Domenech : Les derniers jours d’un condamné

Accusé, levez-vous

Le 12 juillet 2010, lendemain de la finale de la Coupe du monde, Raymond Domenech ne sera plus le sélectionneur de l’équipe de France. Des millions de Français commencent déjà à compter les jours et le choix de son successeur anime déjà les zincs de nos cafés : Blanc ou Deschamps? Deschamps ou Blanc? Et puis les éternels losers : Tigana, Giresse, Troussier, et pourquoi pas Fernandez tant qu’on y est ? Après tout il est populaire non? 5,3% de part d’audience sur RMC quand même ! Ah bon c’est pas ça qui compte??

D’aucuns semblent presque espérer une déroute prématurée qui justifierait leurs prévisions les plus sombres. En effet, balancer sur notre ineffable sélectionneur et sa déculottée imminente est devenu un sport national, plus passionnant que le jeu de football lui-même : sur son blog, Pierre Ménès nous dit que cette équipe de France « s’emmerde et nous emmerde » (qui est ce « nous »?, serait-ce les 11.7 millions de spectateurs qui s’obstinent à s’emmerder devant ses matches? Merci pour cette fine analyse tactique et pour ces postures toujours à contre-courant !
Celui dont le fond de commerce est de crier plus fort que les autres nous prédit également l’avenir, soit deux matches nuls face à l’Uruguay et au Mexique lors du premier tour de la coupe du monde… Chiche ! Pierrot rappelle-nous les deux premiers résultats de la bande à Zidane lors de l’épopée de la Coupe du monde 2006 j’ai un trou de mémoire !! Merci Pierrot, merci…

Une popularité à la Éric Besson

A y regarder de plus près on remarque que d’une manière générale ce qui exaspère le plus chez l’homme aux gros sourcils noirs c’est sa communication. Sa mémorable demande en mariage à la journaliste Estelle Denis en direct à la télévision quelques minutes après l’élimination de l’Euro 2008 fut une catastrophe pour son image déjà écornée et les Français étaient 61% à souhaiter son départ après cette maladresse.

Quelle mouche a donc piqué les pontes du conseil fédéral qui ont décidé de maintenir envers et contre tous le sélectionneur détesté en juillet 2008, puis à nouveau en décembre 2009 après qu’il ait rempli son contrat exigeant une qualification pour la coupe du monde? Pourquoi conserver celui que les stades conspuent à chaque sortie des Bleus à Paris ou en Provinces? L’homme qui entraîne l’équipe de France doit-il être aimé des Français? Peut-être bien que oui, donc ce ne doit pas être Raymond. Mettez-nous Patrick Sébastien à la tête des Bleus et le Stade de France fera la Ola.

Moqué par la politique

L’issue est programmée, le gibet est d’ores et déjà dressé. Le député UMP de l’Oise, François-Michel Gonnot certainement très soucieux du bien-être de ses administrés et très occupé par les affaires de son département a même réclamé officiellement la tête de l’agaçant Raymond à la ministre des Sports Rama Yade afin d’éviter qu’une honte terrible ne s’abatte sur la nation devant les yeux moqueurs du monde entier durant l’été!! Notre élu de la République a dû oublier en route que la Fédération Française de Football est une association loi 1901 totalement indépendante du pouvoir politique… Jamais un ministre n’a eu son mot à dire sur la nomination du chef des Bleus. Heureusement pour Raymond, parce que même Rama Yade a lâché le sélectionneur en plein vol. Passons sur les détails, le buzz Gonnot aura existé.

La marque Domenech est ainsi devenue un outil de communication en politique : En pleine campagne pour les Régionales Marine Le Pen dénonçait à son tour « la Domenech attitude » de M. Sarkozy, prédisant ainsi la bérézina de la droite et assimilant le chef de l’État à celui qui « perd tous les matches en promettant que le prochain sera le bon ».
Il est celui que les Français n’aiment pas, celui qui va perdre, celui qui doit perdre. Trop sûr de lui, trop sûr de ses choix parfois douteux, Raymond n’a jamais exprimé de remords à la suite du fiasco de l’Euro 2008, n’a jamais remis en question ses choix, cet homme est insupportable il faut bien le reconnaître. Mais que lui demande-t-on au juste? Après la brillante campagne allemande de 2006 sa mission était claire : mener les Bleus au bout jusqu’en 2010. Raymond est indépendant et il a les mains libres. Il se fout royalement de son impopularité, il se fout des journalistes, il se fout même certainement du conseil fédéral, il n’a qu’un objectif et il est presque seul à encore y croire mais accordons-lui le mérite de l’opiniâtreté (qui a dit aveuglement??).

Le coup du mal Aimé

Il y a 12 ans pourtant, l’équipe de France était aussi attrayante qu’une porte de prison, la période 1996-1998 fut peut-être la plus chiante de l’histoire du foot en bleu, son sélectionneur faisait rire tout Paris avec son accent de Sail-sous-Couzan et son CV de tourneur-fraiseur, son attaquant vedette Dugarry était la risée des Guignols et son équipe enchaînait les 0-0 face à des équipes de pays qui n’existent même plus… et pourtant… et pourtant le 12 juillet c’est notre bien Aimé qui soulevait le trophée Jules Rimet et qui dégustait sa délicieuse vengeance à l’encontre des facétieux journalistes parisiens.

L’argument de l’histoire n’est pas toujours très pertinent me direz-vous, et vous aurez certainement raison, nous ne serons peut-être pas champions du monde et nous ne chanterons pas « I will survive » avec des inconnus sur les Champs-Elysées… Soit ! Et tant pis aussi pour la carrière de Francis Lalanne qui comptait là-dessus.
Mais Raymond Domenech est le seul sélectionneur de l’histoire à avoir qualifié les Bleus pour trois phases finales consécutives des grandes compétitions (2006, 2008, 2010), il est celui qui a eu le courage d’écarter Pirès et Giuly au sommet de leur forme au profit des jeunes Ribéry et Malouda contre l’avis général des puristes en 2006. Il est celui qui a fait confiance à Vieira en juin 2006 alors qu’il était très en-deçà de son niveau durant toute la saison précédente, Vieira, qui fut avec Zidane le meilleur joueur de la dernière Coupe du monde. Il est aussi celui qui a imposé un certain Lassana Diarra dans les gros matches contre l’Italie en 2007 alors que ce dernier ne jouait même pas dans son club et qu’il s’apprêtait à signer à Portsmouth! Et aujourd’hui c’est aussi un tout petit peu grâce à lui si l’équipe de France s’est qualifiée pour le mondial avec à peu près la même facilité que son illustre devancière l’avait fait pour l’Euro 2000… Certains se rappellent peut-être comme on avait dû batailler ferme pour battre la résistante équipe d’Andorre 1-0, grâce à un pénalty généreux transformé dans les arrêts de jeu par… Frank Leboeuf, après avoir perdu contre la Russie au Stade de France (si si tout cela est vrai)!!

Et après ?

Il n’est pas question de remettre en cause l’indigence du jeu français lors du match retour face à l’Irlande en novembre dernier, ni la supériorité technique de l’Espagne qui est aujourd’hui sans doute l’équipe la plus complète du globe à tous les niveaux. Cependant, il ne faut pas oublier non plus le match aller à Croke Park, ni les matches au couteau de la fin de l’été 2009, face à la Roumanie d’abord, puis en Serbie, à 10 contre 11 et dans une atmosphère hostile et même franchement agressive ces bleus-là avaient su réagir, faire preuve de cœur et de talent : tout ce qu’on lui reproche trop vite d’avoir perdu après seulement deux matches ratés. A Belgrade Henry avait des jambes, et on ne se demandait pas s’il avait besoin d’un déambulateur, la défense maîtrisait son sujet, ce groupe avait séduit. Tout cela se serait-il évaporé? Je ne le crois pas.
Il y a beaucoup à dire sur les choix tactiques parfois abscons de Raymond, ce sera l’objet d’une prochaine chronique.
Les Espagnols font rêver c’est vrai, les Argentins ont Messi ok, les Brésiliens sont…brésiliens, mais une Coupe du monde ne se gagne pas toujours avec les meilleurs joueurs, presque jamais d’ailleurs (Brésil 82, France 86, Argentine 90, France 2002, Brésil 2006). La cohésion du groupe et sa confiance en lui font basculer les destins, surtout dans l’adversité, tout comme la chance qui avait insolemment souri à la bande à Jacquet en 1998.
En Afrique du Sud, les Bleus ne seront pas soutenus, ils ne seront pas favoris et ils ne seront même pas les meilleurs, mais est-ce vraiment ce qu’il leur fallait au juste?

2 Comments

  1. Jérémy:

    Et si Domenech avait fait une communication claire tout au long de ses mandats, aurait il été quand même contesté? Surement ! Donc ptet que sa communication n’est pas vraiment importante finalement, et la prestation se mesure uniquement sur le terrain !

  2. Cela n’est pas si évident… Platini n’a pas passé le premier tour de l’Euro 92 avec l’une des meilleures équipes d’Europe et il est resté populaire et ses choix peu contestés.
    Les Français aiment les Poulidor, ils gardent une affection particulière pour les beaux perdants de Séville 82 ou du mondial 86. Il n’y pas que les résultats qui comptent. La preuve, Aimé Jacquet n’a perdu que 3 matches en 4 ans et pourtant il n’y a pas eu plus contesté que lui!!

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