Urban seats, interview du designer Damien Gires

Alors que le mobilier urbain se fait rare, voire inexistant, Le Plan B, jeune collectif fondé en 2007, a décidé de mettre sa créativité au service de la rue et du piéton.
C’est lors des off des designers days de 2009 qu’ils se font connaître du grand public avec les urban seats.
Ce sont des produits légers et empilables constitués d’une chaise et d’une tablette. Pas besoin de gros travaux pour les mettre en place, les urban seats se posent directement sur les bornes anti-stationnement.
Plus que de simples éléments designs, le projet s’inscrit avec un concept fort : « se réapproprier l’espace urbain piétonnier ».

Damien Gires, fondateur du Plan B et créateur des urban seats a accepté de répondre à nos questions.

Tout-ça :Le plan B développe son propre mobilier, ses objets, ses luminaires et conçoit également les aménagements intérieurs, qu’est-ce qui vous a donné envie cette fois de passer à l’extérieur?

Damien Gires : Le passage au mobilier d’extérieur ne s’est pas fait directement sur une volonté particulière, mais sur une invention soudaine surgie du constat que les rues de la capitales étaient quasi dépourvues de mobiliers.
Cela ne fut que la continuité de l’idée que le confort et le bien être ne se limite pas à une frontière dedans/dehors, mais à l’attention faite à l’individu, à la personne.

Comment les bornes anti-stationnement se sont-elles imposées à vous comme la base (le support physique) de vos créations?

A vrai dire l’idée s’est imposée toute seule. Comme une évidence. Je regardais un jour les poteaux devant mon bureau, et … bling … idée !
J’ai alors pris une feuille et dessiné la chaise. J’ai aussitôt tracé un plan et fabriqué un modèle en bois qui s’est avéré fonctionner immédiatement.

A qui les Urban Seats sont-ils destinés ?

Les chaises sont destinées aux municipalités ou aux collectivités locales qui disposent des mobiliers urbains adéquats. Ceci dans un objectif de réaménagement à moindre coût de l’espace urbain.
Ceci dit, certaines sociétés d’évènementiels peuvent aussi s’approprier ces mobiliers pour l’aménagement d’espaces de repos lors d’évènements publics en extérieur. Par exemple à Paris, lors de l’arrivée du Tour de France, ou sur le trajet du Marathon de Paris, du défilé du 14 juillet, etc…

La conception de la chaise prend en compte la sécurisation des mobiliers, mais aussi leur mise en œuvre rapide.
La tablette quant à elle est plus destinée aux entreprises de restaurations qui disposent d’un droit de terrasse.

Elle s’adresse également à toutes les entreprises intra muros dont les salariés désirent boire une boisson chaude en extérieur avec un confort supplémentaire.
Et enfin, elle peut être largement utilisée lors d’évènements temporaires pour la création d’ilôts de convivialité, lors de vernissages par exemple.

Avez-vous d’ores et déjà été contacté par des municipalités intéressées par les urban seats?

Dans l’immédiat non. Ce produit est totalement nouveau dans son positionnement. Les municipalités ont l’habitude de mobiliers urbains fixes, ancrés dans le sol. Urban Seat n’est ni une chaise de terrasse, ni un meuble fixe.

Cette nouvelle typologie de meuble offre une nouvelle lecture de ce que peut être l’espace urbain piétonnier. Il faut que l’image fasse sont chemin.

Comment s’est passé le choix des matériaux et des couleurs ?

Les modèles présentés en avant première lors des Designers Days ont été développés pour deux objectifs : Montrer la cohérence du projet et être vus.
Les pièces ont été réalisées en aluminium afin d’allier résistance et légèreté.
La couleur choisie s’est avérée être judicieuse, car le projet n’est pas passé inaperçu. Cependant, conserver cette couleur a aussi d’autres avantages : en terme de signalétique, elle permet de différencier les mobiliers d’attente des autres aménagements. Elle amène aussi un peu de chaleur et de couleur dans un environnement souvent monochrome.

Prévoyez-vous de jouer avec un code couleur, tout en restant dans le flashy, différent par exemple pour chaque destinataire : municipalité, évènements, restauration? Ou encore une couleur différente par ville?

Tout à fait, c’est l’avantage qu’offre ce type de mobilier. Il doit, en plus de sa fonction première qui est de s’asseoir, être utilisé comme élément de signalétique, comme support de communication ou comme image de marque.

Quelles sont les étapes pour faire aboutir un tel projet?

Les étapes dessin, prototypages, dépôts de brevets sont effectuées.
Il faut maintenant un partenaire industriel motivé pour le développement du projet dans le but de l’industrialiser et le distribuer.Il faut également que le marché soir ouvert et prêt à accueillir le produit. L’un ne va pas sans l’autre.
Le public, quand à lui, est déjà largement convaincu.

Vous heurtez-vous dans le développement de votre projet à des règles d’aménagement urbain, qui peuvent être strictes notamment dans des quartiers prestigieux?

D’après l’étude menée sur les normes d’aménagement urbain, ce n’est pas tant la zone géographique qui pose une restriction, mais surtout le respect des circulations, essentiellement pour les personnes à mobilité réduites et handicapées.

Du fait, il est interdit de positionner les chaises aux abords de trottoirs trop étroits, ou aux niveaux de passages piétons. Cependant, tous les autres zones sont libres.
Les chaises peuvent aussi se positionner sur les barrières. Toutes les zones d’attentes devant les écoles en sont munies. Urban Seat est aussi une solutions pour passer de « parking à vélos » en zones de convivialité et d’attente.

Quels sont les endroits où l’on peut, à ce jour, à Paris ou même en province, découvrir et profiter de vos urban seats?

Actuellement…. Nulle part ! Mais nous continuons à travailler pour que ce projet aboutisse et redonnent aux villes, et aux usagers, la convivialité qu’elles méritent.

Suite au succès que vous avez rencontré pour vos urban seats, avez-vous de nouveaux projets liés à l’espace urbain ?

Dans l’immédiat je me concentre sur ce projet afin de le faire aboutir.
Cependant je reste ouvert à toutes propositions ou appels d’offres liés à l’espace urbain. Tout nouveau questionnement ou tout nouveau projet est pour moi une opportunité de réflexion et d’avancement.


Pour en savoir plus

Crédits photos : Justin Westover

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A propos du chroniqueur

A la base journaliste politique radio, j'ai basculé dans les différents univers de l'art de vivre et n'en suis plus ressortie. J'aime les lundis, les rayures, l'odeur des livres -surtout lorsqu'ils sont bons-, et le risotto. J'ai créé récemment le site de décoration Intérieur et j'écris également dans un petit blog culinaire.