Le marché du footballeur ne connait pas la crise

Nous traversons depuis deux ans la plus grave crise économique qu’ait connue le monde industriel depuis 1929, « l’économie réelle » est dévastée pour dix ans, le chômage enfle partout en Europe, certains Etats réputés solides sont au bord de la faillite et l’Espagne se demande si elle ne va pas devoir adopter la même politique de rigueur que la Grèce.

On pourrait croire que les premiers secteurs d’activité à faire les frais de cette récession soient les loisirs puisque par principe ils ne sont « pas productifs » (au sens Eric Woerth du terme). Mais cela fait bien longtemps que le football n’est pas un loisir comme les autres. Le sport de masse qu’il est devenu depuis un demi-siècle ressemble de plus en plus à un grand marché où s’achètent et se vendent des ressources très humaines toujours plus convoitées et toujours plus rentables, quelle que soit la conjoncture.

Ainsi, à l’été 2009, le Real Madrid ne dépense pas moins de 200 millions d’€ pour attirer trois nouveaux joueurs… Oui oui, 200 millions d’euros, c’est par exemple le montant des indemnités versées par Total dans l’affaire Erika : Kaka, Benzema et Cristiano Ronaldo valent bien une marée noire.

A quelques jours d’intervalle, le FC Barcelone échange avec l’Inter Milan sa star camerounaise Samuel Eto’o assorti de 45 millions d’euros contre l’attaquant suédois Ibrahimovic (un camerounais ne valant bien entendu pas un suédois comme nous le rappellent régulièrement les supporters de la tribune Boulogne du PSG…). Le foot c’est un peu une grande foire d’empoigne ou tout le monde gagne à tous les coups, sauf le supporter du PSG justement.

Bon, il faut dire que ces sommes sont tellement fantasques qu’on peut bien se demander à quoi cela correspond. Qui peut bien débourser 200 millions d’euros pour faire jouer au ballon trois jeunes gens qui ne possèdent pas plus de 500 mots de vocabulaires à eux trois ? Qui… ? Et bien nous tous. Oui vous, moi, nous.

En effet l’achat d’une star du foot est un investissement encore moins risqué qu’une action chez Total, je m’explique : le football est éternel, la passion qui l’entoure aussi, elle ne dépend pas des conditions climatiques, n’est pas soumise aux aléas naturels, ni à d’intraitables fournisseurs… Les chaînes de télé payent toujours plus cher pour diffuser les matches de nos champions et elles se remboursent à leur tour sur les annonceurs qui s’arrachent les secondes de temps de cerveau disponible à la mi-temps (bon ok, il n’y a pas beaucoup de cerveau devant le foot, donc on se demande ce qu’il reste à la mi-temps, certes.) Ces cerveaux vont ensuite s’acheter par dizaine de milliers les maillots floqués dans le dos au nom de leur héros et estampillés Pitch ou Renault Trucks sur le devant (bien que je n’aie jamais vu un supporter lyonnais s’empresser d’aller s’acheter un camion après la diffusion d’un match de l’OL), ils vont ensuite manger chez Ronald parce qu’un gardien chauve a une tête de hamburger, et enfin ils boivent de la Volvic parce que c’est toujours le même geste etc… Les noms de certains footballeurs sont mêmes devenus des marques déposées comme CR9 pour Cristiano Ronaldo.

CR9

Les clubs s’endettent jusqu’au cou donc, mais ils restent économiquement attractifs, un peu comme certains Etats. Le Real Madrid est endetté à hauteur de 77% de son budget total en 2010 (422 millions d’€ de budget pour une dette de 327 millions), soit exactement autant que la France, mais la valeur potentiellement marchande des joueurs, la billetterie, les droits télé et surtout la propriété du stade de 80 000 places au cœur de Madrid représentent un tel capital que les investisseurs restent confiants.

Le seul risque, l’ennemi intime de l’investisseur en football : c’est la blessure. Mais pour ça il prend des assurances pour chaque jambe de footballeur dont il serait tout à fait indécent de divulguer les montants ici……………………………….. 100 millions d’euros !! Oui dix fois dix millions d’euros, c’est le prix de la prime d’assurance que toucherait le Real Madrid si son buteur portugais se brisait une jambe, presque de quoi l’envoyer faire du ski. L’autre ennemi de l’investisseur, c’est la méforme. Risque encouru trop souvent par le PSG au cours des 10 dernières années, risque contre lequel le club parisien n’a malheureusement pas encore trouvé d’assureur.

En achetant les meilleurs joueurs le risque est mince évidemment, donc plus l’investissement est important moins il est risqué. Sur le terrain cependant cette logique ne se vérifie pas toujours : les résultats seront modestes pour le Real Madrid qui ne gagnera peut-être rien cette année, éliminé par l’Olympique Lyonnais en Coupe d’Europe et par un club de 3ème division au budget 300 fois moins élevé en Coupe d’Espagne, il ne reste plus que le championnat pour sauver l’honneur de la Casa Blanca. Maigre butin sportif pour un poids lourd économique. C’est presque rassurant finalement de constater que le football reste un jeu où ce n’est pas toujours le plus riche qui gagne à la fin…

8 Comments

  1. NDLR: Je fais partie des tristes supporters du PSG… mais du côté de ceux qui préfèrent Samuel Eto’o à Ibra… :)

  2. @aurélien

    c’est dur quand même le PSG, tu devrais plutôt te repasser l’époque Weah ;)

  3. Arrête tu vas me faire pleurer…;)

  4. Le football est souvent comparé à une religion. C’est encore plus vrai en temps de crise: les chapelles et les stades de foots ne désemplissent pas… On le vérifiera en juin prochain durant la World Cup en AF’ Sud, puis en 2011 lors des JMJ de Madrid. ;-)

  5. Le football est parfois une religion… Il y a 100 000 adeptes dans le monde de la religion de Maradona. Eglise créée en 1998, qui possède un noël maradonien (sa naissance) et même une fête de Pâques maradonienne (22 juin, date du Argentine-Angleterre 86!!). Dieu est donc alcoolique et camé, mais il joue très bien au foot, et celui-là au moins on a des preuves tangibles qu’il existe!

  6. Je me demande s’il est possible de faire plus réducteur et plus cliché que cet article.

    Si je regarde bien, successivement on a :
    - Le football n’est qu’un marché sans foi ni loi ;
    - On compare des transferts de joueurs à une catastrophe écologique ;
    - On tape dans le politiquement correct, valeur d’un noir et d’un suédois ;
    - Une star de foot n’est qu’un investissement financier ;
    - Les spectateurs ne sont bons qu’à consommer des produits vendus par des stars ;
    - Le PSG est un club de merde ;
    - Le Real Madrid est mauvais en soi.

    Ce qui m’étonne le plus c’est que dans la bio de l’auteur on apprend qu’il étudie « l’histoire du sport ». Ah bon. J’ai hâte de voir le contenu de la thèse.

    BTW, la richesse du Real ne s’est pas fait uniquement sur le stade, mais sur la vente des terrains détenus par le club dans Madrid… Mais si c’était le seul point sur lequel il fallait revenir…

  7. @Samy l’intéressé revient en France dans quelques jours (donc il répondra plus tard) :D

  8. Bonjour Sammy,

    Etant bloqué à l’étranger, je n’ai pu vous répondre plus tôt. Je vais essayer d’y remédier point par point:
    - Le football n’est qu’un marché sans foi ni loi; oui en effet c’est une réalité, le football professionnel répond à une logique économique qui a parfois tendance à surpasser la logique sportive, c’est notamment frappant à travers l’exemple du PSG et de Colony Capital, dont la philanthropie reste à prouver. D’autre part, tous les grands clubs sont dirigés par des hommes d’affaires ou des fonds d’investissement.
    - on compare des transferts à une catastrophe écologique. Je voulais mettre en évidence l’absurdité d’un système déconnecté de toute réalité.
    - On tape dans le potiquement correct en comparant un noir et un suédois. Je vous excuse de ne pas saisir le second degré.
    - un footballeur n’est qu’un investissement: Si ce n’est pas le cas, il faudrait m’expliquer la pertinence du recrutement du Real Madrid depuis 8 ans.
    - Les spectateurs ne sont bons qu’à consommer…: Les téléspectateurs sont des consommateurs comme les autres, ils sont donc des cibles commerciales comme les autres, d’autant plus vulnérables que leur passion est fervente.
    - Le PSG est un club de merde: Je suis au regret de vous apprendre que ce club dont je suis un fidèle et malheureux supporter, n’a fait qu’accumuler les mauvais choix sportifs depuis une quinzaine d’années (outre Ronaldinho) ce qui se traduit par l’absence de titre majeur depuis 1996 en dépit d’un budget conséquent. (Contrairement à Marseille, on estime à Paris que la Coupe de la Ligue n’est pas un titre majeur)
    - Le Real Madrid est mauvais en soi: je ne comprends pas vraiment ce que signifie cette remarque, mais je pense que le Real est un club qui consacre davantage de millions à floquer des maillots qu’à réfléchir à un schéma de jeu cohérent.
    Par ailleurs le Real n’a pas « fait sa richesse » sur la vente de ses terrains d’entrainement mais cela lui a simplement permis d’éponger en partie une dette tellement astronomique qu’elle l’handicapait dans son recrutement de tout attaquant hollandais sur le marché.

    Enfin, en ce qui concerne ma légitimité à parler ici de sport, je fais davantage confiance à un jury universitaire pour estimer la pertinence de mes recherches en histoire du sport.

    En espérant que ces précisions vous satisfont,
    Cordialement,

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