi pas. Mais allons jusqu’au bout du raisonnement laïc : sur ce seul argument, la burqa devrait rejoindre ses amies soutanes, kippa ou autres turbans. Interdisons la burqa, pas interdisons également tout signe extérieur de religiosité.
Interdire la burqa : le faux argument du féminisme droitdelhommiste
Toute féministe, tout fervent défenseur bienpensant des droits de l’homme qui se respectent ont pris position contre la burqa, sous prétexte de la femme soumise, par son mari son père son frère, femme engoncée dans une burqa liberticide. Une loi changerait-elle la situation ? Le mariviolent autorisera-t-il à sa femmesoumise de sortir si une loi venait à interdire les burqas dans les rues de France ? Improbable, au contraire, ces femmes seront certainement contraintes à rester à leur domicile, rendant la libération de ces femmes encore plus complexe. Cachons un problème qui nous dérange, mais ne guérissons pas le mal, n’en cachons que les symptômes, nous dormirons mieux.
Interdire la burqa : la morale
Xavier Bertrand, le secrétaire général de l’UMP s’est prononcé en faveur d’une loi qui devrait inclure « une disposition claire et simple: une personne qui porte la burqa ne pourra pas acquérir la nationalité française« . Quid des femmes de nationalité française qui portent la burqa ? Au nom de la morale, on voudrait interdire la burqa : ô combien même tous les arguments seraient recevables, et si une et une seule femme portant la burqa était consentante, ne serait-ce pas une atteinte à la liberté de chacun ?
Récemment, on me racontait un avis totalement contradictoire avec tout ce que l’on peut entendre. Au contact d’une femme en burqa, la grande majorité des personnes se comporte en la dévisageant, ou pire en l’interpellant. Une femme en burqa, c’est une femme qui ne passe pas inaperçue, une femme qui au contraire attire les regards. La burqa, un moyen pour la femme de montrer son statut de femme, plus efficace encore que la minijupe ou le maquillage.
«Le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie»
[ Claude Lévi-Strauss ] – Race et histoire

1 Comment
Adresse à celles qui portent volontairement la burqa (Elisabeth Badinter) :
Après que les plus hautes autorités religieuses musulmanes ont déclaré que les vêtements qui recouvrent la totalité du corps et du visage ne relèvent pas de commandement religieux mais de la tradition, wahhabite (Arabie Saoudite) pour l’un, pachtoune (Afghanistan/Pakistan) pour l’autre, allez-vous continuer à cacher l’intégralité de votre visage ?
Ainsi dissimulée au regard d’autrui, vous devez bien vous rendre compte que vous suscitez la défiance et la peur, des enfants comme des adultes.
Sommes-nous à ce point méprisables et impurs à vos yeux pour que vous nous refusiez tout contact, toute relation et jusqu’à la connivence d’un sourire ?
Dans une démocratie moderne, où l’on tente d’instaurer transparence et égalité des sexes, vous nous signifiez brutalement que tout ceci n’est pas votre affaire, que les relations avec les autres ne vous concernent pas et que nos combats ne sont pas les vôtres.
Alors je m’interroge : pourquoi ne pas gagner les terres saoudiennes ou afghanes où nul ne vous demandera de montrer votre visage, où vos filles seront voilées à leur tour, où votre époux pourra être polygame et vous répudier quand bon lui semble, ce qui fait tant souffrir nombre de femmes là-bas ?
En vérité, vous utilisez les libertés démocratiques pour les retourner contre la démocratie.
Subversion, provocation ou ignorance, le scandale est moins l’offense de votre rejet que la gifle que vous adressez à toutes vos sœurs opprimées qui, elles, risquent la mort pour jouir enfin des libertés que vous méprisez.
C’est aujourd’hui votre choix, mais qui sait si demain vous ne serez pas heureuses de pouvoir en changer. Elles ne peuvent pas… Pensez-y.