Chroniques japonaises #6 : Mon cher Jacques (Chirac)

Cher Jacques,

Voilà bientôt 3 ans que tu nous a quittés.
A l’époque, on s’en réjouissait plutôt.
Mangez des pommes, la fracture sociale, les affaires, tout ça… On en avait un peu assez.
Et puis on se disait que ça ne pouvait pas être pire.
On connaît la suite, hélas. Le p’tit à talonnettes nous a achevés.

Il y a deux choses néanmoins que l’on ne pourra jamais te retirer : ta marionnette aux Guignols et ta passion pour le Japon.

Tu aimes le Japon. Et en plus de l’aimer, tu le connais parfaitement. Son histoire, sa culture, ses arts anciens. Mieux parfois que les Japonais eux-mêmes, souvent impressionnés, parait-il, par ton érudition. Tu es un habitué du Musée Guimet, le musée parisien des arts asiatiques. Tu as effectué pendant tes 12 ans de règne 5 voyages officiels au Japon, et beaucoup plus à titre privé. Ton successeur, rappelons-le, toujours aucun. Et ça, crois-moi, les Japonais l’ont un peu mauvaise envers notre Monarque.

Tu as parfois souffert de moqueries à ce sujet, mais tu es passionné de sumo : tu ne manques jamais de t’informer des derniers résultats, et profites toujours d’un voyage pour assister à un combat. Tu as même créé un trophée qui porte ton nom, la “Coupe Jacques Chirac”, qui hélas a disparu avec toi. Tu avais même nommé ton bichon maltais (paix à son âme) Sumo. Nicolas avait dit un jour à propos de ce sport : “Comment peut-on être fasciné par ces combats de types obèses aux chignons gominés ? Ce n’est vraiment pas un sport d’intellectuel, le sumo ! ». Venant d’un intellectuel comme lui, la remarque nous a fait sourire, c’est sûr. Cette fois-ci aussi, les Japonais l’ont eu mauvaise. On les comprend.

Passons maintenant aux rumeurs et autres bruits de gazettes : tu aurais un compte secret au Japon, avec plein de sousous dessus, évidemment. Quelques 7 milliards de yens, quand même. Comme pour le reste, rien a été prouvé, les uns affirment, les autres démentent. Nous te laissons le bénéfice du doute. De toute façon, tu es un peu vieux pour tout ça, maintenant.
Et puis tu aurais un fils caché, aussi. Né il y a une vingtaine d’années d’une liaison avec une interprète nippone. Plusieurs sources, ici et là-bas, ont mollement révélé l’affaire. Mais chut. L’on sait que tu te rends depuis longtemps très souvent au Japon à titre personnel, laissant Bernadette s’occuper des géraniums. Mais ce sont tes oignons, après tout. On t’a déjà payé tellement de choses, avec l’argent de nos impôts…

Et l’on se met à songer à notre Manitou Suprême, comme le nomme si bien Patrick Rambaud, dans sa Troisième Chronique du règne de Nicolas 1er : quelle est sa passion, à lui, à part le pouvoir, l’argent, et les femmes ?


Masque de théâtre Nô – datant de l’époque Edo

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A propos du chroniqueur

Le bac en banlieue, la fac dans le 16e, puis la comm' en agence dans le 8e. Dans ma bulle, j'aime lire des haikus et Boris Vian, manger des steaks argentins et dormir en auberge de jeunesse, écouter du violoncelle et regarder les gens qui passent. Ouf.