La rencontre avec l’Afrique a eu lieu il y a une vingtaine d’années, au son des histoires, des berceuses du soir, des tapis en peau de zèbre et des souvenirs du Rwanda d’avant les mille problèmes.
Fascination déjà pour le continent et premiers séjours, voyages, souvenirs. L’arrivée sur ces terres et la belle illusion de retrouver les lignes d’une Ferme en Afrique, roman culte de Karen Blixen, toujours commencé, jamais terminé. Essayez vous verrez.
Les années passant, la fascination pour l’Afrique est restée la même. Toujours la même sensation en descendant de l’avion. Feel home. Les pieds dans la terre rouge, le plus beau ciel du monde, la chaleur incandescente et la vie dans l’instant. Les années et les expériences passant, les questions se font jours aussi.
D’où vient alors que la rencontre entre le mzungu (le blanc) et l’africain n’existe que dans les livres de la baronne Blixen et de Joy Adamson ?
De notre difficulté peut-être à ne pas penser le continent africain comme un tout, alors que les extrêmes s’y côtoient, de Bamako à Nairobi en passant par Lumumbashi. De nos préjugés probablement, qui n’ont pas changé d’un iota depuis la conférence de Berlin (1885) : « Nombre de noirs se sentent gênés de leur peau. Ils savent que la peau noire ne semble jamais assez propre aux yeux des blancs. La peau blanche, tu la laves, tu la rases, c’est blanc. La peau noire, tu passes des années à la frotter et rien ne change, voilà pourquoi les blancs nous prennent pour des gentils idiots un peu fainéants« . Sic.
Cette rencontre relevant de l’improbable est sûrement liée, comme le suggère Jean Hatzfeld dans La stratégie des antilopes, à « deux conceptions opposées du changement« , dont l’écart s’agrandit d’année en année, pourri par des milliards de dollars d’aide au développement et le mythe selon lequel ces financements améliorent sensiblement la vie de ceux qui la reçoivent, ou pas. Dans Dead Aid, Dambisa Moyo nous donne l’occasion d’y réfléchir : « Aid has trapped developing nations in a vicious circle of aid dependency, corruption, market distortion, and further poverty, leaving them with nothing but the “need” for more aid ».
On est pas loin de penser que l’Occident pourrait avoir inoculé à l’Afrique une sorte de virus d’auto-destruction bien pire que celui du VIH, et qui, associé au rejet des évolutions, des basculements et des accélérations technologiques que l’on croit l’Afrique incapable d’adopter, provoquerait massacres, émeutes, et mauvais réflexes anti-démocratiques systématiques. Le problème se complique quand on réalise que les spin docteurs qui se penchent à son chevet, de Bono à Bob Geldof ou Jeffrey Sachs, continuent malgré leur bonne volonté de coloniser les discussions, que les plans de sauvetage de la Somalie se font sans les somalis…
Pas étonnant alors que le simple mzungu, quand il essaie de se fondre dans la masse colorée pour une simple balade, ne soit considéré que comme un portefeuille ambulant par les enfants et les plus grands. Pole, sina pesa*.
*(Désolée, je n’ai pas d’argent)

3 Comments
‘Dead Aid’ est au livre d’eco internationale et de developpement, ce que ‘Purple cow’ (Seth Godin) fut au marketing: un pave dans la marre qui fait bcp de bien. « You have to toss out everything you know and do something ‘remarkable’ (the way a purple cow in a field of Guernseys would be remarkable) to have any effect at all », selon Godin. Encore un peu de chemin avant que l’Afrique soit « remarquable » (dans tous les sens du terme) economiquement, politiquement, socialementm ou culturellement, mais elle progresse. Remarquable comme un zebre sans rayures
Il est bien cet article. Je ne connais rien à l’Afrique, c’est pas très glorieux mais c’est la vérité. Et je crois qu’on est rarement encouragé à le faire, depuis nos continents, c’est dommage.
Mon grand-père communiquait avec des Pères Blancs (http://peres-blancs.cef.fr/) du Burundi, il me racontait des histoires que j’illustrais dans ma tête avec les timbres qui accompagnaient leurs lettres…
Merci Alexis ! Et oui, la rencontre avec l’Afrique est compliquée je crois, on aime ou on aime pas, on a pas l’occasion ou l’envie d’y voyager. La faute aux médias,une difficulté psychologique par rapport à ce continent ?
Tes propos sur le Burundi me font penser à un superbe livre sur l’Afrique, sous forme de bio —> The Zanzibar Chest de Aidan Hartley
A lire absolument pour comprendre le rejet et l’attraction qu’on peut éprouver pour ce continent