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L’autocritique – une histoire française
S’il y a bien un caractère commun aux Français c’est l’autocritique.
C’est bien connu, en France rien ne va plus, le beaujolais nouveau n’a jamais été aussi mauvais, la culture française se délite, il y a des McDo partout, les politiques sont tous des c***, les Césars c’est nul, c’est la débandade ma petite dame !
Je ne me sens jamais autant française que lorsque je constate la capacité des Français à critiquer la France. C’est devenu le sport national !
Mais on la tient notre identité nationale ! C’est cette vieille résurgence de sentiment révolutionnaire, cette capacité à constamment critiquer, accuser, dénoncer, se moquer. À l’échaffaud les politiques de droite, de gauche, du centre, les trop chauds, les trop froids, et surtout les trop tièdes ! Qu’on leur coupe la tête à tous ces politiciens qui nous sortent un débat sur l’identité nationale de derrière les fagots ! Débat aux vieux relents d’effet d’annonce pour introduire des mesures douteuses !
Pendant ce débat sur l’identité nationale, les médias ont su faire preuve d’une véritable capacité à incarner un contre-pouvoir. Tous les supports se sont emparés du débat, que ce soit pour se prêter au jeu de la discussion ou pour remettre en cause l’existence même d’une telle discussion. Sur le service public de la radio, les journalistes ont majoritairement donné la parole aux intellectuels, politiques, confrères journalistes, qui remettaient en cause le débat et critiquaient la dérive qu’il pouvait constituer.
Une telle critique dans les médias du service public, alors que leur principal actionnaire est l’Etat, est rassurante. Une telle critique dans les médias écrits, alors que la presse est en crise et plus que jamais subordonnée à des impératifs financiers qui menacent son intégrité, est rassurante.
Rassurante sur l’état de notre pays. Rassurante sur notre identité nationale de révoltés. Rassurante sur la capacité des médias à se faire les dénonciateurs de l’injustice. Je ne le dirai pas souvent, mais oui, les médias ont réellement joué leur rôle de 4ème pouvoir.
Le pouvoir de la critique et la capacité à l’autocritique sont un des grands symboles de la France. Depuis la Révolution française et la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 qui dispose la liberté de « parler, écrire, imprimer librement », les médias se sont fait les garants de la justice et de la liberté d’expression. Les journalistes sont allés jusqu’à se faire militants, résistants, lors des périodes de censure, et à risquer leur vie au nom de la liberté d’expression.
Un bon indicateur du goût français pour la critique est le nombre et le succès des humoristes qui se moquent de nos chefs. Le public est particulièrement friand de ce genre d’exercice.
À l’étranger, l’humour sur les politiques n’est pas toujours accepté. On ne peut que saluer des initiatives comme celle de la série palestinienne Wantan Ala Watar, qui se moque des tabous religieux du pays et des dérives communautaristes.
Pour se convaincre de la qualité de gardiens du public de nos journalistes nationaux, rien ne vaut cette vidéo de Stéphane Guillon.