Haïti, tirer les leçons du tsunami.

Alors que les médias s’affolent, que les polémiques s’annoncent, les victimes du tremblement de terre en Haïti ne semblent toujours rien voir venir. Et pourtant les médias se sont montrés rois pour nous bassiner avec le déploiement sans précédent de l’aide internationale. Pourtant vous comme moi n’avons pas manqué de noter combien l’emballement mondial n’est pas sans rappeler celui ayant suivi la catastrophe de décembre 2004.

A chaque crise, son sauvetage plus ou moins réussi. Puisque il n’est intéressant que de comparer des choses comparables, le parallèle entre tsunami et tremblement de terre peut offrir un point de vue intéressant pour un œil plus attentif et averti à la gestion actuelle de la crise haïtienne.

Petit rappel.

Le tsunami qui a frappé la Thaïlande, l’Indonésie, et le Sri Lanka, a démontré certaines failles de l’aide internationale dans la gestion des crises humanitaires. La plus connue concerne des dons trop importants ayant conduit notamment la Croix Rouge à refuser les dons et à les utiliser pour d’ « autres » projets (bien que pour finir 97% aient bien été utilisés pour des programmes de soutien aux victimes du tsunami), mais aussi MSF dès le 3 janvier. Mais pas seulement :

-       Trop nombreuses ONG

Le tsunami de 2004 a démontré combien la bonne volonté n’est pas un gage d’efficacité. Trop nombreuses et mal coordonnées, les ONG ont vu leur action critiquée. Bien qu’aujourd’hui toutes dressent un bilan plutôt positif de leur action, dans les premiers mois les actions mises en place furent plus que chaotiques. Manque de coordination, manque d’expérience, manque d’expertise… lutte d’influences, et de présence ! Et oui ce n’est pas parce qu’on fait de l’humanitaire qu’on n’a pas d’ego ! Ce qui a pu conduire à mettre en place des actions sans prise en compte des véritables besoins locaux, alors sans garantie de pérennité et donc de succès.

-       Manque de transparence

Avec près de 13,5 milliards de dollars de dons au niveau mondial et 330 millions en France, la générosité mondiale a atteint des sommets. Mais l’usage des fonds récoltés a pu manquer de transparence… Ainsi encore aujourd’hui il n’est pas rare de voir resurgir la polémique de « où est passé notre argent ». En effet quand certaines associations ont pris soin de demander à leurs généreux donateurs s’ils acceptaient de réorienter leurs dons vers d’autres causes, d’autres ont fait des choix différents.

-     Trop grande générosité

Un autre phénomène a pu être constaté, engendré par les montants inespérés de la générosité. Comme le soulignent les travaux publiés au printemps 2005 par le Centre des droits de l’homme de l’Université de Californie, à Berkeley, et l’East-West Center, devant l’opulence financière les organisations pressées de rendre des comptes quant à la bonne utilisation de leurs fonds, ont multiplié  les actions sans prendre le temps d’évaluer les réels besoins et les conditions de succès des programmes : « les donateurs et les agences d’aide ont privilégié la recherche de résultats immédiats au lancement de processus de délibération qui permettent la discussion et la participation des populations ».

Haïti, leçon apprise ?

Ainsi la crise haïtienne sera un bon test pour les humanitaires. Saurons-nous tirer les leçons de nos erreurs ? Aujourd’hui il apparait que le cirque médiatique soit d’ores et déjà bien en place. En sera-t-il autant du cirque humanitaire ? Il est sans doute trop tôt pour le dire. Néanmoins les difficultés semblent déjà être là.

La polémique sur la soi-disant lenteur de la distribution de l’aide tente déjà de nourrir celle sur la défaillance de l’aide internationale. Mais comment aller plus vite que la musique avec une seule piste d’atterrissage? Bien que les services logistiques des ONG soient de véritables maitres du Kit pré-préparé prêt à expédier, une action efficace et responsable doit être pensée et adaptée, et donc prend du temps. Et n’oublions pas combien l’insularité complique la tâche !

Quant à la polémique sur la main mise américaine… pfffff….comment dire. On s’en fiche ? Ce qui a manqué pendant la gestion de l’après tsunami, a exactement été l’absence de coordinateur central. Alors même que les Etats touchés par le tsunami étaient des Etats forts, Haïti ne dispose plus de structure étatique capable d’organiser les secours. Alors si les Etats unis souhaitent aujourd’hui coordonner l’aide internationale, pourquoi pas. Du moment où une vigilance sur une trop importante orientation de l’aide apportée reste de rigueur. N’oublions pas combien la pression est forte pour Obama, car un autre parallèle est aussi possible, Haïti vs Katrina !

Aujourd’hui une leçon semble bien apprise, la non ruée vers l’or humanitaire ! Haïti n’apparait pas encore comme envahi par les associations, seules les organisations les plus importantes et les plus qualifiées sont sur place assurant une action plus maitrisée et responsable. Espérons que cela dure !

2 Comments

  1. Pfffff….comment dire ? Teddy Roosevelt vous embrasserait sur les deux joues.

  2. disons qu’il est effectivement compliqué de laisser se déployer une aide humanitaire sans arbitre. Le problème étant que l’arbitre n’est pas un enfant de coeur.

    Où est la part de cynisme…good question.

    Ceci dit, une énorme partie des ONG sur place insistent bien sur le fait que ce sont les Haitiens qui doivent coordonner l’effort. Espérons que le soft power et que le maillage soient suffisamment vigilants !

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