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La nouvelle drogue, l’addiction digitale sociale
Et si nous vivions déjà dans un gigantesque jeu vidéo social, où le nouvel opium du peuple, ce serait … les autres. Pas n’importe quel autre; pas la rencontre improbable, dans un bar, tard le soir. Pas de celle qu’on zyeute du coin sur le quai d’une gare. Pas même la tant désirée star, inaccessible et pourtant proche, lors de séances de dédicace, non…
Le thème n’est pas neuf : depuis la Sci-Fi des années 1970, en passant par Matrix. La différence étant que si une quelconque « machine » ne contrôle pas nos cerveaux déphosphorés, on pourrait se demander si l’univers digital qui nous entoure n’est pas quand même en train de nous insuffler une drogue d’un genre nouveau.
Les autres, tous les autres. Maurice, Mélanie, Margot, Marshmallow, reunis sur les Facebook et autres réseaux sociaux. Tous ces autres qu’on rencontre une fois en « réel » et qu’on reconnecte le lendemain sur la toile.Mais surtout tous ces autres qu’on découvre sur Chatroulette, sur Meetic, sur toutes ces plateformes où l’on personnalise d’abord sa demande :
…avant d’obtenir une quelconque personnalité.
Plus besoin de s’attendre pour se téléphoner : on se capte sur le chat et l’on peut se découvrir sans minauder.
En marketing, on appelle ça le CRM. Sur Envoyé Spécial, on peut appeler ça l’anomie. Entre nous, on va appeler ça le phénomène crève-la-faim.
Quand on joue à Mario Kart, on aime bien personnaliser son petit avatar. Mais quand le jeu prend le pas sur l’humain, on peut commencer à sortir le warning.
Mais quel est donc cette addiction, et sur quoi repose-t-elle ? Je cite Thomas Gaon :
Nous deviendrons des adolescents boutonneux et un soupçon vicieux. Merci technologie. Ceci à cause d’un état de dépendance psychique intitulée le « flow ».
La pilule rose viendrait de la capacité à pouvoir « sécuriser » les étapes de nos vies, à avoir à la fois un monde fini (donc contrôlable) mais toujours mis à jour (la dernière application, le dernier événement, la dernière tendance). Un monde fini où nos volontés asservies cliqueraient, agiraient dans ce pré carré. Et où les seules interactions pervasives ne proviendraient pas du toucher, mais d’une représentation digitale de l’autre.
Reste à savoir si le désir « physique » ne serait pas notre salut.