On titre ça et là que le consommateur serait devenu roi. Ô vanité des vanités, je vais te compter l’histoire de l’esclave-roi.
L’argent, si on se réfère au sens commun, servirait à être une forme de médiation, une forme d’échange entre biens. Tu me vends une baguette, je t’alloue un euro pour l’avoir.
L’argent serait aussi a priori une façon de s’affranchir d’une seule offre. En clair, mon fameux euro, je peux l’allouer soit au boulanger du coin qui fait un pain de campagne renversant, soit à la Brioche Dorée qui met des pépites de noix dans ses baguettes. Je travaille pour un peu d’argent, l’argent me donne les moyens de choisir.
Formidable, jusque là.
Sauf que le marketing a inventé de quoi nous déposséder sur du moyen terme de nos libertés de choix. Le diable a un nom : le forfait.
Au début, on n’y prend pas garde. On souscrit à l’offre Bouygues, SFR ou Orange afin d’avoir 2h de téléphonie et -effet waou ! – un téléphone portable dernier cri.
Et démarre ensuite la galère. En clair : à moins d’un décès, d’un départ à l’étranger définitif ou d’un changement d’identité, vous êtes liés à l’opérateur pour une partie de votre vie. Donnez votre RIB et vous tendez la joue gauche. Bienvenue à l’ère où l’entreprise a une main dans votre poche intérieure. Et où dans l’autre , vous avez le dernier iPhone.
Plus possible de comparer, de migrer : vous entrez dans l’ère de la relation forcée. Un peu comme un mari qui vous menacerait de vous couper les vivres si vous le quittiez.
Gloire aux points fidélité ! Grâce à eux, vous pouvez en reprendre pour 24 mois de relation intime.
Ce serait anecdotique s’il s’agissait d’un seul produit. Ca devient extrêmement dangereux quand il s’agit de pans entiers de nos vies : téléphonie, internet, divertissement. En clair : je crains qu’un jour toutes nos consommations hors produits primaires (c’est à dire de quoi survivre) soient contraintes.
D’une société de consommation à une société de citoyens captifs, il n’y a qu’un pas .


3 Comments
Plus que le forfait, c’est le forfait avec engagement qui te rend captif.
Un forfait donne l’impression du gratuit au moment de la consommation et ça, le consommateur (toi, moi, eux), on aime cette sensation. Que ce soit au ciné, pour la musique, on ne veut plus payer à la consommation mais payer pour avoir accès de façon illimité. Et quand c’est sans engagement, c’est quand même sympa.
Depuis 1848 nous sommes, dans les îles à sucre, passés du statut esclave-vapeur (1 esclave vapeur = 1 CV) à celui d’esclave-consommateur.
Nous vous regardons, la larme de crocodile à l’oeil, vous enfoncer un peu plus chaque jour dans ce bourbier géant.
M’enfin nous en sommes tous bien satisfaits, un vague remous inquiet de temps en temps et on baigne.
Bienvenue au bagne, bande de forçats, un forfait ça se paye.
@Tristan très juste. De fait, j’aimerais mieux un système d’alternatives plutôt qu’un système de contrainte
@Desirade quand ce sont les îles qui trinquent c’est l’Occident qui se réveille avec la gueule de bois.