Chroniques japonaises #12 : Inutile, moi ?

Chronique inhabituelle, cette semaine.
Je reçois en effet par un beau dimanche après-midi un mail pour le moins désagréable qui attaque mon égo, parfois surdimensionné, le plus souvent bien à sa place : « on » juge mes chroniques fades, insipides, inutiles !

Je ne nommerai pas ce détracteur fort peu délicat en ses propos (on l’appelera ici F.), mais piquée au vif,  je répondrai point par point à ses attaques (lesquelles seront sans doute jugées quelque peu exagérées eu égard à la modestie de mes chroniques, mais passons).  Attention, ça va cogner.

« Tu as une double culture mais finalement tu essaies plus d’en imposer une à l’autre. Cela se sent et c’est très maladroit, fade et bien évidemment déjà lu, cent fois. »

Effectivement, cher F., sans te conter ma vie personnelle, j’ai ce que l’on peut plus ou moins appeler une double culture. Et effectivement j’essaie ici de profiter de cet état de fait pour parler de ces petites choses, qui de près ou de loin concernent le Japon, les Japonais, et finalement, nous tous, d’un peu partout.  Avec ces chroniques simples, parfois peut-être simplistes, légères et sans prétention.  Mes origines sont un prétexte, je le confirme. Où est le mal ?
Déjà été lu cent fois ? Ce n’est qu’une de plus. Tout le monde n’a pas forcément la même variété de sources que toi.

« Pas très intéressant de savoir que le japonais est déçu à Paris parce c’est sale ou que l’on y est trop « proche », que finalement dans un restau de Sushi, il n’y a rien de japonais ou encore que les drogues, ouhlala mon dieu faut pas y toucher. »

Paris est sale, beaucoup de Japonais idéalisent notre capitale et sont déçus en arrivant ici. Je trouve cela intéressant.
En France, nous avons beaucoup moins de convenances sociales qu’au Japon. Je trouve cela intéressant.
En France, on réduit souvent le sushi du coin à la gastronomie japonaise. Je trouve cela intéressant.
Par mes petits billets, j’essaie de pointer un cliché, une habitude, une différence culturelle liés au Japon et/ou à la France que j’entends ici ou là, dans mon entourage, dans la rue, peu importe.  Et je trouve cela intéressant d’en parler, même superficiellement. Tout le monde ne connait pas forcément le shinto, la dépression des Japonais qui arrivent à Paris, la passion de Chirac pour le Japon.

Quant à mon édito sur les drogues, pourquoi serais-je polémique ? Sous prétexte de choquer,  je devrais en faire une apologie en bonne et due forme ? Et bien non, désolée.

« Où vas-tu avec ce genre d’articles ? Tu as fait plus de 5 ans d’études plus une spécialisation pour écrire ce genre de trucs insipides mais surtout inutiles ??? »

Eh oui, comme quoi les études, parfois, ça sert vraiment à rien.
Ce genre de trucs t’est peut-être inutile. Ne généralise pas ton cas à tous.

Certes mes articles ne sont pas creusés, et c’est volontairement que je reste en surface :  je ne suis pas reporter,  je ne suis pas investigatrice, je ne suis pas journaliste. J’écris un billet en me disant : c’est léger à lire, parfois drôle, certains apprendront un petit truc sympa, d’autres n’apprendront rien. Je prends plaisir à l’écrire, certains prennent plaisir à me lire.

« Ecrire, publiquement, c’est prendre des risques, éveiller des consciences, faire des mini-révolutions pour chaque article, se mettre en danger, prendre des risques pour connaître la profondeur des choses de la vie… Tu fais plutôt dans le politiquement SUPER correct et parfois même avec une hypocrisie révoltante. »

Je ne prends aucun risque, sinon éventuellement celui de déplaire. Et ça marche, la preuve.

Je n’ai aucune prétention quant à ma capacité à éveiller les consciences, mener une révolution, faire connaitre la profondeur des choses. Je suis volontairement rédactrice d’une chronique dont ce n’est pas l’objet. Si je voulais bousculer mes lecteurs, je le ferai, sur d’autres sujets plus polémiques, plus engagés. Ce n’est pas mon but ici. Une nouvelle fois, mon modeste objectif est d’éclairer en quelques lignes quelques aspects plus ou moins lointains du Japon et des Japonais. Avec un peu d’humour, une naïveté parfois feinte, parfois réelle, un second degré certain. Pas d’oser m’insurger contre telle décision politique insensée, tel comportement social abrutissant, telle polémique irresponsable.

« As-tu déjà été en Afrique où les gens meurent devant les hôpitaux parce qu’ils n’ont pas d’argent ? Ne t’es-tu pas rendu compte qu’au Japon, les seules personnes qui foutent le bordel, ce sont les occidentaux, et les français en particulier (le seul papier que j’ai trouvé par terre était un ticket de métro parisien – et pas le mien !, en 1 mois et demi !! Et des mioches français mal éduqués couraient partout sur la piste réservée aux vélos, manquant de me foutre par terre). Il y a des gens qui meurent de désespoir parce qu’ils n’avaient pas imaginer la vie aussi dure en se poignardant dans le coeur, et d’autres bien plus jeunes qui s’éclatent le samedi soir et se foutront de savoir s’il y aura un lendemain. Bref, de la révolution ou de l’action, c’est ce qu’on attend de la vie… Tu écris dans média qui te permet une liberté quasi absolue et si telle n’est pas le cas, tu peux être ta propre éditrice… Bref… »

Là, j’avoue, je ne suis plus.

« Tu as vraiment un bon potentiel, ne le gâche pas.« 

Merci F., toi aussi.

Concluons par l’essentiel : si tu n’as pas envie de me lire, et bien abstiens toi.

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