Une force multinationale humanitaire?

Alors que l’ambassadeur français s’insurge de l’anarchie régnant au sein des ONG en Haiti le fantôme de la force humanitaire multinationale resurgit. Le très bon article Youphil rappelle les tenants du débat. Devant les grandes difficultés de coordination des Ongs à chaque crise certains seraient partisans de la création d’un grand chef humanitaire garant d’une exacte coordination et donc de la meilleure réponse humanitaire. Alors pour ou contre?

Il est vrai que la principale critique soutenue face aux dernières crises humanitaires majeures est essentiellement basée sur le manque de coordination des organisations humanitaires. Déjà lors du Tsunami et aujourd’hui en Haiti, la réponse humanitaire souffre d’un manque de coordination initiée par l’éclatement des ONG. En effet indépendantes les unes des autres, au mandat et aux compétences variées, chacune décide en toute autonomie des moyens déployés et du ou et comment. Néanmoins cela ne revient pas à dire qu’aucune coordination n’existe. Bien au contraire. Les assocations se côtoient toutes généralement depuis longtemps, et ont appris à travailler ensemble. Les réunions de coordinations sont courantes, soit spontanées soit organisée par l’OCHA ou d’autres agences UN. Et depuis quelques temps le système des clusters s’imposent un peu partout. Comme l’exlique Marie Le Duc, en RDC par exemple tous les deux mois se réunissent
« les clusters Education, Santé, Nutrition, Eau Assainissement, NFI/shelter, Protection, ect. Dans ces clusters les ONG qui ont un lien avec l’activité participent  permettant d’éviter les chevauchements de zone, d’harmoniser les stratégies d’interventions, de discuter des problématiques terrain… »

Néanmoins le monde de l’humanitaire n’est pas celui des bisounours… les mésententes et luttes d’infuence existent et la gestion de l’après Tsunami a largement démontré combien devant l’urgence et l’engoument médiatique la nécessité d’être quelque part peut prendre le pas sur la nécessité d’être utile quelque part. Alors la solution dans l’émergence d’une force humanitaire internationale? C’est en  tout cas le combat de Nicole Guedj.

Présidente de la Fondation Casques Rouges, ancienne secrétaire nationale des droits des victimes et membre de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme, Nicole Guedj milite pour la création d’une force internationale humanitaire d’action rapide placée sous l’égide de l’ONU. L’idée, centraliser les décisions par la création d’un état major et d’une force humanitaire : les Casques Rouges. Laissons de côté la critique facile sur la couleur (piratage de la croix rouge et mise en danger de sa neutralité, et puis rouge quoi….c’est pas très peacefull… à mon sens), pour voir les vrais arguments.

- impossible financement
L’ONU manque aujourd’hui de moyens pour tout, alors comment créer une nouvelle force multinationale.

- quelle différence avec l’ocha?
L’ocha ne propose qu’une organisation et en aucun cas ne dispose de ses propres équipes d’intervention, à la différence d’une force humanitaire internationale. Néanmoins si l’enjeu reste la coordination, l’ocha a le mérite de rappeler que les instances onusiennes de coordination existent déjà. Une nouvelle agence serait elle plus efficace avec des moyens propres? n’oublions pas que la seule création d’une force onusienne internationale n’écartera pas l’intervention des autres ONG. Il est fort improbable que MSF, MDM, ACF arrêtent leurs interventions au lendemain de la création des casques rouges et se contentent d’une éventuelle intégration de leurs équipe, ne serait ce qu’au nom de leur indépendance. Ainsi le problème de coordination restera le même.

-le point de vue des ONG?
Le succès d’une force multinationale résidera comme souvent dans son acceptation par les acteurs actuels. En effet si cette force n’est pas bien accueillie par les grandes ONG ainsi que par les Etats on peut parier que les financements ne suivront pas, et que les acteurs actuels ne changeront pas leur process. Alors quand Youphil rappelle la frilosité des ONG quant au projet des casques rouges, il est fondé de rester septique quant à la concrétisation du projet d’une force humanitaire internationale.

Ainsi, si je reconnais la nécessité de se rapprocher de la coordination parfaite, la nécessaire indépendance de l’aide humanitaire me fait quelque peu douter de la nécessité des casques rouges. Alors que l’idée de mutualisation des moyens m’apparait plus que séduisante, je reste persuadée que la diversité des acteurs, bien que difficilement coordonable est garante d’une diversité des mandats, des modes d’intervention et donc des bénéficiaires, diversité indispensable au véritable engagement humanitaire.

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