Le film s’ouvre sur un conte yiddish sorti de l’imagination des frères Coen avec un message attribué à Raschi : « accepte avec facilité ce qui t’arrive ». En quelques minutes le ton est donné, nous allons assister à une comédie éclatée à la lisière de l’expérimental, un grand cru.
Pour ce nouvel opus, les frères surdoués du cinéma américain nous promettent un scénario plus personnel. Le décor leur est en effet familier, celui du Minneapolis juif des années 60. Le reste demeure toutefois fidèle à leur univers : un anti-héros, individu résolument moyen, qui voit toute sa vie, ses certitudes, s’ébranler.
Ce que vit Larry Gopnik en moins de deux heures – la femme adultère et son amant rebutant effroyablement compréhensif, le frère asocial persuadé d’avoir trouvé la martingale infaillible, la fille hystérique qui lui vole de l’argent pour se refaire le nez, le fils sous marijuana à sa bar-mitsvah, l’étudiant coréen corrupteur, les collègues condescendants, le voisin raciste, la voisine et ses bains de soleil, nue… – pousse cet « homme sérieux » à interroger une série de rabbins espérant comprendre le message que Dieu lui adresse.
Tout au long du film, les rabbins vont apparaître d’une étonnante incapacité face au déchaînement du destin que vit Larry, entre humour grinçant et noirceur métaphysique. Ces scènes vont mettre en évidence les carences de sa communauté, les manquements des édiles religieux, l’hypocrisie de la bienséance, la crise de foi et de confiance qui sont la toile de fond de ce nouvel opus des frères Coen. Tout cela paraît surréaliste et donne en partie le ton d’une forme d’humour décalé, abstrait et imprévisible. Pour corser l’ensemble, la réalisation des Coen se refuse à la linéarité, selon un principe qui se trouvait déjà à l’œuvre dans leur précédent opus, Burn After Reading.
Reconstitution d’époque, A Serious Man se présente comme une œuvre formellement impeccable. Les frères Coen s’amusent avec cette crise existentielle, succession d’avanies qui s’abattent sur ce brave professeur d’université, démuni et soumis. Le bonheur de ce film tient à son style drolatique pour décrire une communauté juive, avec ses rites et ses traditions, dans ce coin particulier d’Amérique qui vit en vase clos, à l’abri de son confort. Le regard oblique que portent les réalisateurs sur le monde et la condition humaine, nous amène à réfléchir au sens de la vie, ou plus précisément à son absence de sens.
Trouvailles visuelles, perfection des bruitages sonores, situations cocasses, humour et dialogues pleins d’esprit font de ce film une nouvelle réussite après The Big Lebowski ou No country for old men. Quelques réserves tout de même. Si on aime voir les frères Coen s’acharner sur ce pauvre bougre jusqu’à ce qu’il retrouve le goût à la vie, ils prennent le risque de lasser à force de plaisanteries pour initiés axées sur l’identité juive. La construction torsadée de ce film est propice à de belles réflexions, mais cet opus, porté par un incroyable Michael Stuhlbarg, demeure moins émouvant que No country for old men et moins drôle que Burn after reading.

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je sais ce qu’on va aller voir ce week-end alors !