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Du purgatoire au panthéon?
Il faut s’y faire: ces dernières décennies « the devil » s’est très bien acclimaté dans les médias. Un sacré retournement quand on y pense sur le siècle. Au début repoussoir mais de plus en plus vecteur d’attraction, la figure du diable est liée de près à l’évolution de la société de consommation.
« Dis moi ce que tu désires, et je te dirais ce que tu peux acheter. » est un des leitmotiv les plus utilisés du métier. Pour de la croissance, il faut du renouvellement. Rien de mieux que le cycle du désir, de la tentation et de la séduction pour faire tourner la machine. Pour paraphraser Zorg (Gary Oldman) dans le 5e élément, quand tout est équilibre, rien ne se passe. Alors qu’avec le chaos et du mouvement, il y en a de l’activité économique.Le diable (ou son ersatz) est un des piliers en fait de la consommation.
Volà pour l’analyse psychanalatico-économique. Qu’en est il alors de la représentation culturelle? Comment le diable a évolué dans les médias?
Le diable, c’est un repoussoir à l’origine. Tentateur parfois mais toujours toxique dans l’imaginaire projeté et relayé. Dans la société contemporaine, il s’agit du modèle à éviter. Hitler après la seconde guerre mondiale est le modèle de barbarie et le repoussoir des idées anti-progressistes. Côté marketing, c’est le problème qui s’évanouit grâce aux produits miracles dans la publicité.
Au début des années 80, l’image évolue. Souvenons nous par exemple du « magnifique » diable dans « Legend » de Ridley Scott qui surprend par son aspect sophistiqué et charismatique face à un Tom Cruise certes vainqueur mais fade.
On peut voir cette étape comme le début d’une nouvelle ère, où les succubes ou les bad boys deviendront les vrais modèles de référence: Madonna et son ambiguité religieuse, l’arrivée du gangsta-rap, la prolifération des clips à tonalité « mac-prostituées »… Que ce soit ses ambassadeurs ou sa personne elle-même, la représentation du Diable s’est largement repositionné au service d’une stratégie de séduction et du désir permanent. Sans tabou en fait.
Au niveau sociologique, on voit l’émergence ces dernières années, d’un vocabulaire politique qui indique un changement majeur: « décomplexé » et « sans tabou », indique la fin d’une césure Bien/Mal qui se construit notamment sur le respect de principes et la sanctuarisation de certaines pratiques ou attitudes. Hommage au cinéma toujours: « Le plus grand talent du diable, est de faire croire qu’il n’existe pas. » Alors? Alors, au niveau sociologique, la figure du Diable est plus près du panthéon que du purgatoire.
La nouvelle icône qu’est Lady Gaga, joue abondemment de cette référence: Marchandisation du corps et de son espace identitaire. Sexitude qui surenchérit sur la dépravation affichée pour être encore transgressive (difficile dans cette époque). Le Diable est à l’honneur, donc pourquoi ne pas jouer sa carte à fond?
Second degré? En bonne prêtresse hypermoderne, Lady Gaga sait jouer des alibis. Mais les représentations picturales sont des hommages diableques qui ne doivent rien au hasard.
L’utilisation de la figure du diable peut être vu comme un bon indicateur d’une société. Certains s’en servent comme d’une tremplin à la critique (Marilyn Manson par exemple ou South Park). Cette surreprésentation dans un but marketing ou dans un but critique témoigne d’une vision partagée de la société où l’absence de sens et le « besoin de pragmatisme » semble être au coeur des débats. Dans les temps difficiles, les lignes semblent plus floues. Victor Hugo ne disait il pas « Les diables sont fait d’anges »?