Inter Milan – Bayern Munich en finale de la Ligue des champions : c’est la victoire de la rigueur sur la créativité, c’est le labeur qui triomphe de l’art. Mourinho/Van Gaal, deux entraîneurs, deux conceptions du jeu assez rigides, mais un seul credo : le système de jeu prime sur les joueurs qui le composent. Rappelons pour exemple que Van Gaal faisait jouer Christophe Dugarry milieu défensif (tout comme Sony Anderson).
Leurs équipes proposent donc un jeu assez pauvre en baroquerie, axé en priorité sur la volonté de ne pas prendre de but avant de penser à en marquer. L’Inter et le Bayern dominent leur championnat respectif avec la meilleure défense bien sûr mais surtout avec une domination physique et une occupation du terrain irréprochable. Un jeu assez fermé et monolithique donc (malgré une attaque prolifique), et un système verrouillé par quelques laborieux joueurs clés : Van Bommel à Munich, Cambiasso à Milan. Ceux que l’on ne voit pas sur le terrain et qui permettent aux Robben, Sneidjer et autres Ribéry de s’éclater en contre-attaque. Efficacité. Comme un symbole l’Inter est l’équipe qui a le plus faible taux de possession de balle (45%) des équipes qui ont franchi le premier tour de la Coupe d’Europe. Le but c’est de marquer. Point.
Pendant ce temps, à Barcelone on admire le génie d’un Messi, et la liberté créatrice au service de l’attaque. Ce Barça fait tourner le ballon et les têtes et nous fait rêver depuis deux ans. Guardiola a prouvé que l’on peut jouer avec trois attaquants et gagner des titres… Avec Xavi et Iniesta tout est plus simple, certes, mais le mérite de Guardiola est de les avoir intégrés dans une mécanique huilée qui leur permet de s’exprimer librement et de faire marquer les autres, tous les autres. Le football total de Rinus Michels n’est pas mort, et le Nou Camp nous a offert les plus beaux matches de foot d’Europe.
Alors quand Barcelone a rencontré l’Inter en demi-finale de la Ligue des Champions, c’est un peu plus qu’une place en finale qui s’est jouée, c’est une certaine idée du football. Comme un symbole, Samuel Eto’o a joué plus d’une heure arrière-gauche et les milanais ont passé 75% du temps à défendre. La Barça a tout tenté dans un attaque-défense surréaliste mais le cadenas milanais a tenu bon, et cette année les blaugranas devront vraisemblablement se contenter de leur couronne nationale, dans le meilleur des cas. Adios muchachos, et surtout merci pour le spectacle.
Bravo à Mourinho et Van Gaal donc, puisque ce sont eux qui gagnent à la fin, ils ont gagné la bataille tactique mais pas celle du cœur. C’est peut-être bon signe pour Domenech…

4 Comments
Il en faut de la rigueur pour arriver à ce qu’une équipe créatrice gagne… Et c’est encore plus dur de se maintenir au sommet (surtout dans les conditions du match aller…).
Oui bien sûr, de la rigueur… et aussi de la chance (ce qu’il a manqué au retour), mais cette équipe a moins besoin de chance que les autres, c’est ce qui fait qu’elle reviendra très vite au plus haut.
Je me souviens de l’Ajax qui avait encore une très belle équipe dans les années 90, ils n’ont pu faire que deux finales… (la Ligue des Champions parait quand meme très éprouvante à la longue)…
C’est vrai, cependant il ne faut pas négliger l’aspect économique. L’Ajax, ne pouvant rivaliser sur ce plan, avait dû se séparer rapidement de ses meilleurs éléments (Davids, les frères de Boer, Kluivert, Seedorf, Overmars…). En l’occurrence le Barça n’a aucun problème financier pour garder ses meilleurs joueurs et même en faire venir d’autres (Ribéry?). On peut dire en somme que le Barça a les moyens économiques de son ambition offensive. Le beau jeu a un prix, certes.