L’addiction à l’information est en train de devenir une pathologie reconnue du milieu scientifique. De fait, l’utilisation des médias est la première activité des Français. Télévision, Internet, Smartphone, iPod, radio, journaux, … En plus de la diversification des médias et de l’augmentation du temps quotidien passé à l’utilisation des médias, on observe une tendance à la consommation simultanée de plusieurs médias. C’est l’avènement de la société multi-écrans. Et cette surconsommation de sources multiples nous rendrait accro.
D’après le rapport d’Olivier Donnat sur Les Pratiques culturelles des Français à l’ère numérique, paru le 14 octobre 2009, on passerait en moyenne 21h à regarder la TV, par semaine et par individu, et 12h par semaine devant son ordinateur, « à des fins personnelles ». On peut supposer qu’une bonne partie de ces 12h se passe à surfer sur Internet, ou en tout cas à « rester connecté » pendant qu’on effectue une autre tâche sur l’ordinateur.
- Un plaisir qui rend accro
D’après des chercheurs de Harvard et du Ball State’s Center for Media Design (CMD), la surconsommation de médias combinée au multitasking relève d’une véritable addiction.
Consulter ses flux RSS, ses mails, ses SMS, ses feeds Facebook et Twitter, laisser la chaîne d’info en continu, ne pas lâcher le newsfeed du Monde sur son Netvibes, auraient le même effet que la consommation de drogues. Être connecté en permanence aux flux d’information provoquerait une excitation mentale qui conduirait à l’addiction. La sensation d’omniscience crée par ces stimulations incessantes s’approcherait de la jouissance provoquée par l’amphétamine.
Ces chercheurs ont mis en évidence des comportements d’utilisateurs qui consultaient Internet, leurs SMS, leurs mails, pour se remonter le moral, changer leur humeur, s’évader, mais de façon compulsive.
- La descente
Comme toutes les drogues, l’addiction à l’information a son côté obscur, sa descente, ses effets secondaires au sevrage.
Après la surconsommation d’information sur une longue période, être déconnecté donne l’impression d’être en « descente » après un shoot. Si bien que certains ne supportent plus les moments de vide, générateurs d’angoisses. Les vrais accros soufreront d’être déconnectés pendant plusieurs jours, pendant les vacances à la campagne, avec pour seules ondes WIFI les vibrations provoquées par le chant du coq et le moteur du tracteur… Ces utilisateurs seraient alors physiquement en manque de la stimulation provoquée par les flux d’information, et anxieux de ne pouvoir consulter leurs mails, les news, le cours de la bourse.
Pour les plus dépendants, n’effectuer qu’une seule tâche à la fois serait également une source d’angoisse. Écouter une conférence sans consulter ses mails ou SMS, ne serait plus assez stimulant pour eux, et les ennuierait mortellement… Pour cette raison, ces personnes seraient alors plus susceptibles de souffrir de troubles de l’attention.
Cette aptitude au multitasking pose également la question de la qualité de l’audience des médias. Un consommateur qui utilise plusieurs médias en même temps ne montrera pas autant d’attention qu’un consommateur mono-média. Ce constat remet plus que jamais en cause les enquêtes d’audience pour la vente des espaces publicitaires.
- Le bad trip
Au-delà du simple manque, l’addiction à l’information peut vite tourner au « bad trip ». Pour ces mêmes chercheurs de Harvard, les sur-consommateurs d’information ne se rendent pas service. Les multitaskers auraient en effet plus de difficultés à accomplir une activité correctement en cherchant à faire deux choses à la fois.
Selon David E. Meyer, professeur de psychologie à l’Université du Michigan, les multitaskers qui persistent à alterner deux tâches, comme rédiger un rapport et consulter leurs mails, passent 50% plus de temps sur ces tâches que s’ils les accomplissaient séparément, l’une après l’autre. Le multitasking donne l’impression de la productivité, en créant un sentiment de toute-puissance et d’ubiquité, alors qu’il produit exactement le contraire.
- La cuillère, le briquet et la seringue
La volonté d’être en permanence connecté se manifeste dans les grandes tendances d’équipements en outils de télécommunication. Les chefs d’entreprises sont souvent les précurseurs en matière d’équipement. Après avoir massivement adopté les Smartphones, ils se munissent de plus en plus de clés 3G pour pouvoir travailler en déplacement, dans leur voiture, à l’étranger. En se branchant directement sur les ordinateurs portables, ces clés permettent d’accéder à Internet dans toutes les zones couvertes par le réseau 3G (la majorité des grandes villes en France). Plus efficaces qu’un Smartphone, elles permettent de disposer d’un bureau délocalisé grâce auquel on peut travailler sur l’intranet de son entreprise.
Après les leaders d’opinion que sont les techno-addicts, les chefs d’entreprises, les cadres supérieurs à fort potentiel décisionnaire, le consommateur moyen suit à son tour les tendances d’équipement en Smartphones et clés 3G.
Ainsi, on assiste à une démocratisation de la culture du « Always on » (Toujours connecté).
La peur de « rater quelque chose » est par exemple évidente chez les utilisateurs de Twitter. Pour certains accros du service, être déconnecté 2h c’est forcément manquer des scoops, être « off », rater quelque chose. Et étant donné la rapidité des flux, il est difficile de rattraper un retard de plus d’une journée.
- La drogue de l’homme moderne
Pascal, dans ses Pensées, mettait déjà en exergue la disposition humaine à vouloir fuir les moments oisifs qui nous renvoient à notre finitude. Confronté au vide, l’homme a tendance à se poser des questions métaphysiques sur le pourquoi de son existence, son but dans la vie, et sa nécessaire fin, qui se rapproche. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication nous arrachent à ses moments de vide, elles sont la drogue idéale de l’homme moderne. En étant constamment connecté au monde, celui-ci vit dans la jouissance de l’immédiateté, s’affranchit du long terme et, par conséquent, des questions qui l’accompagnent.


4 Comments
ça remet en question pas mal de chose quand à nos habitudes et nos fonctionnement de demain, j’aime bien !
Le côté noir est assez flippant mais comme pour toutes les drogues il y’en a toujours qui encaisse mal.
Pour les autres, certains ont déjà pris les devants pour conservé une écoute et une attention dans ce monde multitâches : http://www.ecrans.fr/Prof-2-Pourquoi-je-suis-ami-avec,9609.html.
Merci.
Les newsjunkies (dont je fais partie), ont ceci de particulier que la montée, le kiff, n’est pas vraiment dans l’instant de consommation mais plutôt dans le partage avec d’autres hyperconnectés ou les moins connectés.
Si l’addiction est bien réelle (consommation, manque, accoutumance, sevrage), on peut quand même voir là une particularité dans le plaisir tant recherché que je ne retrouve pas vraiment ailleurs.(billet en lien)
@Mathieu: Intéressant cet exemple du prof!
@Enikao: C’est vrai que je n’ai pas traité l’aspect du partage de l’information.
Je me permets de remettre le lien vers ton article: http://enikao.wordpress.com/2009/08/27/news-junkies-et-web-addicts-effet-retard-et-deconnecte/
J’aime aussi beaucoup l’article sur l’information comme monnaie sociale: http://enikao.wordpress.com/2008/10/01/linformation-comme-monnaie-sociale/
Merci pour les liens!
Génial cet article mais il me semble que ce syndrome porte un nom quelqu’un à une piste ?