Ka’chin’… J’entends déjà la bruit du tiroir-caisse. Pas vous ?
Ca se passe comme ça, dans l’art contemporain. Une polémique par-ci, de l’avant-garde par là et les artistes/businessman se remplissent le portefeuille…
Le dernier petit futé en date ? Eugenio Merino, pour ça (Foire de l’art contemporain de Madrid – Arco – 2010) :
Quoi de mieux que de mêler les trois religions, dans un ordre bien choisi et un titre bien senti ? Stairway to heaven est la porte ouverte à la polémique sur la base de « les artistes ne peuvent pas tout se permettre, c’est antisémite, islamophobe, pas respectueux, blablabla »…
L’ambassade d’Israël en Espagne est d’ailleurs tombée dans le paneau. L’artiste lui, se défend de toute vision politique ou polémique… Mais non dénuée de réflexion marketing !
Le maître de la provoc qui fait monter la cote, c’est quand même Damien Hirst. Si, si, vous le connaissez, il a l’habitude d’enfermer des animaux morts dans de grandes boîtes transparentes remplies de formol. Un petit nom philosphique est Ka’chin’ ! 10,3 millions de livre, par exemple, pour le Veau d’Or de 10 tones, avec un serre-tête en or 18 carats. Et non content d’être l’artiste vivant le plus cher au monde, le bonhomme crée aussi l’oeuvre la plus chère. Ca :
C’est-à-dire For the Love of God, crâne humain du XVIIIe siècle recouvert de 8 601 diamants, l’ensemble lui coûtant la bagatelle de 14,6 millions d’euros. Mais la vanité moderne est vendue 75 millions d’euros à un groupe d’investisseur dont l’artiste fait partie, d’ailleurs. Ka’ chin’.
Car c’est là, la nouveauté : l’artiste est son meilleur vendeur, surtout quand il orchestre le buzz, à la manière d’un Steve Jobs et son Apple. Crise des subprimes, marché de l’art en berne ? Hirst fait sauter les habituels marchands d’art et galeristes pour organiser avec Sotheby’s la vente aux enchères de 223 de ses oeuvres. Ka’chin, Ka’chin,KA’CHIN, le tiroir-caisse explose !111,57 millions de livres. Direct dans sa poche. Pas de commissions à régler pour l’artiste, dans les enchères, c’est l’acquéreur qui règle les frais de transaction.
Et ça, Eugenio Merino l’a bien compris. L’année dernière, à l’Arco, une de ses statues montre Hirst en train de se tirer une balle dans la tête.
« J’ai pensé, déclare alors Merino dans une interview au Guardian, que puisque Hirst pense tellement au fric, sa prochaine œuvre pourrait être son propre suicide. Ainsi, la valeur de son travail augmenterait follement. Cela dit, c’est sûr qu’il ne pourrait plus en profiter ».
Arco 2010. Le Stairway to Heaven de Merino part pour 45 000 euros. L’a encore du boulot, Merino, avant d’égaler le Ka’chin de son maître.
Sources :
Photo de la statue de Merino : El Païs
Photo du crâne diamanté par Damien Hirst : Fluctuat.net
Photo du « Damien Hirst suicidé » : The Guardian




5 Comments
dis donc, je ne sais pas si c’est un papier sur la provoc ou un papier provoc tout court, mais enfin bravo !
Merci pour ce papier, l’angle change et j’aime toujours autant le style. Bravo !
Certaines œuvres d’art moderne interrogent : au-delà de la réalisation technique (mais l’artisanat produit aussi de très belles choses, dans l’ameublement ou dans la cuisine, et on n’en fait pas tout un plat) on se demande parfois si ce n’est tout simplement… pas une imposture.
@enikao : exactement ce que je pense. Mais après tout, l’artiste fait ce qu’il veut. Il faut juste qu’on (les médias, l’opinion) ne tombe pas dans la réaction hystérique classique, à savoir : c’est antisémite / islamophobe/…
A voir une autre oeuvre de Merino, intitulée This is not a Philippe Stark http://ow.ly/1910z... Celle là aussi pourrait faire la polémique, puisqu’elle assimile Tsahal / Etat hébreu / religion juive. Encore un truc « explosif », simplement produit pour faire du buzz, si on y réflechit.
Non mais si en plus on se met à réfléchir avec l’art ou sur l’art, où va-t-on ?