« Les opposants à Obama sont des ultralibéraux incultes et des religieux extrémistes »…

…..Voilà plus ou moins ce que titraient quasiment tous les médias français (et européens) alors que la réforme du système de santé entrait en vigueur aux Etats-Unis. Les médias européens sont vite revenus à leur Obamania primitive et tous ont célébré un grand progrès social dans cette Amérique ultralibérale. On en a même pris certains en train de déclarer, non sans fierté, que les Etats-Unis mettaient en place un Etat Providence à la Française, sous-entendu le meilleur système qui soit, évidemment !

Ceux qui s’y sont opposés ont été caricaturés à gros traits, sans complaisance. Les responsables Républicains sont tous devenus des idiots à la Sarah Palin. Le bas peuple est devenu une bande d’ignorants-extrémistes, tous membres du Tea Party. L’opposition a été résumée à quelques affiches choquantes comme celle rapprochant Obama d’Hitler.  

Dans nos journaux, on pouvait lire : « Le président américain veut couvrir 94 % des Américains, faire économiser 2 000 milliards de dollars à l’Etat en dix ans, proposer une véritable alternative au système privé et offrir une couverture médicale abordable pour les non-assurés ». Qui pourrait être contre ?! Ceci ressemble plus à un tract de promo qu’à de l’info !

Mettons un petit bémol à ce qui n’est ni plus ni moins que de la désinformation. C’est à cause de ce genre de comportements qu’on devient incapable de comprendre la moitié des américains qui ne soutient pas cette réforme. C’est à cause de ces raccourcis qu’on se retrouve à devoir mépriser tous ces « idiots » de républicains lorsqu’ils sont élus sur l’autre rive de l’océan. Et finalement, voilà comment on se retrouve face à un antiaméricanisme primaire.

Voici donc quelques questions qu’il faudrait regarder de plus près pour comprendre pourquoi cette réforme a été si difficile à faire voter, et pourquoi elle est toujours si difficile à faire accepter.    

  1. L’objectif premier de la réforme de l’administration Obama, tel qu’il est écrit dans la loi, est de réduire les coûts du système de santé. La première crainte des opposants est de voir la qualité des soins, les innovations et la recherche médicale se tarirent.  L’agence Medicare, qui s’occupe notamment des plus de 65ans, va voir ses fonds considérablement baisser (environ 2.7 millions de bénéficiaires en moins d’ici une dizaine d’années, prévoit le Congressional Budget Office). Alors que des milliards de dollars d’argent public ont été engagés pour renflouer entre autre les grandes banques , beaucoup d’Américains se sont sentis délaissé face aux cols blancs de Wall Street.   
  2.  Malgré ce que dit le Congressional Budget Office, il y a également des risques d’inflation des prix des assurances puisqu’il faudra s’attendre à un phénomène d’éviction du secteur privé pour certaines catégories de la population. Le gouvernement fédéral va pouvoir rendre obligatoire dans tous les Etats certaines prestations dans les contrats d’assurance. Ceci fera sans doute pression à la hausse sur les prix.   
  3.  Le coût de cette réforme est estimé à 600 milliards de dollars sur 10ans. Personne ne croit sérieusement que les économies réalisées seront équivalentes aux coûts. Deux conséquences déplaisent énormément : les hausses importantes des taxes sur les plus hauts revenus et l’aggravation de la dette publique déjà abyssale à long terme.
  4.  Silence radio sur certains avantages des employés du secteur public qui bénéficient d’assurance médiale automatique gratuitement.
  5.  Les entreprises d’assurance ont dépensé environ 648 millions de dollars en lobbying l’année dernière. Obama a été obligé de négocier de nombreux accords en toute discrétion avec les compagnies d’assurance afin d’acheter leur neutralité. La facilité qui leur est accordée pour récupérer des personnes qui n’étaient pas assurées leur fournira un sacré coup de pouce financier; tout comme les subventions étatiques qu’elles devraient recevoir.  
  6.  La réforme étend un système de community rating qui va tendre à égaliser les cotisations et rendre le coût des assurances indépendants de l’âge ou de l’état de santé. En supprimant les « pre-existing conditions », Obama a rendu un grand service aux diabétiques ou aux personnes ayant été atteintes d’un cancer puisqu’elles payaient de ce fait des sommes astronomiques. Néanmoins, nombre d’américains se demandent pourquoi un jeune qui fait du sport et a une bonne hygiène de vie verrait le coût de son assurance augmenter à cause de fumeurs et d’alcooliques qui eux ne paieraient pas plus.
  7.  Restriction de la liberté de choix et menace sur l’économie. Si les employés sont a priori entièrement libres de s’assurer ou non, les employeurs pourront eux soit continuer d’assurer leurs salariés via des assurances privées soit ils seront obligés de payer une taxe à l’Etat. Les libertés des salariés pourraient donc être diminué indirectement et les charges peser plus fortement sur les petites entreprises. De plus, en taxant les entreprises, Obama est revenu sans le dire sur une promesse de campagne.
  8.  De façon générale, beaucoup d’américains ne veulent pas d’un gouvernement encore plus fort dans un domaine, la santé, qui ne fait partie que de la sphère privée. L’Etat est déjà très présent : 25% des américains bénéficient de programmes publics fédéraux qui coûtent à l’Etat fédéral près de 4% du PIB ; le système de santé américain coûte chaque année environ 12 % du PIB du pays. De plus, toute la bureaucratie qui va être mise en place n’est guère populaire de ce côté de l’Atlantique ; de même pour l’idée qu’un organisme public puisse rassembler et conserver toutes les informations médiales personnelles des patients…
  9. La réforme mettait en place différents mécanismes qui semblaient promouvoir l’euthanasie. La plupart de ces dispositifs ont été supprimés ou ajournés dans un accord trouver à la dernière minute avec les Républicains. La peur de l’euthanasie promue et organisée par l’Etat a été très utilisée par les opposants à la réforme.
  10. Cette réforme ne s’attaque pas aux problèmes majeurs du système américain. La médecine préventive est toujours inexistante ; les maladies chroniques sont les grandes oubliées de la réforme ; l’achat de contrat d’assurance entre les Etats n’est pas facilitée ; la juridicisation de la médecine n’est pas enraillée alors même que les médecins font de plus en plus de la médecine défensive pour éviter les menaces de poursuites.  
  11. Enfin, pour de nombreux américains, il y a des « des problèmes plus graves ».  Dans un contexte de profonde crise économique qui a entraîné des dizaine de milliers d’expulsions, un demi-million de chômeurs supplémentaire chaque mois et un chômage réel de plus de 13%, peu ont compris le monopole politique du Health Care Reform à Washington, D.C.

 

Vous commencez à douter?… Tant mieux, c’est bon signe !

3 Comments

  1. Article intéressant.

    Peut-on avoir la source des 11 points évoqués ? J’en déduis que ça vient d’un autre article à en juger par le « $648 million » qui est resté…

    Quand même flippant de constater que les Américains n’ont aucune notion d’intérêt général dans leur esprit. Sans aller jusqu’au « système français », je persiste à croire que c’est une grande avancée pour bcp de gens.

  2. Slt Sami, en fait il n’y a pas de source unique pour cet article. J’ai utilisé la presse classique, des sources gouvernementales, les sites des lobbyistes et de nombreux blogs politiques qui ont fleuris à l’occasion de ce débat… Je pourrais te donner le détaille si tu le souhaites.

  3. Très intéressant de connaître aussi les points négatifs et de ne pas être tenté de tomber dans l’angélisme : « oh c’est merveilleux, les Américains vont accéder à un système de sécurité sociale digne de ce nom ! » Oui, sauf que tout n’est pas rose, visiblement.

    Attention à l’orthographe toutefois, il y a de très nombreuses fautes. C’est la première fois que je viens sur ce site et je trouve un gros décalage entre l’intérêt de l’article et le soin apporté à ce « détail » qui pour moi n’en est pas un.

Post a Comment

*
* (will not be published)