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La crise est morte, vive la crise ?
La fameuse "courbe de Plouffe" (du nom du conseiller politique d'Obama), montrant le plongeon de l'emploi sous Bush, et la remontée en sens inverse depuis l'arrivée d'Obama.
La reprise économique se profile mais, une fois n’est pas coutume, l’Europe va encore courir (longtemps et loin) derrière les Etats-Unis !
L’OFCE pronostique une sortie de crise en Europe pour 2012 sur la base d’une croissance de 0,9 % en 2010 et 1,6 % en 2011 pour la zone euro. Après deux années de récession qui y ont été finalement moins dures aux Etats-Unis, l’Europe patauge maintenant dans la crise économique et son triptyque infernal : montée du chômage, faiblesse de l’investissement et explosion des déficits publics.
A l’inverse, la reprise américaine va être rapide et forte. Plusieurs indicateurs poussent à l’optimisme outre-Atlantique : les ménages épargnent de moins en moins et la consommation repart, les inscriptions au chômage diminuent depuis plusieurs mois et les indices financiers tels que le « Standard & Poor’s 500 » et le « Ted Spread » envoient des signaux très positifs. Finalement, l’OCDE table sur une croissance proche de 3 % en 2010, soit le triple du vieux continent !
Les facteurs qui expliquent le renouveau de l’économie américaine sont nombreux et bien connus. Pour le plaisir, on peut rappeler :
1. Les politiques macro-économiques et la régulation financière : réactivité et pragmatisme des leaders politiques, réforme ambitieuse de la régulation financière (notamment de la Fed) ; volonté des régulateurs de jouer à nouveau leur rôle (comme le montre la plainte déposée par la SEC contre Goldman Sachs)
2. La flexibilité des marchés : marché du travail très réactif (n’oublions pas le rôle non négligeable des quelques 12 millions d’immigrés illégaux!), halo de chômage faible, adaptabilité de l’appareil productif et capacité d’innovation des entreprises, réorientation rapide et massive des exportations vers les pays émergeants (57% des exportations aujourd’hui)
3. La puissance financière et monétaire : renforcement de la domination dans la finance où la crise à favoriser la concentration des acteurs (dont la taille les met définitivement à l’abri de toute concurrence), la puissance du dollar en tant que monnaie internationale (qui permet toujours aux US de prélever un rente unique sur le reste du monde)… la domination de Wall Street, de la Fed et du dollar n’est pas remise en cause, au contraire !
4. Les facteurs psychologiques : on parle aussi souvent de la « résilience » ou encore de l’optimisme naturel des américains pour expliquer la capacité des Etats-Unis à retrouver après chaque choc un rythme proche de leur potentiel de croissance. Il est vrai que quand l’Europe revit la crise après la crise avec la Grèce, les américains sont, eux, déjà repartis dans un esprit de conquête.
Pourtant, il faut parfois refuser le doux confort de l’optimisme et lui préférer la froide rigueur de la réalité ! Alors que les Européens se lamentent et jalousent les performances conjoncturelles des Yankees, les Etats-Unis se trouvent malgré les apparences dans une situation inquiétante.
La réforme de la régulation est un projet ambitieux porté par l’administration Obama. Certaines dispositions actuellement discutées au Congrès ne sont même pas envisageables en Europe : qui évoque encore la possibilité de démantèlement administratif des banques « too big to fail » en Europe ?
Malgré sa radicalité sur certains sujets, cette réforme risque néanmoins de ne pas être suffisante. D’une part, parce que la crise est en autre dûe à des défaillances internes des établissements bancaires. Or les agences publiques comme Fannie Mae et Freddie Mac ne se voient imposer aucune norme réglementaire supplémentaire et elles continuent de marchander des titres dans la plus grande opacité.
D’autre part, parce les flux externes aux régulations sont encore très importants. Pour exemple, les hedge funds ne sont pas concernés par la réforme (sinon par une obligation d’information dérisoire !) et le « shadow banking » reste alimenté par les puissantes agences publiques…
A long terme, l’Etat américain parait aussi de plus en plus désarmé et sans marge de manœuvre, étouffé par sa dette. Le Sénat a approuvé récemment le relèvement du plafond de la dette américaine de 12 374 à 14 294 milliards de dollars, mais l’Etat n’a pas réduit son train de vie depuis et les ménages commencent à s’endetter à nouveau !
La monétisation par la Fed atteint ses limites et la planche à billets n’est plus une solution sérieuse. La Californie, le Nevada, l’Arizona, l’Illinois, l’Ohio, le Maryland, le Connecticut, la Pennsylvanie sont déjà en faillite !
Qui possède toute cette dette ? C’est bien sûr Pékin, qui a vu son portefeuille de dette américaine bondir de 405 milliards de dollars, en juin 2007, à 895 milliards de dollars en décembre 2009. C’est précisément ce moment là que les autorités chinoises ont choisi pour annoncer vouloir faire de Shangaï une place financière internationale en 2020….
A cette date pourrait bien être celé le sort du dollar comme monnaie internationale, au profit du Yuan. On se posera enfin sûrement la question de la soutenabilité de la dette américaine et à n’en pas douter, une bonne partie de la planète craindra que sa notation ne s’effondre.
Finalement, on est bien loin de la résilience ou de la pleine de confiance à Washington DC. Si les ménages américains vont mieux, c’est loin d’être le cas des sénateurs et des experts de la Maison Blanche !
Tous sont à peu près d’accords : les économies émergentes sont les grandes gagnantes de cette crise, les Etats-Unis se trouvent confrontés à des défis majeurs loin d’être gagnés d’avance et l’Europe, une fois de plus, est la grande perdante.