Le Prince et le marchand

Crise financière, banqueroute de la Grèce, problèmes de régulation, etc…L’Union Européenne s’est laissée rattraper par le projet sur lequel elle a été fondée, le marché. Un grand marché commun dans lequel les barrières seraient abolies et où le libre-échange allait régner pour le meilleur et pour le pire. Et pourquoi pas ? Après tout, l’Europe est née des échanges entre des villes comme Bruges et Venise, et la Ligue Hanséatique préfigurait il y a quelques siècles déjà  notre espace économique communautaire actuel (avec un peu d’imagination).

On pourrait dire sans faillir que le dessein politique des Pères Fondateurs, la stratégie des petits pas et l’Union toujours plus étroite entre les peuples d’Europe, c’est du rêve qu’on a vendu aux citoyens européens, un beau story-telling sur lequel les tâches d’encre se sont faites de plus en plus nombreuses au fil du temps. Le politique au service de l’économie de marché. Dépendance et marchands de Paix.

Certe, mais l’histoire à ses raisons. Le politique s’est emparé du projet. Quatre traités et quelques crises plus tard, l’Union est dotée d’une monnaie unique, d’institutions financières, d’une stratégie de change et de feu un pacte de croissance et de stabilité. La vision financière et économique a continué son chemin, la fameuse DG IV s’est imposée en héraut de la libre concurrence. Le marchand a su imposer ses règles dans le nouveau jeu et a même réussi à asservir le Prince qui s’est laissé aller à l’intergouvernemental. On ne nous parle plus que de la faillite du modèle social, des restructurations et de l’Europe libérale de M. Barroso.

Ah, et puis soudain la crise, le risque de faillite, l’affolement du marché. On se rappelle au bon souvenir du Prince, et à son Trésor. Le Prince lui, sait réagir en temps de secousses. Ces dernières accélèrent souvent l’histoire. Sans elles, pas d’Ecu, de SME, ni de zone euro. Pas de mécanismes stabilisateurs ni d’amortisseurs. Interdépendance. Qui a le mérite de nous rappeler en cette période que l’économique ne peut vivre sans le politique, que celui-ci s’est probablement beaucoup trop laissé porter par des années prolixes, tant le message délivré aujourd’hui est confus, incertain et  manque de consensus et de solidarité. Comme le dit si bien François Rachline, « le pouvoir n’est pas le marché : son rôle est de le contrôler, pas de s‘y soumettre. Et quand la liberté conduit au chaos, les acteurs en appellent au Prince pour rétablir la sécurité.« 

L’interdépendance entre le Prince et le marchand et le nouvel ordre économique qui se dessine nous rappellent aujourd’hui qu’une vision politique est d’avantage nécessaire qu’un Fond Monétaire européen qui ne verrait le jour que dans une communautarisation renforcée. Michel Barnier parle d’établir « un marché au service d’un projet de société », qui permettrait de remettre l’homme au coeur de l’action. Certes. Rappelons encore que le rôle du politique doit être de présenter l’intérêt du vivre ensemble en se dégageant des contraintes marchandes. Le message et le projet avant tout.

1 Comment

  1. Très pertinent. Cependant ne crois-tu pas que si « le politique » avait vraiment précédé « l’économique » en Europe, l’opinion publique affefctée par la crise se serait certainement violemment retournée contre le projet européen? Ainsi, aujourd’hui les Grecs se retournent contre leur Etat et font appel à l’UE alors qu’ils se seraient certainement retournés contre l’Europe et réfugiés dans le nationalisme si l’Europe politique avait précédé le marché…
    Vivre ensemble d’accord, mais seulement les avantages économiques en sont démontrés au préalable…

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