Le supporter du PSG est le Jésus-Christ des temps modernes. Il aime souffrir, sa passion a été tellement tragique au cours des quinze dernières années qu’elle pourrait racheter tous les pêchés de l’humanité.
Il a vu son club s’enfoncer dans la médiocrité, il s’est couvert de honte tant de soirs de matches en portant le maillot bleu et rouge que désormais les quolibets ne le touchent plus, il a assimilé le fait de faire partie d’une espèce rare, la secte des masochistes du ballon rond, ceux qui peuplent encore les tribunes Boulogne et Auteuil en espérant tout simplement voir un beau match de football remporté par le PSG.
Il a subi le recrutement de Madar, la coiffure de Rothen, la finale perdue contre Gueugnon, il a surtout enduré Luis Fernandez et sa syntaxe approximative, et cela pendant des années… sans broncher ou presque. Chaque samedi il revenait au stade plein d’enthousiasme et d’espoirs vite déçus.
Et puis un jour il a vu un supporter de son club se faire tuer par un policier devant le Parc des Princes au terme d’un match contre Tel-Aviv, quelques jours plus tard une vidéo montrera la victime en train de faire le salut nazi quelques minutes avant ce match qui fut son dernier ; et puis quatre ans plus tard il a vu un autre de ses congénère se faire tabasser à mort par d’autres supporters du PSG… Pas la peine de chercher à comprendre, c’est abscons, c’est toute l’histoire d’un club qui marche sur la tête, un club qui ne sait plus quoi faire pour retrouver le calme. Ce club est victime de la bêtise humaine, la bêtise à 10 000, la bêtise de la masse, la bêtise du groupe qui s’autodétruit en même temps qu’il voit son club disparaître à petit feu. Quand le football tue il est inutile de chercher les coupables, il y a un système qui a failli, et les acteurs –pouvoirs publics/club- peuvent se renvoyer les responsabilités en pleine figure ce résultat n’est que l’aboutissement d’un long processus qui est né dès que les premiers mouvements extrémistes ont infiltré le Parc. Tant que les résultats sportifs étaient au rendez-vous tout le monde fermait les yeux, même lorsque le Parc a brandi « Weah on a plus besoin de toi » avec les O en forme de croix celtique et les S respectant la calligraphie traditionnelle nazie. En 1995 tout allait bien au PSG non ?? Pourtant le ver était dans le fruit et le club portait déjà les symptômes qui le tuent aujourd’hui.
Paris a pourtant été magique aussi, et le vrai supporter du PSG il a les larmes aux yeux quand il se rappelle de la tête de Kambouare, la frappe de Guerin contre le Barça ou le slalom mythique de Weah à Munich. Mais aujourd’hui il n’espère plus rien et demain il n’ira même pas au Stade de France parce qu’il a peur d’y emmener son fils, parce qu’un abruti de Boulogne pourrait le prendre pour un abruti d’Auteuil ou l’inverse. Il s’en fout que le PSG gagne la Coupe de France ou la perde, de toute façon la saison est pourrie et la prochaine le sera aussi. Tout ce qu’il se dit c’est que si Paris gagne il n’y aura peut-être pas de blessé autour du stade. Et tout ce qu’il espère c’est qu’un jour il retournera voir du foot au Parc des Princes… parce que c’était beau quand même.

lu 773 fois by 183 lecteurs


