Le mythe de la renaissance

De nombreuses thématiques fondamentales et souterraines semblent traverser le temps, les frontières géographiques, et les cultures. Elles touchent au plus profond de notre identité sociale. Edgar Morin les appelle des « mythes flottants ». Et Roland Barthes explique comment cette mythologie est véhiculée par les médias, qui relaient des messages stéréotypés.

Le mythe de la renaissance, du renouveau, associé à l’imagerie du printemps, ou à un imaginaire de l’âge d’or, est un de ces « mythes flottants ». On retrouve cette grande thématique dans l’art : la peinture, la littérature, la musique…

Botticelli, Le Printemps (Primavera)

…mais aussi dans la politique…

L’exemple du candidat Barack Obama aux présidentielles américaines de 2008 est le plus représentatif. En contexte de crise, qui mieux qu’un homme jeune pouvait catalyser les attentes, le désir de renouveau des américains ?

De plus, voter pour un homme black, c’était plus que jamais voter pour la rupture.

La rupture, cela vous rappelle quelque chose ? Oui c’était bien le thème de campagne du candidat Nicolas Sarkozy pour les élections présidentielles de 2007.

De nombreux hommes politiques ont utilisé le mythe de la renaissance. On peut déjà penser à tous ceux qui ont prescrit une révolution, mais aussi aux grands dictateurs totalitaires.

Le mythe de la renaissance, c’est par exemple Hitler, qui savait manier la thématique de l’âge d’or et celle du sauveur.

Aujourd’hui, tous les candidats tentent d’exploiter, et y parviennent plus ou moins bien, le thème de la renaissance. C’est plus le cas à gauche, car la droite est traditionnellement ancrée dans des valeurs de continuité. Mais comme on l’a vu avec Nicolas Sarkozy, la droite s’adosse de plus en plus le libéralisme, qui est synonyme de progrès et donc de renouveau.

Dans Mythes et mythologies politiques, Raoul Girardet étudie entre autres les mythes politiques du sauveur et de l’âge d’or qui participent de ce thème de la renaissance.

… Et dans la publicité

La publicité exploite aussi ce thème universellement partagé de la renaissance. La DS3, c’est la mythique DS, qui s’appuie sur une histoire et sur un nom, mais qui se dit « anti rétro », et donc qui renaît. Cependant, en voulant jouer sur tous les tableaux, Citroën se heurte à son propre paradoxe : faire du neuf avec du vieux. Le nom DS est simplement juxtaposé à la signature « Anti Retro », ou aux  interventions de stars comme John Lennon ou Marylin Monroe qui nous disent « Ne vivez pas dans le passé ». Il en résulte de la confusion : pourquoi reprendre le nom de la DS si c’est pour s’inscrire en totale rupture avec celle-ci?

Pourtant, la marque était plutôt bien partie avec le thème de la rupture et du renouveau. C’est simplement la reprise du nom DS qui n’est pas très cohérente… Les print exploitent efficacement le thème du renouveau de l’art, de la victoire des modernes sur les anciens avec les slogans « Pour entrer dans l’histoire ne la copiez pas », « Produire ce n’est pas reproduire », « Le passé au musée le présent dans la rue ». Ces slogans sont une négation de la thèse de la fin de l’histoire et de l’art, de ceux qui disent  « Tout est dit et l’on vient trop tard » (La Bruyère). Ils sont l’affirmation de la modernité. Le 3ème slogan rappelle la phrase d’Antonin Artaud : « Les chefs-d’œuvre du passé sont bons pour le passé, ils ne sont pas bons pour nous. »(Le théâtre et son double).

Mais finalement, renaître, ce n’est pas faire totalement table rase du passé. La renaissance, c’est la formulation de son époque, sa ré-interprétation. C’est l’expression de la modernité, mais qui s’ancre dans une continuité.

2 Comments

  1. L’avancée vers l’inconnu total fait très peur, et retourner dans le passé n’est pas très enthousiasmant… Alors on cherche toujours un compromis : en avançant mais vers quelque chose qui nous est familier. C’est facile et rassurant. Et puis ça fait vendre…

  2. Chère Sarah,

    Le titre était très alléchant, mais j’ai trouvé que le contenu ne correspondait que trop peu à l’accroche en terme de densité et de profondeur d’analyse. J’ajoute que la discontinuité entre la politique et Citroën est déstabilisante.
    Je ne te jette pas la pierre, il faut déjà l’écrire ce post, et puis c’est tout de même intéressant.

    Bonne continuation!

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