Gonzo, mais pas trop…

Quand on évoque le sujet de la pornographie, et ce, avec qui que ce soit, les réactions sont presque toujours les mêmes : pas consommateurs réguliers, les hommes se souviennent avec émotion des premiers fantasmes avec Clara Morgane, Tabatha Cash, Laure Sainclair ou Brigitte Lahaie en fustigeant une industrie actuelle trop mécanisée et sans charme, les femmes, elles, font mine de pas s’intéresser à la question, dégoûtées par des images d’Epinal véhiculée par des buzzs ou légendes urbaines imagées (Two girls one cup, La poutre de Bamako,…). Alors qu’il s’agit d’une des industries culturelles les plus florissantes, personne, ou si peu, n’assume en consommer et pour tous le genre ne se résume qu’à une de ses multiples branches : le gonzo.

Décryptage.

Il fut un temps où les acteurs pornos abordaient moustaches, et une pilosité en général, fournies, une petite bouée au bide, et des organes à taille humaine qui, parfois, ne bandaient même pas. Les starlettes, de leur coté, délaissaient la quête de l’épilation du maillot et du bronzage parfaits pour l’accomplissement de plaisirs plus simples et bon enfant. En schématisant énormément, le porno c’était mieux avant. Il suffit de revoir Debbie Does Dallas (un classique, réédité récemment en DVD chez Wildside) pour s’en convaincre. A l’époque, le porno est mâtiné d’une certaine dose d’humour et sort en salles. Pas au multiplexe du coin mais dans des endroits plus spécialisés avec fauteuils en skaï et kleenex à l’entrée (si l’expérience vous tente d’ailleurs, n’hésitez pas à vous traîner au Beverley, dernier cinéma porno accrédité par le CNC à Paris). Puis, l’appellation X a vu le jour, les salles ont commencé à fermer et petit à petit la VHS, le DVD puis internet ont entraîné la démocratisation et l’hyperconsommation à l’extrême de ce type de cinéma.  Entre temps et pour répondre à la demande on produit à la chaîne des films formatés réduits au maximum à ses scènes explicites : le gonzo. Sans dialogue, ou si peu, le film se décompose en scènes tournées par tranche d’une dizaine de minutes combinées les unes aux autres en général sans effet particulier de mise en scène et qui, parfois, tombent dans les dérives plus trash. Que les actrices se retrouvent la tête dans les toilettes publiques à se faire sodomiser par des sexes hypertrophiés ou à effectuer une fausse scène lesbienne sans âme, le gonzo est l’expression la plus directe de la société actuelle, sans temps ni envie de se branler vraiment, juste jouir comme on se mouche parce qu’il faut bien le faire, par habitude ou  lassitude.

Tentacule ta mère…

Mais parfois la consommation de pornographie est plus sélective et spécialisée. Certains producteurs n’hésitent pas à répondre aux fantasmes les moins classiques en n’oubliant jamais que le sexe est avant tout affaire de goûts et que comme le dit si bien l’adage, tous les goûts sont dans la nature. Scato, uro, zoo, sado, maso, délires macabres, mises en scène tarabiscotées, films amateurs, bukkake, gang bang… j’en passe et des meilleurs. A rechercher sérieusement, mais en deux clics quand même, on finit vite à loucher devant les vidéos de nains enculés par des femmes enceintes à moignons recouvertes de chocolat mais si ces ébats, puisqu’il s’agit toujours d’ébats, ne répondent pas à des critères esthétiques stricts (une façon comme une autre de dire que c’est pas toujours ragoûtant tout ça) il reste de ces corps entremêlés, dilatés, malmenés, saccagés parfois comme une impression de test de sa propre humanité. D’un, le voyeur d’internet joue ainsi avec ses propres limites et ses propres envies et de deux, les « acteurs » professionnels ou amateurs repoussent constamment les barrières du supportable, du raisonnable au profit de plaisirs inédits. Et dans cet état d’esprit, cette cour des miracles prend une teinte sympathique voire touchante. Dans l’air du temps, l’humiliation de beurette, la maman chaudasse qui se tape tes potes et en général toutes les formes de porno amateur ont plutôt la côte en ce moment, et ces mœurs alternatives en disent long sur un état d’esprit général de notre société. Et si vous voulez connaître mon préféré, qui n’est pas forcément celui qui me met le plus dans tous mes états d’ailleurs, je dois avouer que je pencherais pour un bon vieux suçage de poulpe à la japonaise. Une expérience visuelle à l’érotisme certain et à l’exotisme entier.

Après ce très rapide tour d’horizon, la semaine prochaine nous aborderons cet organe étrange, complexe, parfois amusant ou effrayant… le pénis à travers ses multiples appellations.

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A propos du chroniqueur

Autodidacte et passionnée, Lucile collabore aujourd'hui sur plusieurs supports (internet, radio) à la promotion de la culture en général, et principalement du cinéma. Tout ça magazine lui donne l'occasion d'enfin déblatérer sur un sujet sur lequel elle est intarissable : le sexe. Des déviances les plus extrêmes aux pratiques de votre grand-mère, Lucile se penche sur tout et vous dit tout.