La semaine dernière, nous avons assisté à la projection de La Horde, film de zombies français qui débarquera sur vos écrans le 10 février prochain. En attendant de lire prochainement sur ces lignes nos avis sur le film, nous avons rencontré, entre temps, pour vous, deux des scénaristes de ce premier film couillu et méchamment jouissif.
A ma droite, Stéphane Moïssakis, journaliste chez Madmovies, fervent adorateur de John McTiernan, féru de jeux vidéos, n’aime ni le froid ni la neige, sauf dans les films de John Carpenter (The Thing).
A ma gauche, Arnaud Bordas, journaliste indépendant (a également travaillé chez Madmovies) écrit notamment pour le Figaro Mag’, fantasme sur tous les projets de Guillermo Del Toro (un douzaine apparemment) et avoue regarder de mauvais films (et les aimer, mais ça c’est Stéphane qui le dit)
Tous deux sont allés le week-end dernier présenter La Horde à Gérardmer avec leurs compères Yannick Dahan et Benjamin Rocher, réalisateurs du film et ont été visiblement ravis de l’accueil très positif du public au festival. Cerise sur le gâteau, John McTiernan et Florent Siri les ont même personnellement félicités !
Arnaud Bordas & Stéphane Moïssakis
Comment êtes vous arrivés sur La Horde ?
Stéphane C’était fin 2006. On écrivait de notre côté un film policier avec un zombie. Yannick est venu nous parler de son projet. Ce n’était pas le même traitement, mais en gros c’était le même concept. En France, il n’y a pas de place pour deux films de ce genre… On a continué à écrire de notre côté pour se faire la main. Peu après, Yannick est revenu nous parler plus concrètement de ce sur quoi il travaillait et nous a proposé de passer un test sur un ensemble de séquences pour élaborer des dialogues et des mises en place. Plusieurs personnes ont fait ce test, on ne sait pas qui. On a fait ça sur une semaine. Trois quatre jours plus tard, on a appris qu’on allait participer à la V1 du film.
Arnaud Pendant un mois et demi, deux mois, on a écrit à temps plein. Je débarquais à 9h chez Stéphane et repartais à 18h. Benjamin (Rocher) et Yannick (Dahan) étaient contents du rendu. On a minuté la V1 qui faisait à l’origine 2h30 ! Bien sûr il fallait couper, ne serait-ce que pour une question de budget.
Stéphane Quand tu montes un film, l’objectif est d’obtenir le plus d’argent, mais c’est assez difficile
Arnaud Il y avait un handicap supplémentaire. Avant, les films de d’horreur étaient réalistes. Ici, les zombies amènent une dimension surnaturelle. Financer un film de zombies en France, ce n’est pas facile, il faut le plus possible éviter de prononcer le mot « zombies ». Je me souviens du jour où on a tourné la scène avec les 300 zombies, Raphaël, le producteur s’est écrié « on l’a fait ! ». Faire un film de zombies en France relève de l’inconscience. Il y a eu 10 à 12 versions du scénario qui a été à maintes reprises réécrit. On voulait peaufiner notre travail, travailler en groupe, on ne voulait pas d’un scénar d’auteur.
S’il devait y avoir un remake US de La Horde, qui verriez vous au casting ?
Stéphane Souvent, Yannick dit qu’ Eriq Ebouaney est leur Samuel Jackson. D’un autre côté, pour des raisons culturelles il faudrait certainement adapter. Par exemple, la signification d’avoir des personnages africains en France ne sera pas la même qu’aux US. De même qu’Outre-Atlantique, le personnage incarné par Jean-Pierre Martins, je ne pense pas que tu puisses en faire un héros, à cause du fait qu’il soit arabe.
Arnaud René, le vieux qui est vétéran de la guerre d’Indochine deviendrait un ancien combattant de la guerre du Vietnam par exemple.
Stéphane On pourrait penser à un mec comme Nick Nolte.
Arnaud Ou un John Savage qui a un passif dans des films sur la guerre du Vietnam.
La Horde est sélectionnée dans de nombreux festivals internationaux. Comment expliquez-vous ce succès ?
Arnaud Il y a cette hype de la French Horror qui est pas mal appréciée à l’étranger. C’est un cinéma plus extrême. En revanche, je ne sais pas du tout comment on sera reçu. D’habitude, le traitement est celui d’un cinéma plutôt d’auteur, qui apporte de l’exotisme. Nous, on a voulu faire un film avec une sensibilité « plus universelle » en fait.
Stéphane Le contexte franchouillard plait au public. Quand on a écrit le personnage de René, on s’est tout de suite dit que ça serait bien d’avoir Jean-Pierre Marielle, parce qu’on est fans des films comme Les Galettes de Pont-Aven, Calmos et Comme la Lune. Mais aujourd’hui, on est aux anges avec la performance de Yves Pignot, qui a tout compris au personnage et qui l’interprète à merveille. En Europe, ce côté franchouillard, ça fait rire les gens. Ce sera peut-être moins le cas aux Etats-Unis. On voulait faire un film pour le public, qui fait rire, peur, ce que Télérama appelle d’habitude un « film de foire ». Ce n’est pas un film de festival, c’est un film pour le public.
Dans une interview, Yannick Dahan dit que La Horde n’est pas un film d’horreur. Comment faut-il l’interpréter ?
Arnaud Le premier genre qui ressort, c’est le film d’action.
Stéphane Ce n’est pas un film qui fout les pétoches à la Romero, même s’il y a deux trois séquences terrifiantes. Martyrs, A l’intérieur ce sont par exemples des films gore, des drames gore plus précisément. Dans l’ensemble, on en ressort dérangé. Calvaire joue également très bien sur ce registre. Ce n’était pas le but de la Horde.
Arnaud Yannick m’a raconté que lors de la projection à Venise, un mec qui était derrière lui s’est exclamé après une scène « Yeaaaaah Badass ». Et j’ai trouvé ça génial car ce qu’on veut avant tout, c’est procurer du plaisir aux spectateurs. J’ai prévenu ma belle-sœur qui n’aime pas les films d’horreur à la base, parce qu’il y a quelques scènes difficiles! Mais c’est un film entrecoupé de respirations, d’actions, d’émotion également.
Si vous deviez compléter la phrase « si vous aimez xxxx, vous aimerez La Horde »
Stéphane Ce sont surtout les références de Yannick. On pourrait par exemple citer Devil’s Reject, L’Armée des morts. En fait La Horde, c’est un peu le croisement entre L’Armée des morts et The Shield. A l’intérieur du film en revanche, il y a clairement des références. Comme René qui cite un moment l’agent Johnson de Die Hard.
Pourquoi n’y a-t-il pas plus de films de genre en France ?
Stéphane Deux trois films par an comparé à il y a dix ans c’est énorme. Aujourd’hui grâce à un système de production parallèle, tu peux récolter un budget de 2 / 2,5 millions d’euros pour financer ton film. C’est une brèche dans laquelle les gens s’engouffrent.
Arnaud La volonté de faire des films de genre est là. Il y a quatre cinq ans, on verrait ces films comme des ovnis. Aujourd’hui les gens les tolèrent, et on est remboursé à l’étranger. Il existe une espèce de frein culturel. Ca n’intéresse pas le public français. Il n’y a pas une industrie consacrée à ce genre, pas de savoir faire, on a appris sur le tas. Du coup on fait des petits films, qui ne s’adressent pas au grand public.
Stéphane Cette année, tu as tout de même la Horde, un autre film qui s’appelle Amer, Proie également. Mais le budget ne passe pas les 3 millions d’euros. Les films à gros budget se sont tous plantés. St Ange, Brocéliandre. Mis à part Le pacte des Loups, qui a fait 5 millions d’entrées. Mais c’est une aberration. Ca signifie que le publique qui s’est déplacé voir ce film a excédé le public adepte des films de ce type. Aux US, tu aurais eu un pont d’or après un tel succès.
Arnaud. Alors qu’en France, il y a un véritable blocage culturel.
Stéphane Une forme de snobisme.
Arnaud On a l’impression que l’imaginaire, ce n’est pas pour nous. Pareil en littérature. Alors qu’en Espagne, c’est tout à fait différent. Ils savent utiliser et mettre en valeur toute cette matière irrationnelle.
Quels sont les films que vous attendez le plus cette année ?
Stéphane / Arnaud Il est déjà passé, c’était Avatar!
Arnaud Agora d’Amenabar, Le livre d’Eli, Lovely Bones de Peter Jackson, Shutter Island de Scorsese, Expandable bien entendu, le film de Stallone avec son casting extraordinaire.
Stéphane J’attends le Scorcese, mais j’arrive à imaginer ce que ça va donner. Alors qu’Avatar, on s’est demandé jusqu’au dernier moment ce que ça allait être !
Autrement on attend les prochains films de Del Toro, il a au moins 10-12 projets en tête !

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