Proglio, où est le problème ?

Alors qu’un million de chômeurs seront bientôt en fin de droits en France, le cumul de rémunérations du nouveau patron d’EDF, Henri Proglio, a fait polémique. Il ne faut pourtant pas se tromper de débat.

Nous l’apprenons aujourd’hui, Henri Proglio, PDG d’EDF et président du conseil de surveillance de Véolia Environnement va renoncer aux 450 000 euros prévus à titre de compensation pour cette dernière fonction. Une décision symbolique saluée comme « sage » par François Fillon et le reste du gouvernement. Ce choix ne change en rien le caractère profondément scandaleux de cette affaire.

2 000 000 d’euros, telle n’est pas la question

Que le PDG d’EDF gagne 1 600 000 € entièrement payés par le contribuable ou 2 000 000 € dont 400 000 réglés par Véolia ne change rien à mes yeux. La rémunération des grands patrons du CAC 40 est choquante, nous le savons. L’écart de plus en plus insupportable entre les rémunérations des ouvriers et celles des patrons est un des facteurs explicatifs de la crise actuelle, c’est évident. Mais sincèrement entre 1 6000 000 € et 2 000 000 €, ce n’est pas la différence qui donne envie de se révolter. Ce qui me choque en premier lieu, c’est que le salaire du patron d’EDF a déjà connu une augmentation de 45% par rapport à celui de son prédécesseur.

Si Véolia a voté une rémunération de 450 000 € pour Henri Proglio, pourquoi ne pas laisser l’entreprise privée verser cette somme et en profiter pour ramener le salaire payé par EDF à son niveau précédent ? Il serait ainsi logiquement payé pour ce qu’il apporte à Véolia et éviterait à l’Etat une dépense supplémentaire, évident non ?

Au delà de la rémunération, c’est le cumul qui est indécent

Ce qui est inconvenant dans cette affaire, ce n’est pas que Proglio reçoive deux salaires pour ses deux fonctions, c’est bel et bien le fait qu’il cumule un emploi stratégique dans deux entreprises, l’une publique, l’autre privée.  Difficile de ne pas voir les similitudes entre les deux entreprises, elles tiennent en un mot : nucléaire. Dès le 22 octobre dernier, plus d’un mois avant sa nomination, le président de la commission des Finances du Sénat, Jean Arthuis, évoquait « des risques de conflit d’intérêts ». Le président de l’autorité des marchés financiers, Jean-Pierre Jouyet, qualifie ce cumul de « baroque » avant de l’autoriser.

Cette polémique sur la double rémunération retombée, nous allons laisser monsieur Proglio reprendre ses fonctions comme si de rien n’était. Il est pourtant manifeste que le problème dans cette affaire porte un nom, conflit d’intérêts. Comment pouvons-nous continuer à ignorer que les deux entreprises – et notamment la branche énergie de Véolia – auxquelles Proglio apportent ses talents jouent sur le même tableau ? A moins peut-être que l’on prépare la fusion d’EDF-Véolia comme on avait prévu celle de GDF-Suez.


2 Comments

  1. mille fois d’accord.

    La France aux multiples talents (hum) avait-elle besoin de « débaucher » l’ami Proglio ?
    Sommes-nous encore face à une farce des couloirs du pouvoir ?

  2. Peristète:

    Ce qui est fascinant, c’est le renoncement au salaire de l’entreprise (privée) pour mieux toucher le salaire public. Que l’Etat (actuellement gouverné dans une logique de cost-killer) abonde dans ce sens, me semble délicieusement schizophrène…

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