Interview de Pascale Weeks – créatrice du blog culinaire « C’est moi qui l’ai fait! »

Depuis quelques années, on assiste au grand retour du fait-maison. On ne compte plus les robots et autres petits appareils électroménagers qui peuvent nous permettre de réaliser yaourts, pains, pâtes, sorbets ou encore sodas maisons.
S’agit-il d’une révolution dans nos cuisines ou d’un phénomène isolé ?

Pour en savoir un peu plus, coup de fil à Pascale Weeks. Pascale est la créatrice du 1er blog culinaire français et l’un des plus suivis à ce jour. Avec environ 6500 visiteurs chaque jour, l’auteure de « C’est moi qui l’ai fait » et de cinq livres de cuisine nous donne son point de vue.

Sucre parfumé au citron - Pascale Weeks

Tout-ça : Vous êtes l’une des pionnières de la blogosphère française, pouvez-vous nous parler du lancement de votre blog et de son titre « C’est moi qui l’ai fait! » ?

Pascale Weeks : Je l’ai créé il y a plus de 6 ans, à l’époque où mes copines ne savaient même pas ce qu’était un blog! J’avais le coup de foudre pour des blogs de cuisine américaine, j’ai créé le mien en français. En fait à l’époque il n’y a avait pas de blog en France, seuls deux au Québec, mais je m’en suis rendue compte qu’après.
Pour le nom c’est tout bête, il s’est imposé à moi. J’ai toujours été passionnée de cuisine, souvent quand je posais quelque chose sur la table, les gens faisaient « ah c’est super, c’est toi qui l’a fait ? », « oui c’est moi qui l’ai fait! ».
Quand j’ai pris la décision de créer mon blog, je n’ai même pas réfléchi, c’était évident que j’allais l’appeler comme ça.

Qu’est-ce qui vous plait, ou vous motive à faire les choses vous-même en cuisine ?

Il y a deux choses, d’un côté c’est de la curiosité, je suis hyper curieuse, je veux savoir comment c’est fait.
Après, il y a des choix qui se font. Par exemple pour les macarons, je les ai fait moi-même et puis finalement, c’est du travail, même si on en retire une certaine fierté, par rapport au temps passé, je préfère mettre un peu d’argent et en acheter chez Pierre Hermé!
Le deuxième aspect, c’est quand je goûte quelque chose, j’aime bien le retrouver, du coup le seul moyen est de le faire soi-même.  Quand j’étais gamine, il y a avait une brioche que j’adorais dans l’Est de la France, que ma tante achetait, et il se trouve que je ne vais pratiquement plus là-bas, le seul moyen de retrouver ce souvenir gustatif c’est de la faire moi-même. C’est pareil dans les restaurants, quand j’ai un coup de foudre pour quelque chose, je vais le recréer, c’est un super moyen, quand on est gourmand, de pouvoir être servi par soi-même.

Jus de betterave, carotte et gingembre - Pascale Weeks

Est-ce que vous faites à peu près tout ? Par exemple des pâtes, des confiseries ?

J’ai fait pas mal de choses. J’ai fait des guimauves, des tablettes de chocolat, du caramel, j’ai fait des yaourts… par contre il y a des choses que je fais une fois ou deux mais que je ne fais plus après parce qu’elles me plaisent plus ou moins.

C’est plus l’essai, la tentative qui vous plait ?

Ça dépend, dans les choses que j’ai faites moi-même, il y a en à peu près trois quarts que je continue à faire et certaines que j’abandonne. C’est surtout une question de ratio, de temps passé. Il faut quand-même que ce soit aussi bien voire mieux que ce que j’achète. Sinon si c’est pour passer 4h à faire un truc et que c’est moins bon que ce que j’achète, il ne faut pas être bête. Je ne suis pas une puriste dans le sens où il faut tout faire soi-même. C’est important parce qu’après on tombe vite dans des excès. Je fais mon pain au levain naturel mais si une semaine je n’ai pas le temps de le faire, je vais aller en acheter chez un boulanger, je ne vais pas me sentir coupable ! De faire les choses soi-même permet aussi d’apprécier le travail des autres.

Maintenant, je n’achète plus de la même manière parce que je sais comment c’est fait, je sais le temps que ça prend. Par exemple, si je vais acheter deux petits macarons chez Pierre Hermé, je ne serai pas choquée du prix parce que je sais tout le travail qu’il y a derrière. Le fait de savoir, je pense que l’on achète mieux.

Langues de chat aux éclats de fèves cacao - Pascale Weeks

Vous côtoyez un grand nombre de ménagères et de cuisiniers amateurs, que ce soit via votre blog ou sur les stands auxquels vous participez, est-ce que vous avez l’impression que l’essor du fait-maison, qui existe déjà depuis plusieurs années, tend à augmenter ou en tout cas se poursuit ?

Je le vois autour de moi, c’est vrai qu’il y a de plus en plus de gens qui font leurs yaourts, qui font leur pain… mais le problème c’est que je ne sais pas si c’est parce que je côtoie des gens passionnés de cuisine, j’ai du mal à avoir du recul. Apparemment les sociologues disent qu’il y a un engouement du fait maison, après dans les chiffres, ça ne concerne pas tout le monde et ça n’est pas aussi flagrant que ça, sur toute la population.

Les industriels ont un peu sauté sur ce phénomène, il y a une multitude de robots et de petits appareils électroménagers, est-ce que vous-même vous utilisez ce genre de produits ?

J’essaye justement de ne pas tomber dans l’excès, sinon on ne s’en sort pas! J’ai un robot classique, j’ai quand-même une machine à pain mais par exemple, je n’ai pas de yaourtière… Mais j’ai quand même pas mal de choses par rapport à mes copines, j’ai une sorbetière, une centrifugeuse…j’essaie de ne pas acheter le gaufrier… (rires)

Pour vous ces appareils sont des plus ? Ils ne sont pas indispensables ?

Ce n’est pas indispensable mais, par exemple, les glaces maisons, c’est typiquement l’exemple où ça vaut vraiment le coup de le faire soi-même.

Glace au praliné - Pascale Weeks

Vous dites que vous n’êtes pas une extrémiste du tout fait-maison mais entre le succès des amaps – je crois d’ailleurs que vous êtes abonnée à l’une d’elles – entre le retour des potagers et le plaisir qu’ont les gens à faire les choses eux-même, est-ce que vous pensez que l’on va finir par déserter les grandes surfaces ou en tout cas les rayons des produits industriels ?

Oh la la non ! C’est vrai que l’on est de plus en plus à faire attention à ce que l’on mange, surtout quand on a des enfants, on regarde les étiquettes… Quand je fais un gâteau moi-même, au moins je suis sûre qu’il n’y a pas de cochonneries dedans. Il y a une sorte de retour aux sources,  aux bonnes choses et c’est pour ça que l’on fait les choses soi-même. D’ailleurs faire parti d’une amap et faire les choses soi-même c’est un peu pareil, c’est retrouver le bon goût des choses.

A mon avis, les grandes surfaces, on est très très loin de les déserter parce qu’ils collent tellement à la réalité et à ce que veulent les gens que c’est plutôt le contraire.
Je pense à la marque Alsa, pour moi c’était un peu une marque désuète, des années 70, et là ils viennent de lancer plein de produits pour faire par exemple des sorbets sans sorbetière, des yaourts sans yaourtière… bref ils surfent vraiment sur la vague du fait maison.

C’est presque du faux fait maison finalement ?

On est toujours attrapé, c’est assez impressionnant en fait. Quand je fais mes courses dans les supermarchés type Carrefour ou Auchan, je suis sidérée parce qu’il y a de plus en plus de produits bios par exemple. Ils collent beaucoup aux demandes des consommateurs. Franchement, je ne pense pas que ça disparaisse. Et puis il ne faut pas oublier que moi j’ai le temps d’aller sur le marché, d’aller chercher un produit un peu bizarre loin de chez moi, etc, mais les gens qui bossent 5 jours sur 7, ils n’ont pas le temps. Ils vont dans les supermarchés, ils achètent tout et basta. Je pense qu’il faut rester proche de la réalité quand on parle de tout ça.

Tarte aux asperges et au parmesan - Pascale Weeks

Est-ce que vous pensez que la démocratisation du matériel professionnel, je pense notamment au siphon, accentue aussi cette curiosité chez les gens à faire des expériences, à tenter des nouvelles recettes ?

C’est vrai que ces dernières années, on a vu toute une vague de petits matériels pour imiter ce que l’on fait dans les restaurants. Je ne sais pas si c’est bien ou non mais ça ne touche pas tout le monde. Autour de moi, il y a mes amis depuis longtemps et tous les gens que je rencontre grâce au blog. J’ai des copines qui cuisinent et d’autres qui ne sont pas passionnées particulièrement par ça mais aucune ne possède un siphon!

Il y a de plus en plus de passionnés qui vont s’acheter un siphon, une yaourtière mais tout le monde n’en a pas !

Chez les personnes que vous rencontrez et qui pratiquent le fait maison, est-ce que vous avez l’impression qu’ils expriment aussi un ras-le-bol face à la malbouffe, aux produits industriels ou c’est simplement par plaisir ?

C’est un plaisir. Sur mon blog, je ne suis pas sur un créneau polémique. Jamais je ne lance de débats sur les produits industriels, je ne critique jamais les marques. Souvent sur les blogs, les lectrices ressemblent à l’auteur, donc je n’ai pas de gens qui rejettent quelque chose, c’est plutôt des gens qui viennent pour le plaisir, qui sont gourmands, qui sont curieux et qui ont surtout envie de changer leur quotidien. Par contre, il y a des auteurs de blogs bio qui ont des lectrices qui rejettent tout ce qui est industriel.

Le plaisir que vous éprouvez en faisant du fait-maison en cuisine vous a-t-il donné envie d’essayer dans d’autres domaines comme le jardinage, le bricolage ou encore les loisirs créatifs ?

Bizarrement, quand j’étais plus jeune, j’adorais cuisiner mais c’était chez mes parents, je cuisinais plutôt quand ils n’étaient pas là. Je faisais beaucoup de travail manuel, j’ai fait mes propres bijoux, mes robes, le côté manuel est un peu en moi donc c’est plutôt l’inverse. La cuisine a remplacé tout ce côté manuel que j’aime bien.

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Chocolat blanc aux cranberries - Pascale Weeks

Et vous, êtes-vous prêts à vous lancer à votre tour dans le fait-maison?

Toutes les images sont extraites du blog « C’est moi qui l’ai fait », pour plus d’informations sur l’auteure, ses livres ou ses recettes, rendez-vous sur son blog.

1 Comment

  1. Anne:

    Merci pour cette interview intéressante ! Et bravo à Pascale Weeks pour son blog !

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