Petite histoire des cerisiers en fleurs nippons à Washington, D.C.

 Grâce à Kiyomi vous connaissez le succès des Sakura à Tokyo. Mais aux Etats-Unis aussi les cerisiers font fureur et tout particulièrement lors du National Cherry Blossom Festival de Washington, D.C. Que font ces quelques 6 000 cerisiers nippons à plus de 10 904 km de Tokyo, me direz-vous ? Petite chronique des relations américano-nipponnes à l’ombre des cerisiers en fleurs….
 
 Dès 1885, de retour d’un voyage à l’Empire du Soleil Levant, Mrs. Eliza Ruhama Scidmore propose au Superintendant de l’armée de planter de magnifiques Sakura le long de la rivière Potomac au cœur de Washington D.C. Sans lendemain immédiat, cette initiative révèle un véritable tropisme américain pour l’Asie, et particulièrement le Japon, qui ne cessera pas jusqu’à nos jours.     
 
Dès l’élection de William Howard Taft à la Présidence en 1909, le premier acte politique de la Première Dame, Helen Herron Taft, n’est pas des moindres: elle accepte officiellement les 2 000 cerisiers offert par la ville de Tokyo. Symboles des bonnes relations entre les deux nations, ces arbres furent néanmoins tous brulés à leur arrivée à Seattle à cause d’un misérable petit insecte. C’était sans compter sur la détermination du Dr. Takamine qui racheta 3 020 cerisiers à la banlieue de Kyoto et les fit importer de nouveau quelques années plus tard.
 
 Le 27 mars 1912, Helen Herron Taft et la femme de l’Ambassadeur du Japon, la vice-comtesse Chinda, plantèrent solennellement deux Yoshino. Cette petite cérémonie qui ne rassembla seulement quelques personnes de l’establishment allait devenir une grande fête populaire attirant chaque année plus de 10 000 visiteurs !   
Mais avant cela, les cerisiers ont eu la vie dure! Alors que le Président Franklin D. Roosevelt compte érigé un mémorial grandiose en l’honneur de Thomas Jefferson, un groupe de femmes s’enchaînent pendant plusieurs jours aux cerisiers menacés ! L’Amérique n’a pu rendre hommage au plus illustre des rédacteurs de sa constitution, qu’en faisant à ces femmes la promesse de planter encore plus d’arbres autour du mémorial. Cette parole fut tenue. 
  
 
 

Jefferson Memorial at Cherry Blossom Time

 Le 11 décembre 1941, quatre cerisiers sont abattus pendant la nuit en réponse à l’attaque de Pearl Harbor. Le jour où l’Allemagne et l’Italie déclarent officiellement la guerre aux Etats-Unis, il est décidé de changer le nom des arbres:  toute référence au Japon est abolie afin d’éviter de nouveaux actes de vandalisme. Les arbres continueront de fleurirent pendant la guerre alors même que des milliers d’Américains d’origine japonaise sont internés dans des camps. 

Après la guerre, les cerisiers de Tokyo n’offraient plus les mêmes couleurs. Les vergers de la banlieue de la capitale nipponne sont entièrement dévastés. Là encore les dirigeants politiques ne lésignent pas sur les moyens, preuve qu’il en va bien au-delà de considérations de jardinier ! Tous les vergers sont reconstitués grâce au « rapatriement » de centaines d’arbres de Washington, D.C. Symboles d’une renaissance des relations pacifiques entre les deux pays, mais aussi de l’enracinement de la présence américaine, ce sont toujours ces arbres qui bordent la rivière Arakawa… 

Comme tous les ans, le Cherry Blossom Festival s’est ouvert hier par l’illumination d’une immense lanterne (20 tonnes de granit quand même !) que le Japon offrit aux Etats-Unis à l’occasion du centenaire du  Traité de Paix, d’Amitié et de Commerce (1854) entre les deux Etats. L’élection de Miss Cherry Blossom, les concerts de pop’, les feux d’artifice, les défilés et parades vont maintenant se succéder durant deux semaines à Washington, D.C. 

Après le « Snowarmagedon » de cet hiver (dixit Obama), le printemps reprend ses droits et la ville ses couleurs. Les fleurs des cerisiers, symboles de l’évanescence de la vie humaine et de l’évolution de la culture nipponne à travers les âges, renvoient toujours les Etats-Unis aux plus belles heures de leur histoire comme aux plus sombres. 

1 Comment

  1. Kiyomi Delzongle:

    Je connaissais l’histoire des 2000 cerisiers offerts en 1909, mais j’ignorais l’existence de ce Cherry Blossom Festival à la mode américaine…
    Merci :-)

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