Moscou et les droits de l’homme, une chimère ?

Une bonne nouvelle doit toujours être saluée, d’autant plus lorsqu’elle concerne une avancée notoire en matière de droits de l’homme et de libertés fondamentales. Si l’information est presque passée inaperçue, elle n’en est pas moins importante. La Douma d’État de la Fédération de Russie (la Chambre basse du parlement) vient de voter le projet de loi de ratification du Protocole 14 à la Convention européenne des droits de l’homme.

Une précision tout d’abord : la Russie, qui n’est pas et ne sera jamais un État membre de l’UE, est membre du Conseil de l’Europe. A ce titre, elle est partie à la Convention européenne des droits de l’homme, et a un juge siégeant à la Cour du même nom. Si la CEDH est un organe subsidiaire (elle ne se substitue pas aux juridictions nationales mais statue en dernier recours), elle constitue néanmoins un moyen de recours important en matière d’atteintes aux libertés. Elle apporte également une contribution jurisprudentielle non négligeable aux droits nationaux et est bien sûr une tribune amplificatrice des violations de libertés dans/par les États parties. Pour exemple, la Turquie a fait l’objet de 257 condamnations en 2008, talonnée par la Russie (233) et ses acolytes respectueux la Roumanie, la Pologne et l’Ukraine.

Bref, tout ça pour dire que la ratification du Protocole 14 va permettre l’entrée en vigueur de nouvelles procédures et désengorger la cour (juge unique et nouveaux pouvoirs des comités de trois juges) afin de mieux répondre à l’afflux croissant de requêtes.

Pourquoi donner tant d’importance à une simple signature ?

Parce qu’il est paradoxal que la Russie contribue à la réforme de la juridiction qui la sanctionne le plus ou parce que cela arrive précisément le lendemain du report de l’examen de l’affaire Ioukos par la CEDH au mois d’avril ? Il y a sûrement un peu de ça, mais l’important est qu’au-delà d’un simple point juridique, il s’agit d’une avancée politique à retenir. Comme l’a confié l’un des représentants de Russie Unie (le parti au pouvoir)  »We have begun to change our relationship to the West. We no longer have the feeling that Europe wants to build revolutions here.” Un changement d’atmosphère à Moscou, un relâchement de la méfiance envers l’étranger proche qui augure peut-être, à l’heure où l’Ukraine va choisir son président, d’une évolution lente mais certaine des relations entre les deux partenaires.

En 1866, le poète Tioutchev disait « qu’on ne comprend pas la Russie par la raison…en Elle, on en peut que croire ». A bon entendeur…!

4 Comments

  1. Salut,

    Article très intéressant.

    2 choses:

    * sur le fond, je ne suis pas sûr que la Russie ne sera jamais membre d’une union (même si elle ne s’appellera plus UE…)

    * sur la forme , je trouve (et c’est un avis personnel) que les ratures (que tu utilises en plus fréquemment dans tes articles) sont un peu incohérentes et qu’elles ne remplacent pas exactement les nuances qu’on peut dégager par des tournures de phrases adaptées.

    Bravo pour ce magazine!

    Nat’

  2. En tant qu’ancien enseignant au CFJ (et ancien journaliste), par ailleurs impliqué dans l’affaire Khodorkovski, je suis d’accord avec le commentaire précédent: article intéressant sur le fond (notamment la mention du lien avec le report de l’affaire Ioukos), usage à proscrire absolument des ratures ;-)
    Bon courage pour la suite…

  3. côté Européens, on fait bien de se réjouir. côté realpolitik, c’est peut-être aussi une façon pour les Russes de concentrer les plaintes sur un organe affranchi des Nations Unies (donc des Etats Unis) comme la CIJ.
    Les différents « blâmes », aussi symboliques soient-ils, ne me donnent pas l’impression qu’ils seront assez forts pour contraindre la Russie de Air Poutine. D’ailleurs, les Russes en ont-ils envie ?

    Pour les ratures : je suis bien sûr totalement en opposition avec Boris. Nous sommes un média d’opinions, pas des journalistes (même si certains d’entre nous le sont) donc continuons notre marque de fabrique ! (même si trop de rature nuit à la bonne lecture du papier)

    vive la république !

  4. @ Nat’ : merci pour tes remarques. Pour ce qui est de l’adhésion de la Russie à une Union, c’est une question intéressante. Tu sembles dire qu’il pourrait y avoir un après UE, on peut également penser à un cercle encore plus large, quoiqu’il en soit ton avis m’intéresse !

    @Laurent : je suis d’accord avec toi, aucun blâme ne pourrait véritablement être contraignant dans une configuration du pouvoir telle qu’elle est en Russie. Ce qui est intéressant toutefois, c’est que la Russie accepte de se soumettre à ces blâmes et de participer sérieusement à la CEDH…

    Pour les ratures, leur usage est tout à fait justifié, mais je comprends qu’il puisse gêner la lecture ;)

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