Le baillon du gendarme

Parlons un peu com et citoyenneté cette semaine. Donc politique. Pas de politique sans volonté d’agir sur la cité, comme son nom l’indique. Pourtant, c’est ce qu’a voulu faire le commandant Mattely, gendarme de son état et chercheur associé au CNRS. Evidemment, un gendarme qui cherche à participer au débat public notamment sur la place de son métier c’est intrinsèquement rare, et donc à saluer. Quand on sait qu’il est en plus dans une démarche intellectuelle  de recherche, voilà qui redonne confiance dans l’espèce humaine (enfin presque).

Le commandant Mattely décide en effet quelque chose de plutôt rare dans notre environnement de moins en moins discuté, c’est de participer au débat public sur la place de son corps social. Environ 50% d’absention à des élections locales, c’est évidemment sidérant. Non parce que c’est « immoral », mais parce que la démission du débat public profite uniquement et depuis toujours  à ceux qui restent sur la place publique. Il n’y a pas d’absention de protestation. L’organisation de la Cité revient toujours à ceux qui sont les vainqueurs des suffrages (qui restent). Quand la démocratie disparaît (avec la dictature), c’est encore plus criant. Evidemment, quand les choses ne progressent pas assez vite, l’humain a individuellement ou collectivement tendance à se décourager donc se désimpliquer. Mais le seul moyen reste d’occuper le terrain, et de participer au débat public. On le laisse pas aux cons le monopole du terrain de jeu, on démonte ses arguments.

Alors ? Alors, le commandant Mattely a fait les choses comme il se doit : il  a participé à ce qui était un non sens, le projet de démantèlement la gendarmerie de proximité, avec son regard, son expérience, tout en prenant les précautions oratoires, en se présentant comme chercheur associé. Résultat : une radiation de son corps. C’est sans précédent. A titre indicatif, les gendarmes des paillotes, condamnés PENALEMENT, n’avaient pas été radiés (c’est dire). On crie parfois rapidement à la censure. Celle la se fait dans un jeu feutré d’institutions qui va peut concerner l’homme/femme de la rue. Pourtant, elle est d’une violence terrible. C’est purement le ferment du débat public donc de la réflexion et de la mise en perspective qui est radié. Sans point de vue intelligent et intelligible, le débat a fait long feu. Aucun salarié y compris du public ne pourra participer à l’insulte du réel par les cercles d’influence. Le déni de démocratie commence avec le déni du point de vue.

Comme souvent, les plus grands mouvements de société commencent avec des signaux faibles. Celui ci est d’une extrême insignifiance au regard d’un buzz Benjamnin Biolay/ Carla Bruni. Il est pourtant annonciateur  (avec d’autres) d’un tournant de société. Avec la perspective d’une abstention continuelle, il nous rapproche du pire…

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