Qu’importe le contenant pourvu qu’on ait l’ivresse?

Puisque cette semaine sur Tout ça, nous parlons d’argent, voici en quelques chiffres, le marché du vin français:

  • C’est plus de 40L consommés par personne chaque année, le français est le 2ème plus grand pays consommateur
  • La France est le 3ème exportateur mondial après l’Espagne et l’Italie (en tête depuis 2005), mais le 1er en terme de chiffre d’affaires
  • Le 1er producteur mondial n’est plus la France depuis quelques mois mais l’Italie
  • La France, l’Italie et l’Espagne regroupent à eux seuls plus de 50% de la production mondiale
  • Le vin représente un marché annuel de 15 milliards d’euros en France

La France reste malgré tout la patrie du vins. Le marché mondial est en train d’évoluer très rapidement et de nombreux pays et entreprises, étrangères ou non, tentent de moderniser l’approche et le principe même de consommation.

Récemment, je suis tombée par hasard sur un produit français appelé Mr Pacwine : 4 bouteilles de vin au design particulièrement léché et je me suis fait mal. J’ai tendance à me méfier des packagings trop travaillés bien qu’attrayants. Je me suis alors souvenue du lancement des canettes de vin Sofia Mini par Sofia Coppola ( accessoirement réalisatrice) via le domaine viticole de son père il y a quelques années et j’ai eu envie de rechercher ce qui c’était fait ces dernières années en matière de packaging dans le vin.

Ces petites canettes les voici

Pour remettre les choses dans leur juste contexte, il s’agit de produits principalement destinés à l’Amérique du Nord. Est-ce si important? C’est primordial. En France, la culture du vin est ancrée dans nos mœurs depuis des générations. La plupart d’entre nous a apprit à aimer le vin grâce à leur famille, à le déguster, à le conserver dans de bonnes conditions, à le faire vieillir et tout un rituel s’est formé autour de lui.

Et puis pour d’autres pays, la production et la consommation du vin est beaucoup plus récente.
Les habitudes de consommation sont donc différentes ce qui entraînent forcément un positionnement marketing lui aussi différent. Aux Etats-Unis par exemple, il n’y a pas de culture de la table, les gens mangent souvent seuls et rapidement. Dans de nombreux pays, le vin représente le summum du chic et dégage une image très jeune et très trendy alors qu’en France le vin campe sur ses positions avec une image élitiste et vieillissante.
A l’étranger, des produits comme ces canettes font donc fureur sur une population jeune et le principe même de mettre du vin en canette ne pose de problème à personne puisqu’ils n’ont pas grandi avec des bouteilles « classiques ».

Sofia Coppola a été la première a tenté l’expérience en 2004 et se fut un succès retentissant, attribué également en partie, soyons honnête, à sa notoriété personnelle.
D’autres ont rapidement suivi le mouvement comme Pink Grap, entreprise française mais commercialisant à l’étranger.

Barokes Wine, producteur australien, a quant à lui créé, après une dizaine années de recherche, le procédé Vinsafe® pour conserver les arômes du vin mis en canette et surtout éviter les altérations du goût par l’emballage aluminium.
Ils ont vendu à ce jour plus de 60 millions de canettes, dans près de 40 pays.

Deux designers, Jens Andersson et Jonas Forman, sont encore allés plus loin dans l’élaboration du design avec le projet « Wine in a can » (à ne pas confondre avec Yes we can…) en 2005.

Et oui, ce n’est pas de l’after sheave mais bien du vin,au sens large du terme.
Car quelle qualité de vin trouve-t-on à l’intérieur de ce type de produits? On est ici sur un schéma de consommation ultra courte. Ce ne sont pas des vins de garde, ce sont des vins plutôt de type primeur, à consommer rapidement.
Les vins sont assez simples en terme de saveurs, ils ne sont pas travaillés très longtemps et répondent surtout aux grands critères de goûts des consommateurs potentiels, donc principalement du fruité, du chêne et peu de tanins.

Autre changement dans le domaine du packaging, peut-être moins sujet à polémique en France, les tetra-paks et autre Bag-in-Box apparus depuis plusieurs années.
En France, c’est la famille Boisset qui s’y colle le premier en créant les French Rabbit

Trois conditionnements différents : 1L, 500 mL et 250 mL. Beau travail marketing.

Pour en revenir à mon Mr Pacwine, c’est un peu la cerise sur le gâteau. Le produit le voici

4 bouteilles de 75 cL composent ce coffret à destination de la France pour une fois. Et là, bonne blague, on ne nous parle pas de vin de pays d’Oc mais de WHITE MUSKA, pas non plus d’AOC Bordeaux mais de RED BORDO, et bien oui, c’est tellement plus In. Que nous veut ce Mr Pacwine? Le vin est élitiste et ennuyeux, les jeunes le délaisse pour des alcools forts, place donc à la fête, à une consommation jeune, nomade et fun.
A près de 11 Euros les 75 cL, il faudrait préciser aisée.

Et puis terminons avec une idée australienne qui m’a vraiment plu : la contre-étiquette détachable.

Idée franchement pratique. Difficile parfois de se rappeler d’un vin que l’on a apprécié au cours d’une soirée (surtout si les bouteilles s’enchainent). La contre-étiquette fait office de mémo avec le nom du producteur, le cépage et le millésime. Ces étiquettes ont été créées par Collotype Labels pour l’Australie mais je n’en ai pas encore vu en France.

J’aurai pu également vous parler des bouteilles à vis mais je n’en ai pas eu le courage…
Non, plus sérieusement, je trouve ça très bien de tenter de nouvelles expériences et de faire évoluer le secteur du vin mais j’ai bien peur d’avoir été trop habituée au liège, au tire-bouchon et surtout aux vins de garde pour être prête à consommer (uniquement) ce genre de produits. Mais allez, soyons fous, promis cet été, autour d’un barbecue ou d’un pique-nique, je les testerai tous!

Le titre est un détournement de la célèbre phrase d’Alfred de Musset, le vin est bien sûr à consommer avec modération quel que soit son contenant!

Et vous alors, vous seriez prêts à tenter l’expérience?

Sources image oenoline.com, blog sowine, thedieline.com

Rendez-vous sur Hellocoton !

lu 193 fois by 70 lecteurs

A propos du chroniqueur

A la base journaliste politique radio, j'ai basculé dans les différents univers de l'art de vivre et n'en suis plus ressortie. J'aime les lundis, les rayures, l'odeur des livres -surtout lorsqu'ils sont bons-, et le risotto. J'ai créé récemment le site de décoration Intérieur et j'écris également dans un petit blog culinaire.