Alors que le débat sur l’ID nationale fait rage, voilà qu’un client me dit hier.
« J’aime bien cette chemisette, même si elle fait un peu François le Français. »
D’accord. Mais il faudrait savoir. Parce qu’une autre cliente, avant-hier me disait.
« Ah c’est joli, mais c’est Made in China! »
Made in France vs Made in China. Il faut avouer qu’il est encore peu habituel de rencontrer des robes de créateurs New-Yorkais (Proenza Schouler-like) affichées à 370€ et estampillées made in china. Pourtant la critique sous-entendue n’a plus de sens. Les transferts de technologie et contrôles de qualité effectués par les marques haut de gamme garantissent aujourd’hui une finition optimale aux produits, quelle qu’en soit le lieu de production. La preuve et les explications sont à aller chercher du côté des maisons de luxe, nouvelles conquêtes des confectionneurs chinois.
Or d’un autre côté, les farouches défenseurs d’un savoir-faire Français insistent pour conserver la production locale. Ne cherchez pas à l’Est ou à l’Ouest, les meilleurs gantiers, chapeliers, chausseurs sont encore en France. Du coup certaines marques françaises orientent leur business model dans ce sens. L’élégance et la rigueur des coupes n’a dégale que celle de la finition chez Kitsuné, par exemple. Et le charme opère. Leur débouché principale se trouve désormais au Japon. Le rouleau compresseur Louis Vuitton est passé par là.
Qu’est ce qu’être français aujourd’hui, dans la mode? C’est à la fois être respecté par les clients au Japon pour son savoir faire, comme c’est le cas pour les noms cités ci-avant, mais aussi être délaissé par l’avant-garde créative qui sied désormais en Amérique du Nord et au Japon, voire au Brésil ou en Inde. C’est bien là le reflet de toute l’économie Française. Place à l’autocritique.
Les institutions – presse/experts/professionnels de la mode en France vivent dans l’autocongratulation et l’autocontemplation historique depuis des lustres. Ah YSL, ah JPG, ah ok Nicolas Ghesquière quand même (l’un des hommes les plus influents du monde d’après Forbes). Mais à force de se complaire dans son propre reflet, on a oublié de faire éclore les nouveaux talents. Si bien que les maisons qui renaissent – Cacharel par exemple – ont confié leur direction artistique ces dernières années à des japonais ou des belges. Un comble!
Où réside l’identité mode française aujourd’hui, on se le demande.
Au même moment, la Mère Supérieure/Satan/Wintour écrabouille le monde de son talon et de ses talents/poulains.
Philip Lim, Alexander Wang, Proenza Schouler.
Nous en France, on ferait mieux de retourner faire du skate. PAS CONTENT.
source image: Commune de Paris 1871. Qui ont d’ailleurs l’audace de présenter l’hiver prochain un plaid tricolore. J’adore.


1 Comment
« Les transferts de technologie et contrôles de qualité effectués par les marques haut de gamme garantissent aujourd’hui une finition optimale aux produits, quelle qu’en soit le lieu de production »
Ok mais il reste 2 problèmes:
-Comme le remarque Maxime Koromyslov, les prix ne changent pas et cela donne une mauvaise image du luxe en général, les gens se rendent compte qu’ils paient plus une image qu’un produit.
-Le transfert technologique c’est une chose mais le transfert des normes sociales en est une autre et de ce point de vue, ça ne suit pas… Quand on paye un article à un prix exorbitant autant pouvoir se laver la conscience en se disant qu’on soutient certaines valeurs.
« Si bien que les maisons qui renaissent – Cacharel par exemple – ont confié leur direction artistique ces dernières années à des japonais ou des belges. Un comble! »
Cacharel renaît? T’y crois toi à leur communication désespérée?
Pour conclure, on pourrait parler d’American Apparel qui a tout misé sur le made in LA avec le succès qu’on lui connaît, les groupes de luxe en délocalisant ne font qu’augmenter leur discrédit que leurs campagnes de pub avec Kate Moss ne saura résoudre… A côté de ça, de jeunes créateurs misent sur le made in France plutôt que sur la communication à outrance et j’ai tendance à penser que cela portera ses fruits.