Ce début de semaine fut marquée par la remise des Polk Awards. Créés il y a 61 ans pour rendre hommage à George Polk -correspondant de CBS tué lors de sa couverture de la guerre civile grecque – ces prix honorent les journalistes s’étant illustrés de manière remarquable dans leur profession. Si cette année l’événement a plus particulièrement attiré l’attention, c’est parce que pour la première fois de son histoire, il a récompensé un anonyme.
C’est en effet une vidéo amateur montrant la mort d’une opposante iranienne, Neda Agha-Soltan, 26 ans, lors des émeute à Téhéran en juin dernier qui remporta le Polk Award dans la catégorie vidéo. Aujourd’hui encore, on ne sait pas qui est l’auteur de ce document. Qui que ce soit, héros des temps modernes ou simple témoin de cette terrible scène, devenu le symbole de la protestation iranienne; cette vidéo a été reconnue par les professionnels du journalisme.
On se passera aisément du débat mettant en confrontation le journalisme et le journalisme citoyen. Aujourd’hui être journaliste citoyen ne relève plus de l’extraordinaire. Il peut être provoqué par un heureux hasard, comme ce citoyen qui a peut-être capturer cette scène par chance. On n’en sait rien et on ne le saura sans doute jamais. Ce qui titille, ce n’est pas tant que cette vidéo remporte un prix, mais plutôt qu’elle remporte un prix destiné à « honorer une réalisation spéciale en journalisme« , sans oublier que cette réalisation doit être soulignée par un effort d’investigation, de recherches approfondies conduisant à un résultat concret.
Demain vous vous levez. Vous allez acheter votre baguette de pain. Vous êtes seul témoin d’une terrible fusillade que vous filmez avec votre téléphone portable. Ca ne fait de vous ni un héros, ni un journaliste, même si vous envoyez votre document à Metro Reporter ou YouTube Direct.
Revenons donc à cet amateur (enfin, finalement on n’en sait rien si c’est un amateur), qui remporte un Polk Award en délivrant le seul document témoin de cette funeste scène, et qui monte sur le podium aux côtés entre autres de David Rohde, reporter au NY Times, qui a notamment été capturé en Afghanistan, Alan Schwarz, un journaliste sportif (The Times) qui a enquêté sur les risques de commotions cérébrales au football américain, et Kathy Chu (USA Today) pour ses reportages sur les frais bancaires.
Cherchez l’intrus, si intrus il y a.
Démocratisation de la profession ou professionalisation de l’amateurisme ?
Je me demande simplement si demain un blogueur pourrait remporter un Prix Pulitzer.


3 Comments
Je crois bien qu’on devient des fou de la comm’ donc ça m’entonera pas qu’ un de nos chroniquers/blogeurs gagné un Pulizter
Loin de moi l’idée d’accabler l’amateur récipiendaire du Prix Polk. Au contraire, il est la preuve vivante qu’avec une économie de moyens (avec un portable grosso modo) on peut avoir un impact médiatique digne d’un tsunami (terme choisi à dessein). Il est intéressant de constater que ce sont les professionnels qui ont fait preuve d’amateurisme dans l’histoire de Neda: le 21 juillet 2009 (lendemain de l’asassinat de Neda Agha-Soltan à Téhéran), la photo de Neda SOLTANI, une autre iranienne, a été diffusée dans les médias du monde entier. (!)
Effectivement, se tromper dans la diffusion de la photo de la défunte en la confondant avec une autre est une grossière erreur. La difficulté avec laquelle la vérité est rétablie est encore plus problématique !