« Je vais vous surprendre, mais je suis profondément confiant pour cette élection », avait lancé jeudi dernier François Bayrou lors de la dernière réunion publique du MoDem à Paris. Alors que tout-ca réfléchit à l’indépendance cette semaine, les supporters de François Bayrou commencent à douter de l’opportunité d’une telle stratégie pour le MoDem.
«Peut-être serait-il plus confortable d’aller sur telle ou telle liste. Mais je dis non ! Nous assumons, au nom du pluralisme, notre indépendance. Oui, c’est un risque ! Mais il n’y a pas de vie sans risques» clamait François Bayrou devant un public conquis en janvier dernier. La stratégie de l’indépendance a pourtant coûté cher au parti centriste. A peine 800 000 voix, une moyenne inférieure à 4% des suffrages et un seul candidat au second tour, le MoDem est définitivement déconnecté de ce scrutin. Depuis les présidentielles, c’est le quatrième échec consécutif pour son leader. trois députés égarés au milieu de l’Assemblée nationale, un leader battu aux municipales sur ses terres paloises, six élus au Parlements Européens et, à présent, dix-huit régions où son parti est certain de n’avoir aucun élu : c’est toute la stratégie de l’indépendance qu’il faut revoir.
« Être minoritaire, c’est une déception, un désagrément, un passage rude, mais ce n’est pas une honte, et une vérité ne cesse pas d’être vraie parce qu’elle est minoritaire », a essayé de minimiser François Bayrou. Pourtant rien n’y fait, Corinne Lepage dont le mouvement CAP21 devrait bientôt quitter la protection centriste pour rejoindre le puzzle Europe Écologie, a eu des mots très durs sur la stratégie présidentielle du leader du MoDem qui englue le parti en région. Même les candidats dotés d’une certaine aura, l’universitaire écrivain et ancien ministre Azouz Begag, le transfuge des verts Yann Werhling ne parviennent pas à passer la barre des 5% ! Alain Dolium, révélation de cette campagne repart avec un maigre 3,98%. Seul le député Jean Lassalle qui a marqué les esprits en tenant cinq semaines de grève de la faim pour sauver cent cinquante emplois dans sa région en 2006 pourra se maintenir au second tour et offrir quelque sièges au MoDem en Aquitaine.
« C’est un mauvais jour pour nous », avait commenté le soir même François Bayrou, le visage tendu. Le Parti Radical de Gauche, autre force du centre, qui a choisi de partir dès le premier tour avec le Parti Socialiste aura un nombre d’élus en régions nettement supérieur à celui du parti de François Bayrou. Il en va de même pour le Nouveau Centre mais aussi pour le parti radical valoisien présents au premier tour sur les listes UMP défaites. Même le MRC et le MUP (de Robert Hue) qui ne pèsent pourtant plus grand chose au niveau national auront plus d’élus que le parti centriste. Arrêtons la liste. Sans compter que les partis qui fusionnent au premier tour négocient souvent chèrement leur place. Le MoDem fort de ses succès passés (enfin de son succès) aurait pu d’ores et déjà négocier avec le PS (ou l’UMP ?) des places d’éligibles sur les listes, des vices-présidences de région et peser sur les programmes. Au lieu de cela, il se retrouve au lendemain du premier tour sur la touche, isolé, facilitant les négociations au parti socialiste qui n’aura pas à concilier la gauche extrême, les écologistes et les centristes.
« De tout cela, nous ferons l’analyse et nous tirerons les leçons, et ce qu’il faudra changer, nous le changerons », déclarait François Bayrou le soir de l’élection. Peut-être faudrait-il commencer par remettre totalement en question la mainmise qu’il a voulu avoir sur cette élection. En refusant de traiter au cas par cas comme son mouvement avait pu le faire pour les municipales, François Bayrou a empêché ses candidats de donner leur interprétation de l’indépendance. L’indépendance par rapport à un parti qui n’a d’autre vocation que de servir un candidat à l’élection présidentielle qui ne sera jamais président. L’indépendance par rapport à une tutelle nationale inutile pour un petit parti dans des élections régionales.
Ce dernier échec du MoDem ne freinera pas l’appétit présidentiel de François Bayrou. Mais ce dernier ne pourra plus critiquer l’absence d’indépendance des médias qui ne lui tendront plus le micros à chaque occasion. Quand on ne pèse que trois et quelques pour cent, il devient difficile de jouer les pivots de la politiques, le lien entre la droite et la gauche. François Bayrou va signer pour deux années de traversées du désert qui seront son meilleur argument en 2012 pour être le troisième homme entre le plus mauvais président de la cinquième République et un candidat socialiste qui peinera à s’imposer. Mais un troisième homme ne gagne pas les élections, il les fait perdre.


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