Leçon de séduction N°2

(ou comment composer une ambiance propice aux dérives des sens)

Quand on parle de plan cul, et ce quel que soit le contexte, il n’y a pas de règles. Du one shot de 10 minutes dans les toilettes du bar au frisson marital pour casser le quotidien, le souvenir qu’on en garde n’est défini que par l’état d’esprit dans lequel l’épisode a lieu. Il arrive donc que portée par une envie irrépressible (et, souvent, d’un taux d’alcoolémie qui frise le coma éthylique), on se jette dans la gueule du loup trois jours après la dernière épilation, dans une tenue pas pensée pour et dans des lieux les plus incongrus aux normes d’hygiène, de romantisme et d’intimité contestables. Cette situation incontrôlable n’étant du ressort que du hasard, je ne peux vous prodiguer comme conseil que le minimum syndical, penser à rester safe et pour le reste, bonne chance (on n’est pas à l’abri d’une bandaison moyenne à cause de l’alcool, d’un jet de vomi intempestif, ou de mille incidents potentiels quand on baise dans les toilettes des bars).

Parfois, peut-être moins souvent, le plan cul est organisé. Un rendez-vous est pris, la situation est claire ou en tout cas, vos intentions à vous le sont. Vous anticipez quelques heures en préparation physique et mentale, mais le plus dur n’est même pas là : il faut trouver un lieu. Et déjà, on peut définir deux groupes : ceux qui vont boire un verre (ou manger quelque chose) et ceux qui ne se retrouvent que pour les ébats. Les premiers, de grands romantiques sûrement, préfèrent échanger quelques mots et donner une consistance intellectuelle à leurs galipettes. On peut les comprendre. Seulement, s’ajoute alors la question du bar ou du restaurant à choisir. Comme la conversation qui précède peut être vue comme des préliminaires intellectuels, il est conseillé de ne pas se planter sur le contexte. On évitera donc le MacDo (ça me fait penser à un excellent article de Ioudgine), la boîte branchée, le bar bondé du samedi soir ou encore le pub où tout le monde est bourré à 21h. On évite le déjeuner qui est un peu ambigu (et qui vous oblige à caser le rendez-vous entre deux obligations de travail) et on se concentre sur la soirée, voire même la deuxième partie de soirée. Car si vous êtes comme moi, de celles qui perdent l’appétit en face du mâle (un vrai handicap qui vous fait passer pour une pinailleuse/anorexique alors que vous avez déclaré un jour que le saucisson vous comble plus que tous les garçons de la planète réunis), se retrouver à table avec la target est un véritable supplice. S’inviter à boire un dernier verre ou un café après une soirée passée chacun de son côté, voilà qui a de la gueule, qui est civilisé et qui est propice à un forme de romantisme (imaginez, un beau et jeune couple et deux verres de bon vin qui fait la fermeture d’un café guindé juste ce qu’il faut et vide surtout… je conseille l’Autre Café dans le 11ème en semaine qui est très sympa). Une fois la nuit bien entamée, une deuxième question se pose, moins romantique, plus logistique : mais où est-ce qu’on va aller ? Elle est intimement liée à la question précédente puisque je conseille de ne pas avoir à prendre de transports pour y accéder. A vous donc de planifier la soirée en toute logique.


Pour la deuxième catégorie de personnes (et de rendez-vous), seule la finalité compte. On pense alors à Intimité de Patrice Chéreau ou encore à Une liaison pornographique de Frédéric Fonteyne (si vous ne les avez pas vus, je vous les conseille sans réserve). Et là l’idéal, c’est la garçonnière (je dis bien l’idéal, parce que ça finit vite entre chambre d’hôtel glauque ou l’appart avec les jouets du petit dernier qui traîne par terre). Quand je dis garçonnière, je ne pense pas au meublé du chinois dans L’amant (quoique…), mais bien à une vision moderne de celui-ci, c’est à dire un appartement fonctionnel mais impersonnel. Bien décoré ou pas, impeccablement rangé ou pas (le côté chambre de bonne sous les toit foutraque a son charme… ça me fait penser à un hôtel à Tours où l’hygiène était aussi douteuse que l’ambiance bohème était enivrante), c’est un lieu où rien d’autre ne semble avoir d’importance que la communion des corps. Alors on oublie la photo de famille à l’anniversaire de tata Jeannine, la collection de trains électriques, ou de DVD de Chasse et pêche qui sont des tue l’amour (c’est bien pour les soirées entre copines mais sur le coup, ça donne plutôt envie de se casser à toutes jambes). Oui, moins on en sait, mieux on se porte.

Et dans cette aura de mystère toute maîtrisée, des détails (une anecdote, un geste, une expression) prendront alors une saveur toute particulière. Comme c’est romanesque d’avoir l’impression de créer tout un tas de nouveaux souvenirs (même furtifs) avec quelqu’un, sans se prendre en pleine gueule l’histoire de sa vie avec ses déceptions et ses peines (on a assez des nôtres, merci).


Pour clore cette question du plan cul, il faut savoir qu’il y a autant de situations qu’il existe de personnes (et même plus)… que ces situations organisées ou désorganisées sont autant le résultat d’une synergie inexplicable entre deux êtres, qu’un déferlement d’hormones au bon moment, le début d’une histoire d’amour ou plus pragmatiquement un palliatif aux soucis du quotidien. Tout le monde ne le pratique pas et d’autres s’en chargent pour quinze (j’en connais). Finalement, ces petits détails qui font la différence, maîtrisés ou pas, sont tout ce qui reste de ce genre « d’histoires ». Alors si vous sautez le pas, fantasmez ces moments, scénarisez-les, donnez-leur le petit coup de pouce qu’il faut pour leur donner une vraie importance et une vraie beauté, soyez imaginatifs, prenez le temps d’en faire autre chose qu’une sortie « hygiénique ». Bref, éclatez-vous !

Après la théorie, passons à la pratique, la semaine prochaine, je ferais le tour de ce qu’on peut se permettre de faire ou pas dans le contexte du plan cul…. sortez vos cahiers, les crayons, mais aussi les gants Mapa, les lingettes désinfectantes et le rouleau de Sopalin, parce que ça risque de ne pas rester « propre » très longtemps.

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A propos du chroniqueur

Autodidacte et passionnée, Lucile collabore aujourd'hui sur plusieurs supports (internet, radio) à la promotion de la culture en général, et principalement du cinéma. Tout ça magazine lui donne l'occasion d'enfin déblatérer sur un sujet sur lequel elle est intarissable : le sexe. Des déviances les plus extrêmes aux pratiques de votre grand-mère, Lucile se penche sur tout et vous dit tout.