Internet, c’est l’espace de la virtualité et du possible. On parle d’ailleurs d’« identité numérique », comme si celle-ci était apposée à l’identité « réelle », ou s’y substituait.
Qu’en est-il de la rencontre quand chacun est dans la posture et l’imposture ?
La vision catastrophiste d’Internet consiste à dire qu’il détruit le lien social et menace la qualité de la rencontre entre les personnes. En instaurant une communication virtuelle, il virtualiserait par la même occasion les rapports humains. L’espace du virtuel serait celui de la puissance, des possibles, par opposition à celui des actes. Cet espace virtuel serait celui de la représentation et de la mise en scène de soi.
« À trop prendre le réel pour sa représentation, confondre l’Homme et l’image, nous avons fini par nous perdre dans le possible et nous abîmer dans nos virtualités. » Edgar Morin
Les réseaux sociaux, les blogs, les sites de rencontre comme Meetic sont, en effet, autant d’outils pour la mise en scène de soi, qui peut rapidement virer à la mythomanie. Poster des centaines de photos de soi en plongée avec la moue d’un canard sur Facebook, afficher des statuts – ô combien énigmatiques – qui relèvent de la private joke ou de la vie très « privée », se mettre « en couple », « célibataire », « intéressé par hommes/femmes/rencontres », tout cela participe de l’orchestration de soi en ligne. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, on utilise plus souvent son vrai nom qu’un pseudo. Mais comme on expose sa propre identité, l’orchestration de soi est démultipliée. On est dans la posture et l’imposture.
On ne s’émouvra pas non plus de la proximité des mots Meetic et mytho… Meetic, c’est plus que jamais l’espace du mythe, des stéréotypes de la représentation de soi, du virtuel, et surtout, des possibles ! Mais c’est aussi l’espace des pires désillusions, qui peuvent glisser vers le franchement glauque…
L’inconvénient d’un tel espace virtualisé, c’est bien le risque du désengagement, de la perte d’identité, d’une mise en scène abusive de soi, qui menacent l’échange et la rencontre. Si les rapports interpersonnels ne peuvent échapper à une certaine orchestration de soi , du moins demandent-ils un échange sur la base de l’honnêteté. Tant qu’on est dans la puissance, on est dans une certaine forme de confort. On peut être dans l’image en permanence: jouer à être une bimbo, un artiste, un étudiant très affairé. Finalement, c’est une attitude de lâcheté. Mais si l’on est constamment dans la représentation, on s’abîme dans la virtualité : on perd son intégrité. Si Madame Bovary joue à être une grande dame du monde, elle est rattrapée par le réel à la fin du roman.
Et vous, êtes-vous une Bovary?


2 Comments
« Poster des centaines de photos de soi en plongée avec la moue d’un canard sur Facebook ».
Ce truc est horrible… Il faudrait demander à FB de faire des stats sur ce type de photos ridicules. Franchement ça dégoute!! La fille sur la photo est plutôt mignonne pourtant.
Excellent !