La figure de la mère : un constat milf-igue mi raisin

D’après Jean-Pierre Blois, professeur d’histoire de l’Université de Nantes, l‘idée de génération n’existait pas au Moyen Âge :

« Au Moyen Âge, cette notion n’existe pas, parce qu’on ne situe pas les individus selon leur âge, mais selon leur utilité sociale. L’âge n’a alors aucune fonction, puisque dès 7-8 ans on peut travailler. D’ailleurs, les gens ne connaissent pas leur date de naissance« .

Ce qui avait donc quelques conséquences sur l’idée de transmission ; les anciens évoluaient au milieu de la communauté des travailleurs, et transmettaient au quotidien d’une certaine façon les valeurs, les codes et les rituels. Rustres, les Anciens, avec MôMan ? Sans doute. N’empêche qu’ils n’avaient pas foncièrement le temps de trop intellectualiser la discrimination.

La révolution industrielle peut apparaitre comme une nouvelle rupture dans la chaine familiale : en caricaturant à l’excès, on assiste à l’émergence d’une véritable chaîne de production entre en bas les enfants et en haut les premiers « grands parents », avec au milieu les forces productrices, à savoir les parents. Avec de nombreuses inégalités entre les 2 sexes : si l’urbanisation et la prédominance d’un certain modèle bourgeois (capitalisme industriel) laissent surgir de nouveaux métiers (couture, blanchisserie, commerce) il faudra néanmoins attendre 1907 pour que l’épouse puisse enfin disposer de son salaire !

Continuons l’errance historique en mentionnant Balzac qui disait d’ailleurs dans sa Physiologie du Mariage :

« La femme est une propriété que l’on acquiert par contrat, elle est mobilière, car la possession vaut titre ; enfin, la femme n’est, à proprement parler, qu’une annexe de l’homme ; or, tranchez, coupez, rognez, elle vous appartient à tous les titres. Ne vous inquiétez en rien de ses murmures, de ses cris, de ses douleurs ; la nature l’a faite à notre usage et pour tout porter : enfants, chagrins, coups et peines de l’homme.

Ne vous accusez pas de dureté. Dans tous les codes des nations soi-disant civilisées, l’homme a écrit les lois qui règlent le destin des femmes sous cette épigraphe sanglante : Vae victis ! Malheur aux faibles !« 

Faisons un bond d’un siècle et des poussières. Où l’on se dit que l’intellectualisation de nos rapports aurait pu changer la donne. Pourtant, « on n’est pas sortis des ronces » pour reprendre Olympe qui analysait les résultats d’un sondage IPSOS qui interrogeait les adolescents. On savait les kids conservateurs à souhait, on en est désormais encore un peu plus sûr. Allez y faire un tour.

Or donc. On clame partout ici et ailleurs que nous vivons une grande vague de libération. Des comportements, des mœurs. Du sexe. Un vrai grand moment de bonheur et d’égalité.

Pourtant un élément m’étonne. Si la « fille » ou la « femme » semble plus libre, la mère, elle, non. Comme si pour se libérer des cordes de l’homme, il fallait ne pas parler du résultat de l’un + de l’autre.

Une vision de la femme bien pratique pour mes homologues membrés :

  • une femme séductrice, une femme fatale, une femme objet de narration
  • pas de problème de couche : une femme à conquérir, sans le ventre rond mais au dos exquis
  • une femme dont l’envie est enfin assumée : encore plus facile pour la dérouter
  • bref une femme dont on ne garderait que les éléments les plus consommables à court terme

La preuve en est avec le détournement de la mère en MILF :

  • une mère qui a ou a eu des enfants mais dont on se cogne de cet attribut : une femme d’âge présupposé mûr mais qui garde pour la pornographie simplement l’aspect d’ « interdit » sous différentes sous-catégories : la MILF dominatrice, ou au contraire adultérine et coupable
  • une MILF à la convenance du seul prisme masculin

Ou encore dans un registre moins extrême, avec les classifications sur le web des « mamans blogueuses ». Ou les résultats suggérés par notre ami Google :

Tendance qu’on ne retrouve évidemment pas avec les pères.

Il s’agirait donc peut-être de repenser la femme dans son ensemble. Y compris sur son volet maternel. Et pas que dans ce qui est pratique pour la gente masculine.

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