‘The International Living Magazine’ a rendu son verdict il y a quelques mois. Pour la 5ème année consécutive, la France est élue ‘Best place to live in’. Les spécialistes du tourisme global mondial ne sont pas les seuls à plébisciter notre qualité de vie, à en croire la poignée de pionniers du street art qui y ont élu domicile ces dernières décennies.
Cette tendance illustre un mouvement plus large au sein de la communauté artistique mondiale. Historiquement, ce fut le cas de compositeurs célèbres comme Jean-Baptiste Lully (qui était Italien). Plus récemment, les artistes plastiques Franco-chinois Wang Du, Yan Pei-Ming, et Huang Yong-Ping en attestent. Nombreux sont les créateurs internationaux vivant en France. On estime aujourd’hui que 25 000 artistes étrangers y résident (source: Quai d’Orsay), toutes pratiques confondues.

Subway Map by Futura 2000
Les graffiti artists US sont en France les ambassadeurs sub-culturels (néologisme heureux) d’une école qui a notamment souffert de la répression dans le métro new yorkais, lorsque les maires successifs musclèrent les sanctions à leur égard. Ed Koch déclare la guerre au graffiti en 1984 (il affecte à cet effet la ‘Vandal Squad’, unité très spéciale de la New York City Transit Police), soutenu par la puissante MTA (Metropolitan Transportation Authority) qui lancera hypocritement paradoxalement Arts for Transit en 1985, comme pour mieux encadrer/récupérer graffeurs, sculpteurs et affichistes dans ses tunnels (surprise : depuis fin 2008, c’est l’illustrateur français, Philippe Lechien qui a les faveurs de la MTA !). Résultat : les pratiques strictement under-urbaines des graffiteurs furent peu à peu abandonnées pour envisager de nouveaux supports d’expression. Certains, plus radicaux, quittèrent la Grosse Pomme en quête d’une liberté retrouvée.
Leur présence parmi nous (attention lecteur, c’est peut-être ton voisin) a clairement posé les conditions du succès de l’art urbain en France ces derniers temps. 2009 fut une année faste. En attestent : le succès public d’expositions majeures –‘Tag’ au Grand Palais (jusqu’à 4000 personnes par jour), ‘Né dans la rue ‘ à la Fondation Cartier, Futura à l’École Spéciale d’Architecture, le succès en librairie d’ouvrages spécialisés (dont l’éclairant ‘From style writing to art’), la réussite commerciale de ventes aux enchères menées par ArtCurial ou Cornette Saint-Cyr, qui ont fait le bonheur des nombreux amateurs éclairés. On a souvent grandi sous les influences du Wu Tang Clan, de Spike Lee ou de Woody Allen…
La question demeure cependant: qu’est-ce qui a poussé JonOne ou Seen, à s’établir précisément dans la ville-lumière ? Serait-ce la poursuite d’un idéal romantique? Même si bohême & guérilla urbaine ne vont pas forcément de pair, ces artistes sont bien les témoins sensibles de la fin du 20ème siècle. Ce sont nos Hemingway et nos Faulkner du bitume. Ils/elles sont les nouveaux Duke Ellington. La chanson qu’ils nous content est une adaptation visuelle de ‘Frankie & Johnny’: Johnny ayant trompé sa promise, cette dernière se vengera en lui tirant dessus… L’Amérique serait donc la nouvelle Frankie, trahie par John Perello (JonOne), qui lui préféra, il y a 20 ans, les charmes de Paris la flamboyante?
D’après Seen, l’expatriation est l’occasion d’envisager de nouvelles perspectives artistiques qu’on ne pourrait se permettre en son pays. Souvent, le public local exprime en effet une attente forte pour un ‘style’ particulier, et réagit mal à des évolutions esthétiques trop radicales, ce qui peut enfermer, piéger l’artiste. Le voyage comme issue de secours pour un changement plastique, conscient ou non. Paris comme environnement propice à la nécessaire évolution d’artistes accomplis, arrivés à leur maturité? On pourra en juger lors de la prochaine exposition de Richard Mirando (qui abandonne pour l’occasion son alter ego Seen), où l’artiste présentera des oeuvres récentes, réalisées dans son atelier parisien.

Futura // Paris
Enfin, ce serait oublier l’attrait pour les spécialités culinaires françaises, très appréciées outre-atlantique. JonOne, amateur de fromage entamant un sandwich au camembert peu avant d’embarquer pour son vol Paris/Shanghaï (cf. vidéo plus haut). Futura, délaissant la cuisine tendance du Mama Shelter où il a séjourné, pour filer à sa cantine près d’Oberkampf (et enchaîner une quinzaine d’escargots) lors de sa dernière visite à Paris… Des scènes courantes dans le milieu. Bref, si Philippe Gavreau continue d’exceller, il y a fort à parier que de nombreux artistes continueront d’affluer en France…

Be the change ©Obey
…pour notre plus grand plaisir. Notons que nous vivons dans une contrée de paradoxes : on a tous en tête l’affiche d’Obama dessinée par Obey, qui a contribué à la popularité de Barack (nous n’irons pas jusqu’à prétendre qu’elle a favorisé son élection). Il y a cependant peu à parier que Sarkozy ou Strauss-Kahn (une fois fait son ‘coming-out’) fassent appel à JR afin d’accrocher des affiches lors de la prochaine campagne présidentielle ! Enfin, les ‘Paris’ sont ouverts.
De Ellington à Mirando: nos ambassadeurs sub’culturels américains
‘The International Living Magazine’ a rendu son verdict il y a quelques mois. Pour la 5ème année consécutive, la France est élue ‘Best place to live in’. Les spécialistes du tourisme global mondial ne sont pas les seuls à plébisciter notre qualité de vie, à en croire la poignée de pionniers du street art qui y ont élu domicile ces dernières décennies.
Cette tendance illustre un mouvement plus large au sein de la communauté artistique mondiale. Historiquement, ce fut le cas de compositeurs célèbres comme Jean-Baptiste Lully (qui était Italien). Plus récemment, les artistes plastiques Franco-chinois Wang Du, Yan Pei-Ming, et Huang Yong-Ping en attestent. Nombreux sont les créateurs internationaux vivant en France. On estime aujourd’hui que 25 000 artistes étrangers y résident (source: Quai d’Orsay), toutes pratiques confondues.
Subway Map by Futura 2000
Les graffiti artists US sont en France les ambassadeurs sub-culturels (néologisme heureux) d’une école qui a notamment souffert de la répression dans le métro new yorkais, lorsque les maires successifs musclèrent les sanctions à leur égard. Ed Koch déclare la guerre au graffiti en 1984 (il affecte à cet effet la ‘Vandal Squad’, unité très spéciale de la New York City Transit Police), soutenu par la puissante MTA (Metropolitan Transportation Authority) qui lancera hypocritement paradoxalement Arts for Transit en 1985, comme pour mieux encadrer/récupérer graffeurs, sculpteurs et affichistes dans ses tunnels (surprise : depuis fin 2008, c’est l’illustrateur français, Philippe Lechien qui a les faveurs de la MTA !). Résultat : les pratiques strictement under-urbaines des graffiteurs furent peu à peu abandonnées pour envisager de nouveaux supports d’expression. Certains, plus radicaux, quittèrent la Grosse Pomme en quête d’une liberté retrouvée.
Leur présence parmi nous (attention lecteur, c’est peut-être ton voisin) a clairement posé les conditions du succès de l’art urbain en France ces derniers temps. 2009 fut une année faste. En attestent : le succès public d’expositions majeures –‘Tag’ au Grand Palais (jusqu’à 4000 personnes par jour), ‘Né dans la rue ‘ à la Fondation Cartier, Futura à l’École Spéciale d’Architecture, le succès en librairie d’ouvrages spécialisés (dont l’éclairant ‘From style writing to art’), la réussite commerciale de ventes aux enchères menées par ArtCurial ou Cornette Saint-Cyr, qui ont fait le bonheur des nombreux amateurs éclairés. On a souvent grandi sous les influences du Wu Tang Clan, de Spike Lee ou de Woody Allen…
La question demeure cependant: qu’est-ce qui a poussé JonOne ou Seen, à s’établir précisément dans la ville-lumière ? Serait-ce la poursuite d’un idéal romantique? Même si bohême & guérilla urbaine ne vont pas forcément de pair, ces artistes sont bien les témoins sensibles de la fin du 20ème siècle. Ce sont nos Hemingway et nos Faulkner du bitume. Ils/elles sont les nouveaux Duke Ellington. La chanson qu’ils nous content est une adaptation visuelle de ‘Frankie & Johnny’: Johnny ayant trompé sa promise, cette dernière se vengera en lui tirant dessus… L’Amérique serait donc la nouvelle Frankie, trahie par John Perello (JonOne), qui lui préféra, il y a 20 ans, les charmes de Paris la flamboyante?
D’après Seen, l’expatriation est l’occasion d’envisager de nouvelles perspectives artistiques qu’on ne pourrait se permettre en son pays. Souvent, le public local exprime en effet une attente forte pour un ‘style’ particulier, et réagit mal à des évolutions esthétiques trop radicales, ce qui peut enfermer, piéger l’artiste. Le voyage comme issue de secours pour un changement plastique, conscient ou non. Paris comme environnement propice à la nécessaire évolution d’artistes accomplis, arrivés à leur maturité? On pourra en juger lors de la prochaine exposition de Richard Mirando (qui abandonne pour l’occasion son alter ego Seen), où l’artiste présentera des oeuvres récentes, réalisées dans son atelier parisien.
Futura // Paris
Enfin, ce serait oublier l’attrait pour les spécialités culinaires françaises, très appréciées outre-atlantique. JonOne, amateur de fromage entamant un sandwich au camembert peu avant d’embarquer pour son vol Paris/Shanghaï (cf. vidéo plus haut). Futura, délaissant la cuisine tendance du Mama Shelter où il a séjourné, pour filer à sa cantine près d’Oberkampf (et enchaîner une quinzaine d’escargots) lors de sa dernière visite à Paris… Des scènes courantes dans le milieu. Bref, si Philippe Gavreau continue d’exceller, il y a fort à parier que de nombreux artistes continueront d’affluer en France…
Be the change ©Obey
…pour notre plus grand plaisir. Notons que nous vivons dans une contrée de paradoxes : on a tous en tête l’affiche d’Obama dessinée par Obey, qui a contribué à la popularité de Barack (nous n’irons pas jusqu’à prétendre qu’elle a favorisé son élection). Il y a cependant peu à parier que Sarkozy ou Strauss-Kahn (une fois fait son ‘coming-out’) fassent appel à JR afin d’accrocher des affiches lors de la prochaine campagne présidentielle ! Enfin, les ‘Paris’ sont ouverts.