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Lorsque la rédaction en chef de Tout Ça Mag m’a annoncé en me tapotant le dos …
‘ »Bon, coco, ta playlist, là … ben le thème de la semaine c’est « Hype ou Pas Hype ». Alors t’es gentil, tu nous ponds un machin avec du bon son, mon grand. On bouffe ensemble bientôt hein ? Allez bye… »
(je force le trait pour faire organe de presse, ça ne s’est pas passé comme ça, je vous rassure)-
… J’ai eu un battement de coeur en moins.
Plus flou que « Hype », comme terme, je vois pas (à part « ça envoie du lourd », cocasse expression utilisable en toutes circonstances, essayez, c’est amusant).
Néanmoins, avec l’allégresse de l’homme de bien et l’aplomb de l’autoconvaincu, je m’en vais vous démontrer que le terme « hype » constitue un faux ami dont il est urgent de se méfier.
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Non parce que bon.
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Car voyez vous, la signification du terme « Hype », lorsqu’il est adossé au terme « truc », évolue avec le temps.
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Notons quatre stades, dans la durée de vie d’un « truc hype » :
Stade 1 : Un Peu Avant.
« Hype » signifie « The Next Big Thing » (« le prochain gros truc »).
Comprenez :
« Vous allez entendre parler de ça, et ça va s’avérer furieusement tendance parce que l’agence de RP qui s’en occupe fait du très bon boulot, que le produit est bien packagé et positionné, et qu’on a chauffé à blanc les prescripteurs. Achète-le, ça va cartonner. »
Stade 2 : Pendant
« Hype » signifie » Truc que vous vous devez de connaître. »
Comprenez :
« On vous l’avait dit que ça allait cartonner. Et voilà : tout le monde en parle. Donc si vous ne voulez pas passer pour un attardé, faut vous y intéresser aussi. C’est normal, on a tout fait pour. Allez achète moi ça et reviens la semaine prochaine. «
Stade 3 : Un Peu Après
« Hype » signifie « Truc qu’on a oublié »
Comprenez :
« Ce truc était hype la semaine dernière, mais là, c’est un autre truc qui est hype, donc bon, on s’en fout. Achète ça, plutôt. »
Remarque : le Stade 3 dure environ 15 ans et permet d’alimenter les bacs à soldes.
Stade 4 (optionnel) : Longtemps Après
« Hype » signifie « Truc tellement daté qu’il est de bon ton de l’apprécier ».
Comprenez :
« On l’a tellement oublié que ça a l’air super pointu, on va le recycler, comme ça ce truc va redevenir hype, c’est pratique. Achète-le, ça va cartonner. »
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Un « truc Hype » serait-il condamné à l’éphémère ?
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Réponse courte : Oui, par définition.
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Si c’est « Hype » aujourd’hui, ça veut dire que demain ça ne le sera plus.
Allez, soyons francs, le terme « hype » est là pour nous rappeler qu’il en va de la musique comme du monokini 80 % polyester : on essaiera toujours de vous vendre ce que vous n’avez pas, non parce que c’est nécessaire, mais parce qu’on vous explique que c’est nécessaire.
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Nuance.
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Soyez à la pointe du rien musical, mes bien chers frères.
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Billevesées.
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Ne cherchez pas :
Un morceau « hype » est un morceau qui se voudrait mainstream mais qui n’a pas réussi à le devenir.
Un morceau « hype » est un morceau jetable. Consommez et passez à autre chose.
Un morceau « hype » est mal barré pour durer. Il part même avec un handicap. Fort heureusement, certains s’en sont sortis. On peut avoir été « hype » et durer, mais ce n’est pas le meilleur moyen.
Les Beatles, par exemple, étaient « hype » (on disait « bath », à l’époque). Ils ont mené leur barque malgré tout, pour accéder au statut enviable de« pas hype », puis, encore plus enviable, de « meilleur groupe de l’univers de tous les temps ».
Heureux veinards.
Plus proche de nous, Daft Punk s’est tiré de l’ornière « hype » avec une belle réussite.
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« Pas Hype » = « intemporel »
Ha, pendant que j’y pense … Je viens de trouver la définition du mot « Hype ». Miracle.
« Hype : n. slang, extravagant or misleading publicity »
En résumé,
Hype = « Truc que l’on tente de vous fourguer en racontant n’importe quoi. »
C’est pas moi qui le dit, c’est le très sérieux Oxford Dictionary.
Démonstration avec la B.O. de la semaine : chaque jour, un morceau qui fût »Hype » et un morceau du même style, mais qui n’a jamais été hype.
Jeu amusant : chaque jour écoutez les deux morceaux et demandez-vous lequel a laissé son empreinte…
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Lundi, c’est punk
Hype : The Sex Pistols / « God Save The Queen »
Boys band monté de toutes pièces par ce charlatan de Malcom McLaren afin d’assurer la promotion de la boutique « Sex » (des fringues semi SM), les Sex Pistols restent encore la grande escroquerie du rock. Un album correct, dopé par un son efficace, et un mythe assuré par cet imbécile de Sid Vicious, incapable de jouer une note mais recruté par McLaren pour son look. Plus préfabriqué que ça, je vois pas. « No Future For You » braillait Johnny Rotten à la face de la Reine sur ce « God Save the Queen » calibré pour la « hype » (le lancement du single eut lieu sur une péniche stationnée sur la Tamise lors du jubilé de la Reine). « No Future » ? Effectivement. Les Pistols implosent un an après leurs premiers méfaits.
Pas Hype : The Clash / « London Calling »
Issu de la « vague punk » londonienne 1977, le Clash se démarquait d’emblée en reprenant Cochran et Junior Murvin là où leurs suiveurs faisaient table rase – tu parles – du passé. L’impeccable « London Calling », punk ou pas, résonne encore 30 ans après.
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Mardi, c’est moove ton body
Hype : Miss Kittin & The Hacker / « Frank Sinatra«
Miss Kittin, sorte d’égérie branchouille de la night, s’associe au brillant The Hacker, DJ et producteur electro dark. La hype s’envole autour du hit underground « Frank Sinatra ». Quelques années plus tard, Miss Kittin n’intéresse plus qu’elle.
Pas Hype : Daft Punk / »Rollin’ & Scrachin’ »
Attention : cas particulier. Les Daft Punk ont toujours été adorés des leaders d’opinion, tout en se foutant royalement de leur opinion, aux leaders. Quelques albums plus tard, ils restent une référence, leur « Homework » s’est avéré fondateur, ce « Rollin’ & Scratchin’ » vous secoue de là à là, et la moindre de leurs tentatives arty intéresse toute l’opinion.
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Mercredi, c’est hip-hop
Hype : Doc Gyneco / « Dans ma Rue »
Je sais, ça paraît improbable, mais je le jure : Doc Gyneco fut Hype. A la sortie de sa « Première Consultation », intégralement pompé sur les prods Death Row, l’amusant Technikart avait consacré quelques pages au « nouveau poète français », jurant y trouver le renouveau de la chanson à texte. Promis. Bien entendu, après un premier album distrayant, Doc Gyneco enchaîna sur une sombre bouse oubliable. Peu importe, la Hype était retombée depuis fort longtemps.
Pas Hype : Suprême NTM : « Laisse pas Traîner ton Fils »
Pendant que Doc Gyneco amusait la galerie et encanaillait les branchés, le Suprême NTM persistait à emmerder la France d’en haut, enchaînant les albums impeccables et les emmerdes, sans aucune concession. L’oeuvre d’NTM reste ce qui s’est fait de mieux dans l’histoire du hip hop français, et pour très très longtemps. « On est encore là ! » martelait le duo. Oh que oui.
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Jeudi, c’est indies :
Hype : The Wombats / « Let’s dance to Joy Division »
The Wombats, voilà un « groupe anglais of the week » dont tout le monde se fout, à raison, puisqu’il en sort comme ça environ 20 par semaine dans les pages du N.M.E. Reste un petit tube référentiel et efficace sorti il y a une paire d’années. Des comme ça, vous en trouverez par paquets de 12 chez les soldeurs.
Pas Hype : Joy Division : « Love will tear us Apart »
Les déjà oubliés Wombats faisaient allusion à Joy Division. Voilà un groupe référentiel anglais qui n’a jamais cherché la hype. Résultat : deux albums à l’édition originale introuvable. Et on les écoute encore … pour longtemps.
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Le vendredi, les groupes finissent en « ure »
Hype : The Rapture / « Olio »
Surhypé par la presse branchée dès leur premier maxi, The Rapture a mis un point d’honneur à décevoir les quelques naïfs tombés dans le panneau. Dans les décombres, ce Olio à la joliesse relative.La voix vous fait penser à The Cure ? C’est normal. Ce qu’est devenu The Rapture ? Rien, je crois.
Pas Hype : The Cure / « 10:15 Saturday Night »
Dès son premier album, Robert Smith pondait cette merveille inclassable. Près de 30 ans après, ça marche encore. La voix vous fait penser à The Rapture ? C’est le contraire.
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Samedi, c’est dandy
Hype : Sébastien Tellier : « L’amour et la violence »
Voici un bien beau dandy déglingué. Un artiste, quoi. Le renouveau de la chanson française, paraît-il. On s’ennuie tout de même un peu. Constat : 3 mois après avoir fait toutes les couvertures, le barbu n’intéresse personne.
Pas Hype : Alain Bashung / « La nuit je mens. »
Voici un bien beau dandy déglingué. Un artiste, quoi. Cet homme, directement passé par le mainstream avant d’accoucher de merveilles inclassables, n’a jamais fasciné les prescripteurs avant son décès. Sans couverture ni couronne, il marque la chanson française ad vitam aeternam.
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Le dimanche, les guitares font du boucan
Hype : The Vines / « Get Free »
2000′s : Le rock n’est plus mort, en pleine vague de groupes en « The », les australiens de The Vines surfent sur la hype et décrochent la timbale en chocolat. Ce pugnace « Get Free » en témoigne : ça envoie mais c’est déjà entendu. Pour tout dire, ça lorgne dangereusement vers Nirvana. Et comme c’est déjà entendu, on s’en fout un peu et on passe à un autre groupe en « The ».
Pas Hype : Nirvana / « In Bloom »
1991 : contre toute attente, Nirvana, par la grâce de son universel « Nevermind », passe en quelques mois du stade « underground » à l’underground qui s’invite dans les stades, sans « Hype ». Pas le temps. A l’écoute d’« In Bloom », on comprend pourquoi : tout est là pour faire de ce groupe obscur un carton absolu. Un miracle. Les miracles se terminent mal : Cobain n’aura pas supporté de se faire écouter par les gens qu’il déteste.
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7 Comments
Excellente analyse. Donc on attend le second XX, pour voir.
Exactement !
C’est super intéressant cet exemple, j’avais retenu The XX, un temps, pour les indies. Mais on n’a pas encore assez de recul pour savoir s’ils vont tenir la Hype … (pari : non, mais ce n’est qu’un pari, l’album est bon)
je m’excuse pour le template qui donne en noir plutôt qu’en blanc sur la fin délicieuse de l’article d’Olivier
@Laurent François
Oui, et tu n’imagines même pas la détermination quasi monomaniaque qu’il faut avoir pour lire ça sur un iphone…
@ Laurent cette template est une parodie de template, si on peut plus écrire des articles interminables, je dis censure.
@ Kazimir : Ha oui, là ça force le respect
Merci Monsieur.
c’est un peu darkos la fin du post, mais ça envoie du lourd. huhu
Rhooo mais comme il est bon, cet article,une fois ! Comme j’ai rit. Comme c’est chouette. Comme je vais écouter la mouzik sur Tout ça, cette semaine !