Le journaliste est-il lui aussi tombé dans le mythe marketing de Twitter ?

Périgord, formidable le Périgord. Résumé du Big Brother des journalistes auxquels nous avons droit pour au moins encore une bonne centaine de papiers :

« Enfermer cinq journalistes dans une ferme du Périgord, les priver de journaux, de radio et de télévision au profit d’une seule machine, un ordinateur avec accès à Internet : c’est l’expérience, baptisée « Huis clos sur Internet » et menée pendant cinq jours à partir du lundi 1er février par le réseau des Radios francophones publiques (RFP qui regroupe Radio France, Radio-Canada, la Radio Télévision Suisse et la RTBF). »

Et ça s’excite donc sur le Twitter francophone.

Vous savez, l’outil préféré de quelques centaines de journalistes, de centaines de blogueurs et de centaines de badauds qui badinent. Ah ! et puis l’outil qui permettrait de faire de l’info de proximité, HYPERLOCALE, qui servirait aussi à faire de la guerre démocratique en Iran. Si si ! Rappelez vous ! L’outil auprès duquel la Maison Blanche a refusé sa maintenance de serveur au plus chaud de la crise iranienne, histoire de maintenir la pression.

On aurait inventé un super concept de journalisme : faire croire que dire ce qu’on est en train de voir à la télévision, c’est de l’information. Et donc on aurait avec cette expérience eu une super idée : utiliser un tambourin de pouvoir pour faire de l’info.

Concrètement, l’expérience en question sert-elle à quelque chose ?

NON NON et NON !!!

Je ne suis pas le seul à en douter. Eric Mettout l’exprime de façon clairvoyante :

« Or, certains des enfermés de Radio France ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne suivraient même pas les liens proposés par leurs interlocuteurs en ligne – et a fortiori qu’ils ne remonteraient pas le fil jusqu’au moment où ils pourraient valider les informations fournies. C’est de l’inconscience, pour ne pas dire de l’incompétence, personne parmi les journalistes multimédia ne se permettrait de travailler de cette manière. C’est aussi réduire à néant, d’emblée, ce que l’expérience pouvait avoir d’éventuellement instructif. « 

Ce qui commence à m’agacer sérieusement et qui est cristallisé via cette opération, c’est cette caricature véhiculée (et véhiculante, fouya) du journaliste dichotomique :

  • oh oui ! c’est super Twitter, sit’espasdessust’asriencompris
  • oh non ! Twitter, ce n’est pas de l’information, c’estuntrucdebranleurduCFJalorsquemoijesuissurleterrainMadame

Ce qui fait passer le journaliste pour 3 choses :

  • un con
  • un vendeur de dépêche
  • un « travailleur de l’information » totalement subjectif (merde, ils vont tous écrire sur Tout Ca ou bien ?)

En d’autres termes :

  • Ségolène Royal c’est super
  • Ségolène Royal c’est mal

J’abuse ? J’assume.

Au final, peu d’audace. Les mots « relations lecteurs », nouveaux cycles d’information, passent une nouvelle fois à la trappe. Au mieux, des prises de position idéologiques sur ce qu’est le « journalisme » (cette utopie merveilleuse), au pire un regain de dédain et de perte de crédibilité.

Est-ce grave ?

En fait, oui. Parce que cette expérience va concentrer l’attention médiatique. C’est déjà passé dans 20 Minutes édition papier, je crois savoir que des sujets sont prévus pour le JT. Donc oui journalistes, en tant que personne « influente » (si vous le niez, c’est que vous n’avez toujours pas compris pourquoi on vous aime toujours au PMU d’en bas), vous avez une responsabilité quand vous savez que vous allez générer un pic d’attention. L’attention est la monnaie la plus rare sur cette planète (je crois que vous commencez à le savoir, vous ne savez plus où les gens lisent puisqu’il semblerait qu’ils vous lisent moins ?). Vous allez donc la transformer en valeur pour vous (et nous) ?

Ce serait super, sérieux.

4 Comments

  1. AH !
    comme je suis d’accord !
    Un outil, aussi bien soit-il, suppose des pratiques-de la distance-de l’intelligence – pour être une véritable source d’infos…

    en l’occurrence, là, ils ne peuvent appeler quiconque pour vérifier les infos ? C’est une chance formidable de développer de nouvelles pratiques afin de renforcer la « sureté » de l’info trouvée sur les réseaux sociaux.
    en l’occurence : qui publie pour la première fois l’info ? est-elle massivement reprise ? Est-elle reprise par différents Twitteurs assez spécialisé dans le domaine traité ? etc.

    C’est pour ça que c’est bien, Internet : ça permet d’avancer tous ensemble, si on le veut bien…

  2. ça me rassure sur l’avenir de ton métier que tu aies ce recul là…

  3. le truc qui me gonfle, c’est ce mythe alimenté par certains comme quoi le journaliste serait inutile à cause des canaux (twitter par exemple ici) alors que celui-ci est alimenté par des contenus issus pourtant de ce journalisme.

  4. @Romain tout à fait d’accord. le mythe de la killer application est à abattre.

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