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La Renaissance de l’Afrique selon Wade
Abdoulaye Wade a décidément le don de créer le buzz. Cela à un niveau tel que beaucoup de ses homologues africains, qui feraient tout pour exister dignement sur la scène internationale, se pâment probablement de jalousie. Dix ans exactement après son accession au pouvoir en tant que Président du Sénégal, on le verrait aisément donner des conférences au TED. Son choix de sujet serait vaste : « Ruling with a weird vision », « The new ways of populism », « How to build a past-oriented future », « My youth is struggling, but I don’t care », « Korean are my new best friends » et j’en passe.
Monument à la renaissance africaine
Sans ironie, la polémique suscitée par la conception d’un monument pharaonique, judicieusement nommé Monument de la Renaissance africaine en hommage à l’indépendance du pays, donne à réfléchir. Le « vieux » (en wolof gorgui) comme on le surnomme sur le continent -à tort, puisque Robert Mugabe fait lui aussi montre d’une belle longévité, à 86 ans- semble partagé entre une attitude visionnaire pour un président africain de relatif détachement vis-à-vis de l’influence française, une tentative grossière de « laisser sa marque » (certes déjà perçue chez des présidents occidentaux, suivez mon regard), ou tout simplement un nouveau moyen de se faire de l’argent de poche.
Abdoulaye Wade © World Economic Forum
S’adressant à la nation sénégalaise dimanche dernier durant les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance, son excellence M. Wade, a solennellement déclaré que Dakar « reprendrait toutes les bases militaires anciennement françaises » de son pays. Pied-de-nez populiste à l’encontre de l’ancien colonisateur, comme on l’aura compris, puisque Sarkozy avait de toute façon dévoilé le retrait des forces militaires françaises de Dakar (mais aussi d’Abidjan !) dès février 2008, lors d’un voyage en Afrique du Sud. La rumeur veut que Wade ait été personnellement offensé par cette annonce : en conséquence, il a fait appel à une société nord-coréenne, Mansudae Overseas Project Group of Companies, pour bâtir un monument symbolisant l’émancipation après 500 ans d’esclavage. Choix logique que la Corée, me direz-vous, vu l’inspiration pour le moins stalinienne de l’imposante création de cuivre.
Le choix de ce consortium pour la mise en œuvre du « grand chantier » dakarois se justifierait, selon son commanditaire, par la compétitivité et l’expérience des Nord-coréens en la matière. On rappelle que la Renaissance a tout de même coûté –officiellement- la bagatelle de 25 millions de $ (12 milliards de FCFA !). Son modèle de financement est fort surprenant : la trésorerie présidentielle n’étant pas assez fournie, la rétribution de Mansudae s’est faite par… lopins de terre. Heureusement que ce n’était pas la Fonderie de Coubertin, sinon tout le pays se serait retrouvé sous pavillon étranger ! C’est donc cela le remède à la crise qui a frappé (notamment) les pays africains ? Après « pétrole contre nourriture » en Irak, « sous-sol contre ridicule » au Sénégal? Plutôt honteux en effet, que le président sénégalais s’octroie 34% des recettes touristiques induites par ce raté monumental (plus haut que la Statue de la Liberté mais plus laid que la Tour Montparnasse).
Krazy Glue
Le projet de la ‘Renaissance africaine’ nous donne par ailleurs un enseignement édifiant sur ce qu’il faut absolument éviter lorsqu’on en appelle au « savoir-faire » asiatique : 150 ouvriers nord-coréens ont participé au projet, contre une trentaine de Sénégalais, en tout et pour tout. Les fameux Coréens sont ensuite repartis comme ils étaient venus , c’est-à-dire sans former sur place les personnes qui seraient chargées de l’entretien et la rénovation par la suite. Ils ont tenu à apporter eux-même la touche finale à leur création il y a quelques jours, grâce à de la colle forte Krazy Glue (véridique!).
La statue devrait ainsi tenir debout au moins 20 ans, jusqu’à la prochaine crise de l’emploi au Sénégal. Nous voilà rassurés.
Ba bennen (à la prochaine) !