La Horde – avis d’une experte et d’un néophyte

Depuis le temps qu’on vous en parlait, le voilà qui débarque cette semaine sur vos écrans. Je vous parle bien entendu du film La Horde.

Pour être partial, on a demandé l’avis de deux personnes, l’un totalement néophyte et vierge des films de zombies, l’autre illustre critique de films et auteur de romans fantastiques qu’on a l’honneur de recevoir dans nos colonnes pour cette chronique.

Anne Billson est née à Southport, en Angleterre. Elle est romancière, critique de films et photographe. Elle à écrit plusieurs livres, dont deux romans épouvants – Suckers (vampires) et Stiff Lips (fantômes) – et une monographe sur The Thing, le film de John Carpenter. En 2001, elle a quitté Londres pour habiter à Paris.

La Horde -

Le zombie, selon Time magazine, est le monstre officiel de la recession. Plus l’économie diminue, plus les films de zombie à petit budget se multiplient. Pas étonnant – le maquillage n’est pas cher et les histoires sont faciles à écrire. Les zombies veulent bouffer les vivants; les vivants, forcément, ne veulent pas étre bouffés. Et ça y est!

On vient de voir Bienvenue à Zombieland, [Rec] 2 et Dead Set. On va bientôt voir Survival of the Dead, Resident Evil: Afterlife, Doghouse… Dans cette pandémie de morts vivants, un nouveau film de zombie a besoin d’un point fort pour se détacher de la foule. La Horde, premier film des réalisateurs Yannick Dahan et Benjamin Rocher, n’est pas le premier zombi-fest français; ont précédé Les revenants (le zombie d’art et d’essai) et Mutants (le zombie montagnard). Mais disons-nous que celui-ci est le premier film de zombie banlieusard.

On dirait que le modèle est Assaut (1976) de John Carpenter, (déjà inspiré de Rio Bravo) qui fut pillé par le thriller français Nid de guêpes même avant le remake officiel Hollywoodien. A savoir des flics et des escrocs, coincés ensemble dans un endroit isolé, unis contre un ennemi anonyme, innombrable, impitoyable.

Ici, une poignet de poulets se glissent dans une tour HLM quelquepart au nord de Paris, avec le but de se venger sur les gangstas qui ont tué un de leur camarade. La descente tourne mal, les flics survivants sont pris en otage et hop! tout d’un coup, les morts se lèvent et se mettent à l’attaque. En même temps, des milliers de zombies se rassemblent à l’extérieur de l’immeuble. Pas d’avertissement, ni d’explication. Mais la situation est grave.

Pas le temps pour faire les présentations formelles.  Ici les flics sont durs, les malfrats sont durs, les zombies aussi. Quoiqu’au début, le film patauge dans les imprécisions, comme s’ils ne savaient pas comment  se lancer dans l’histoire (le prologue des funérailles est particulièrement maladroit). Mais aussitôt que les cadavres ambulants se déchainent, tout roule comme un train fou.

La petite bande d’alliés se déplace dans les couloirs et dans les cages d’escaliers pour faire… eh bien, quoi, exactement? Ils cherchent à se sauver, c’est clair, mais pour aller où? Car nous avons déjà vu, avec eux depuis la toiture, toute la ville en pleine crise : que de fumée, de hurlements, d’ explosions. C’est le bordel. Donc à quoi se sert de sortir? Ne serait-il pas plus pratique de rester là haut, derrière une porte blindée?

Mais bon, tant qu’il y a de l’action, on n’a pas le loisir de chercher les petite bêtes. Et l’action, c’est pas mal. On a déjà vu (dans 28 jours plus tard et sa suite, par exemple) des zombies qui courent comme Usain Bolt, mais ici ils se battent aussi. Ou plutôt, ils jouent le rôle de punching-bags. Bien que la violence contre les humains ne soit pas toujours de bon goût et politiquement correcte, il y a quand même les limites. Par contre, toute cruauté est admissible vers les morts vivants: les railleries sexuelles, les membres brisés, les figures reduites en purée. Sadisme sans culpabilité!

D’autre part, le film doit se passer dans un univers alternatif où La nuit des mort vivants et ses centaines de suites et imitations n’existent pas, car cela fait une éternité que nous sommes tous au courant de comment tuer un zombie: il faut détruire le cerveau, soit le flinguer, soit l’écraser, soit le brûler. Pourtant ici, bien que nos braves explosent une tête de temps en temps, c’est plutôt  dû au hasard. Sinon, on tire dans les torses, on donne des coups de pied ou des coups de couteaux ou des coups de poing, c’est n’importe quoi. Plein de fois je voulais crier, « Nom de Dieu, in the fucking HEAD, putain! »

Entre autre l’une des séquences les plus marquantes : un crêpage de chignon hyper-vicieux dont l’une des participantes reste vivante, l’autre pas. Montage rapide, mais pas chiant comme dans (par exemple) le dernier James Bond. Il y a également cette scène dans laquelle un seul mec est bloqué sur une bagnole, entouré par les MILLIONS de zombies affamés.  Impressionnant!  Comment ont-il réussi à rassembler tant de mecs mal payés prêts à s’entasser comme ça dans un parking. Pas énormement de résonance métaphorique (les zombies banlieusards sont-ils la racaille? À débattre) mais tout se déroule d’une vitesse assez haletante.

Dans un tel carnage, on n’attend pas que les acteurs se distinguent, mais il faut quand même noter que Eriq Ebouaney, qui joue le gangsta-chef, a une présence formidable, que Claude Perron, qui joue une des flics, est aussi dure que ses confrères avec son visage jolie tête de mort, et que le vétéran Yves Pignot s’amuse bien en role de papy ex-militaire qui se met à trancher, broyer, étriper les zombies avec un tel bonheur qu’on n’ose pas imaginer ce qu’il faisait jusqu’à ce moment pour se marrer.

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Laurent François, directeur de cette rédaction s’est prêté au jeu en nous livrant sa critique de La Horde avec franchise et autant d’expérience qu’un mec qui n’aurait vu aucun Romero.

La Horde : l’avis d’un néophyte qui fait genre

Un enterrement. C’est moche, la ville le jour. Une revanche, des collègues. Des keufs, des semi-putains et de la came.
L’histoire revisitée d’une Antigone qui sait qu’elle va peut-être mourir. Mais qui part au combat.
Une cité, la nuit. C’est beau une petite hystérie la nuit. Ca change des décors de ville d’Hollywood. Ca change des formidables petites pouffinettes diabolisées mais en Une de chez Perez Hilton.  Des chiens-loups, des couloirs qui feraient passer les gardav’ pour des postiches des frères Coste. Ca sent Sarcelles et pas Sunset. C’est bon d’exploiter le genre dans ce décor qui va sûrement rappeler outre-atlantique les pseudo French Riots. Quitte à faire une fiction, autant l’exploiter sur les constructions sociales et médiatiques.
Et puis l’horreur qui démarre. Du sang, du close-up. Un traitement à la braquo. Les enfoirés n’ont plus la tête de Julie Lescaut en France. Et puis l’on découvre la horde de zombies qui en a après nos acteurs.
Des portraits dans le vif, de l’humour parfois potache mais diablement efficace. Notamment Yves Pignot parfait dans son rôle tout droit sorti d’un Orange Mécanique. Interprétant « René », vous ne parlerez plus jamais de la même manière au vieux de votre immeuble perpétuellement en robe de chambre. René, c’est l’exutoire jouissif du papy qui dézingue, qui est raciste, et qui a pourtant comme meilleur ami Ouessem. Qui parle d’anciennes gloires et qui ose même de mater les nibards d’une zombinette.
On les suit, on espère même qu »ils vont s’en sortir.

Alors oui, les zombies courent. La vérité c’est que je m’en bats. La sauce prend, notamment celle rouge sanguine. Vous dégoulinez sous les bras, vous riez. Peu importe les codes tant que l’histoire – généreuse – tient.

La Horde est un vrai bon premier film. Avec certes parfois quelques incohérences ou manques dans le scénario. Le fait est que vous n’allez pas voir du Audiard mais du défouloir. Que si la première partie est un peu poussive, c’est pour mieux vous tirer les veines.

Allez-y comme un zombie sur sa proie.

A lire également l’interview des scénaristes de La Horde

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