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La collection Joannou au New Museum : social (ir)responsibility !
« Drama, drama ! » dirait ma copine Mindy. L’annonce nous avait fait vibrer en novembre dernier, alors qu’on se baladait dans Nolita. La vaste collection personnelle de Dakis Joannou, créateur de la Fondation Deste pour l’art contemporain à Athènes, serait présentée au New Museum de New York à partir mars 2010. Lorsqu’on a comme moi apprécié l’exposition Translation au Palais de Tokyo qui en 2005 déjà, présentait 22 artistes (choisis dans la collection du puissant industriel grec), on a tendance à se réjouir. Surtout lorsque le texte de présentation évoque les notions de genèse, évolution, péché originel, sexualité… Bref, de la dé-ca-den-ce ! Parfait pour le printemps.
Mais voilà. Tout le monde n’est pas moi. Ainsi le procès d’intention la controverse a démarré avant même que la liste des œuvres ne soit dévoilée, pour atteindre son paroxysme la semaine dernière, lorsque le New Museum a annoncé que l’exposition se nommerait ‘Skin Fruit’ et inclurait plus de 100 œuvres d’une cinquantaine d’artistes.
« Qu’est-ce qui peut bien agiter encore le petit monde de l’art ? » me demanderez-vous.
Cette controverse (qui par ailleurs assure d’avance de nombreux visiteurs à l’exposition) cristallise les positions de nombreux observateurs car elle soulève certaines questions.
Une question déontologique, tout d’abord : Dakis Joannou est un trustee dudit New Museum. Ainsi on voit mal Lisa Phillips, directeur de l’institution du Bowery, refuser la faveur d’une « cession d’espace » à un de ses plus généreux donateurs, dont la collection prendra de la valeur à cette occasion.
Ensuite, le fait que le commissaire de l’exposition ne soit nul autre que Jeff Koons parait un affront pour les conservateurs traditionnels du musée, qui sont ainsi relégués au (silence) second plan, derrière l’ombre imposante de l’artiste-entrepreneur. Il faut dire que la communauté scientifique américaine a déjà été désavouée par un autre fait marquant de ce début d’année : Jeffrey Deitch (influent galeriste new-yorkais, c’est-à-dire ‘marchand’) prendra la tête du MoCA de Los Angeles en juin prochain, au grand damne des curators (ce sera l’objet d’une chronique future). Deitch étant parallèlement le curateur personnel de Joannou, il a naturellement défendu le projet au New Museum. Ca perturbe. Un petit cercle de personnalités du milieu aurait donc trusté les institutions culturelles américaines. Deitch cite Beuys, déclarant « The révolution is us » (il aurait peut-être dû s’abstenir de cette provocation). Pour beaucoup, tout ça sent l’opération financière à plein nez. Durant les années 2000, le marché spéculait, les annonces de cet ordre étaient monnaie courante et tout ceci serait passé inaperçu. Mais voilà, la crise est passée par là. En 2010, dans un contexte économique plus difficile, des voix s’élèvent contre le statu quo. Les disparités de revenus entre les artistes existent, la lutte des classes créatives est une réalité. Personne ne s’en fait pour Jeff Koons, Paul McCarthy, Richard Prince, Franz West ou les jeunes Dan Colen et Andro Wekua qui figurent dans ‘Skin Fruit’.
Jeffrey Deitch & Jeff Koons
En revanche, la vaste majorité des artistes américains n’a pas d’assurance santé et peine à joindre les deux bouts. « Some of us are really fucking struggling », (la traduction est-elle nécessaire ?) s’insurgeait récemment l’artiste multimédia Clifford Owens, qui accuse l’équipe du musée d’ « irresponsabilité institutionnelle ». Malheureusement, il a choisi le mauvais bouc émissaire. De même que Martha Schwendener de Village Voice se méprend lorsqu’elle accable le New Museum, qui selon elle confirmerait les standards du monde de l’art, en « courtisant des artistes blancs, masculins, Européens… ». Pour rappel, Shonibare y était présenté l’été dernier. Il est noir et Africain. Enfin, historiquement, que sont les musées Guggenheim ou Whitney sinon les œuvres de fervents défenseurs de l’art de leur temps ? Le Met ou le Brooklyn Museum aussi présentent des collections proposées par leurs trustees. La passion avant les millions ! Tempête dans un verre d’eau (en cristal baccarat)? La question essentielle dans tout ça, Cara Starke (assistant curator au MoMA) la pose: « How does the museum preserve the artist’s integrity? ». C’est le seul sujet qui demeure essentiel. Quid de leur intégrité financière, il est vrai. Mais ça, il vaut mieux en parler au NEA, ou à la NYFA.
A noter que cette expo sera le premier volet de ‘The Imaginary Museum’, qui présenterasuccessivement de grandes collections personnelles au New Museum. On devrait donc en reparler…